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"Je me baladais simplement dans des univers différents". C’est par ces mots que l’actrice française la plus populaire du moment outre-Atlantique (The Hollywood Reporter ose même un "The French Angelina Jolie") justifie son absence en France. On attendait le retour de Marion. Elle revient. En force. Dans le rôle d'une femme tronc, laissant dans la bouche du spectateur qui découvrira le Audiard, un gout de Rouille, d'os et de larmes, elle est sublime dans le nouveau film de Jacques Audiard. Sa prestation est symbolique à plus d'un titre. D'abord, depuis son Oscar pour son interprétation over the top d’Edith Piaf dans La Môme, l’actrice avait quitté l'hexagone, multiplié les apparitions chez des réalisateurs hollywoodiens comme Michael Mann, Christopher Nolan ou Woody Allen et choisi un autre plan de carrière - mais rien de calculé confie-t-elle "ce sont juste des envies et des opportunités qui sont tombées au bon moment. "Dans le dernier numéro de Première spécial Cannes, elle revient sur ces choix : "Après La Môme, j’étais fatiguée. Je ne voulais pas replonger dans une aventure de longue haleine, un truc aussi prenant". Et puis "Jouer chez Mann ou Nolan, quel que soit le personnage, ça ne se refuse pas et c’est très stimulant". Avant d'ajouter un "c’est comme ça que ça marche en Amérique ".Si on excepte un retour (raté) en France avec Le dernier vol en 2009 (un flop) et une apparition furtive (mais marquante) dans Les petits mouchoirs, le nouveau Jacques AudiardDe rouille et d’os, est donc un vrai come-back. Monstrueux.Oubliez la coquetterie de Billie Frechette, les décolletés ravageurs de Mal ou la sexy Miranda Tate dans The Dark Knight Rises. Pour Jacques Audiard, Marion Cotillard a accepté un rôle de femme détruite. Bien loin des paillettes et du strass hollywoodien, elle incarne Stéphanie, une jeune dresseuse d’orques qui se fait bouffer les jambes dans un Maryneland et réapprend à vivre, à séduire, à baiser, dans les bras d'un boxeur brut. Un idiot Dostoievskien (simple et sans surmoi pour aller vite) joué par le génial Matthias Schoenhaerts. Jusque-là, Jacques Audiard n'avait signé que des films masculins, retraçant la constitution de héros, la manière dont des enfants deviennent hommes (Romain Duris dans De Battre..., Vincent Cassel dans Sur Mes Lèvres ou Kassovitz dans Un Héros...). Pour la première fois, il aborde le mélo et compose un personnage féminin d'une force et d'une beauté folle. C'est là qu'entre en scène Marion Cotillard. Sa composition entre rage, tristesse et volonté est simplement terrassante.Quand on lui demande ce qu'elle pense du film, sa réponse fuse :  "un mélo extraordinaire"  "le rapport entre les deux héros est d’une beauté et d’une brutalité inouïe". Un rôle qui a été long à apprivoiser, l’actrice ayant dû se documenter sur le sujet, mais qui valait le détour : "C’est un cinéaste que j’adore, dont l’univers me fascine, il était impensable pour moi de passer à côté d’une aventure pareille.". Un retour au pays réussi donc, qui commence aujourd'hui, sur la Croisette, où De rouille et d'os  est présenté en Première mondiale.Bande-annonce :Suivez toute l'info cannoise sur notre dossier spécial avec Orange Cineday