Ettore Scola : "Le cinéma ne fait pas la révolution, mais il peut être utile..."

La Terrasse

En 1980, Première rencontrait le cinéaste italien qui venait de sortir La Terrasse.

20/01 12:30

Six ans après Nous nous sommes tant aimés (sorti en Italie en 1974 mais en France en 1976), Ettore Scola fait le point : il filme de nouveaux une bande d'amis, un portrait de groupe, mais l'émotion cède le pas à l'amertume. Son chef d'oeuvre absolu parlait déjà de ça, des idéaux trahis, des illusions perdues, des déceptions de la vie, mais La Terrasse est plus marqué par le fracas du monde.

Le cinéaste Ettore Scola est mort

"C'est un peu le danger d'un cinéma qui suit pas à pas la réalité. Nous nous occupons dans nos films de ce qui arrive dans le pays au moment où nous le faisons" rappelait le cinéaste italien dans les pages de Première en novembre 1980. "Nous nous sommes tant aimés est un film un peu plus biologique qui suivait le cheminement de la vie : on est jeune et on espère, puis on croit, puis on vieillit... Il y avait de la tendresse car dans la vie, il y a la tendresse, la douleur, la mélancolie... C'est un peu comme lorsqu'on sort d'une maladie. On est obligés de rester encore au lit et de se soigner, mais ce sont des choses qui sont également un peu douces, un peu agréables... Ce film-là (La Terrasse) est moins biologique : les discours y sont moins privés et plus collectifs"

Un cinéma de miroir

Dans ce film-testament, il regarde les gens qu'il connaît - un scénariste, un producteur, un journaliste, un fonctionnaire de la RAI -, le milieu auquel il appartient - les intellectuels de gauche -, avec d'autant plus de cynisme et de lucidité : "Dans un film vous savez, il vaut mieux refermer l'objectif pour voir plus clair et mieux. Il est plus important de dire des choses sur un petit nombre de gens que de vouloir tout dire sur toute une catégorie, ou toute une classe" disait Scola dans le même entretien. Le cinéaste, militant du parti communiste italien, avait le sens des responsabilités, celles qui étaient entre les mains des gens comme lui, qui participait à façonner la société.

"Le cinéma ne fait pas la révolution, mais il peut faire un portrait plus ou moins utile de la société, plus ou moins honnête. C'est un peu comme un miroir. Et dans un miroir, vous regardez si vos cheveux vont mieux à gauche ou à droite, vous pouvez les arranger... Je pense que l'écran, ça peut servir à ça. Le cinéma italien a contribué à des événements importants. Je ne veux pas dire que tout est le mérite du cinéma. Non. Mais le cinéma italien a toujours accompagné l'Italie le long de son chemin. On ne fait pas seulement un cinéma d'invention, un cinéma de fantaisie, un cinéma "très artistique". On fait un cinéma de miroir, de dialogue. En se promenant côte à côte, on parle... Alors, bien sûr, il reste quelque chose de tout ça."

Il reste, de son "tout ça" à lui, 40 films et autant de témoignages subtiles, instructifs, véhéments et bouleversants sur les époques dans lesquelles ils se sont faits.

(Propos recueillis en novembre 1980 à Rome par Jean-Pierre Lavoignat)

 

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