EXCLU - Yuen Woo-Ping : "Je n’avais aucune liberté créative sur Tigre et Dragon 2"

Tigre et Dragon 2

La suite du film culte d'Ang Lee sort aujourd'hui sur Netflix. Son réalisateur s'est confié sur la difficulté de produire un film destiné à contenter deux marchés différents. 

26/02 14:30

Pour sa première production ciné internationale, le géant Netflix, en partenariat avec la Weinstein Company, donne une suite plutôt incongrue (budget modeste, jeune cast inconnu, seize ans trop tard) au Tigre et Dragon d’Ang Lee. Son réalisateur, le légendaire chorégraphe Yuen Woo-Ping (Matrix, Kill Bill, The Grandmaster), nous dit tout sur Harvey Weinstein, le régime Netflix, le ghetto DTV, et la difficulté de produire un film destiné à contenter deux marchés différents.    

Tigre et Dragon 2 sera principalement vu sur Netflix partout dans le monde (Il ne sort que dans une douzaine de salles aux Etats-Unis, ndr), comme un direct-to-vidéo. En quoi cela influence-t-il votre mise en scène ? Est-ce que vous cadrez pour des écrans de télévision ? 
Yuen Woo-Ping : La méthode de diffusion n’a pas affecté ma mise en scène de manière significative. Les films ont toujours eu une vie plus riche et plus intense en vidéo qu’au cinéma, ça ne date pas de l’apparition de Netflix. Les cinéastes cherchent toujours à atteindre une sorte d’équilibre entre les deux médiums. Sur ce film, on disposait des meilleurs techniciens et des meilleurs artistes en activité, donc je réfute la connotation "cheap" souvent associée au DTV. Ceci dit, notre chef opérateur, Newton Thomas Sigel, dût effectivement faire quelques ajustements pour la version Netflix. 

Le film, peuplé d’acteurs anglo-saxons, est un melting-pot étrange, une sorte de wu-xia-pian américanisé. Vous n’avez pas eu peur de perdre le public chinois en route ?   
Y.W.P : C’est toujours compliqué d’essayer de satisfaire deux marchés différents avec un même film. Et les publics chinois et américains ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre. Le premier Tigre et Dragon, par exemple, a battu des records au box office américain mais a très moyennement marché en chine. Travailler sur une production américaine vous donne accès à plus de ressources et à de meilleurs techniciens. En contre-partie, la relation avec le studio est beaucoup plus restrictive. Durant la pré-production, Harvey Weinstein a souvent pris le western comme point de référence, notamment Rio Bravo. J’ai compris que, pour lui, l’équivalent du Wu xia était le film de cow-boys. De façon très superficielle, les deux genres se rejoignent mais ils dépeignent des cultures et des univers radicalement différents. On a passé énormément de temps à essayer de trouver un compromis entre la sensibilité chinoise et la vision d’Harvey. 

Existe-t-il un doublage chinois du film ?
Oui. Le film est écrit dans un anglais très spécifique, destiné à "imiter" le dialecte chinois d’époque. Il a ensuite fallu réécrire les dialogues en chinois de façon à ce qu’ils collent à l’imitation anglaise. À ce titre, les scénaristes ont fait un super boulot. Mais j’imagine que ce sera une drôle d’expérience pour le public chinois de voir des acteurs chinois doublés en chinois ! 

Combien de temps a duré le tournage ?
Onze semaines en Nouvelle-Zélande, et deux semaines en Chine.

J’imagine que vous ne pouvez pas parler budget. Mais logistiquement, comment Tigre et Dragon 2 rivalise-t-il avec vos précédentes réalisations ? 
Je ne peux effectivement pas communiquer sur le budget. Disons qu’il était raisonnable, et suffisamment confortable pour ce qu’on essayait d’accomplir. Le gros du travail a été de collaborer avec un studio américain et de comprendre leur approche du processus créatif. 

Il y a seize ans, Tigre et Dragon était un film à Oscars. Aujourd’hui, c’est un produit vidéo… En tant que réalisateur, vous portez attention au packaging des films ?
Le packaging ne cessera jamais d’évoluer, qu’il s’agisse d’une diffusion salles, VHS, DVD, Blu-Ray ou Netflix. Ce qui ne change pas, c’est la nature des films, leur fonction narrative. À la limite, l’expérience de visionnage ‘Chez soi’ devient plus cinématographique et plus accessible que jamais, ce qui ne peut pas être une mauvaise chose.   

Tigre et Dragon 2 marque l’une des premières incursions de Netflix dans la production ciné. Avez-vous expérimenté une nouvelle manière de travailler ? Ou fonctionnent-ils comme n’importe quel autre studio ? De quelle liberté disposiez-vous ?  
Tout au long de la préparation et du tournage, j’ai dealé presque exclusivement avec la Weinstein Company. Netflix dealait avec les Weinstein, et les Weinstein nous relayaient l’information. Pour ce qui est de la liberté, je n’en avais aucune. Chaque décision créative devait passer par un long processus d’approbation au sein de la WC. Et beaucoup de ces décisions, en fin de compte, étaient motivées par des résultats d’études de marché plus que par une vision de producteur. De toute évidence, oui, j’ai expérimenté une nouvelle manière de travailler. 

Avez-vous senti que Netflix était à la recherche d’un modèle de production ?
Comme je vous dis, je n’ai pas beaucoup traité avec Netflix directement. Mais ils occupent actuellement une position très intéressante dans le business. J’adorerais retravailler avec eux. 

Quel type de réaction espérez-vous susciter avec ce film ?
Cela fait maintenant seize ans que le premier Tigre et Dragon est sorti. La nouvelle génération de spectateurs, pour l’essentiel, ne l’a pas vu, et c’est sans doute vrai de la plupart de mes films. Mon but était de créer un nouveau style de film wu xia destiné à un jeune public.   

Êtes-vous abonné à Netflix ?
Oui, mais les sous-titres chinois sont inexistants sur la plupart des films, donc je ne le regarde pas souvent.

Tigre et Dragon 2 sort vendredi 26 février sur Netflix. Bande-annonce : 

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