Léa Seydoux : "On en a bavé sur La Vie d’Adèle, mais ça valait la peine"

La Vie d'Adèle

A l'automne 2013, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux étaient en couverture de Première.

La Vie d'Adèle revient ce soir sur Arte, dans le cadre d'un cycle consacré au festival de Cannes. Le film avait remporté la Palme d'or, en 2013, avant de sortir dans les salles obscures à l'automne. Les deux actrices avaient alors fait la une de Première. Flashback.

La Vie d'Adèle est un chef d'oeuvre brûlant [critique]

Interview du 2 septembre 2013 : Alors qu'il déferlait sur Cannes en emportant tout, y compris la Palme d'or, Abdellatif Kechiche était au coeur d'une polémique déclenchée par des techniciens mécontents des conditions de travail sur le tournage de La Vie d'Adèle et du manque de reconnaissance. Depuis, ses deux actrices principales enchaînent interviews et révélations parfois franchement ahurissantes dans le cadre de la promo d'un film, brossant le portrait d'un homme génial mais tyrannique et balançant sans cesse entre hommage et grief. Dernière en date, une interview au Daily Beast où les deux actrices affirment sans hésiter qu'elles ne retravailleraient plus jamais avec lui.

Pourtant, Kechiche a fait de Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos les actrices d'une expérience de cinéma comme on n'en voit pas deux par décennie. Et elles en ont conscience. Elles remettent les points sur les i dans le prochain numéro de Première.

Première La Vie d'Adèle

Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos et des prothèses vaginales

Kechiche a fini le tournage avec 750 heures de rushes.  Est ce que vous aviez vraiment une idée de ce que serait le film achevé ? 
Adèle : Non. J’ai été étonnée de la direction prise par le film. Je pensais qu’il y aurait plus de scènes avec la famille notamment. On ne savait même pas quelle serait la fin.
Léa : On a tourné énormément de scènes fortes qui ne sont pas dans le montage final. Adèle et moi, on était très surprises que le film soit en fin de compte moins intense que le tournage. Plein de gens pensent que comme Abdel tourne 700 prises par plan – bon j’exagère un peu, mais presque – il garde forcément les meilleures mais non, je ne crois pas. Au final, c’est curieux, mais le film n’est pas un condensé, un best of de ce que l’on a fait. En même temps, ce que je dis est très subjectif.
Adèle : Après, nous, c’était les états dans lesquels on se plongeait qui étaient très éprouvants. Alors forcément on était déçues de ne pas retrouver toutes ces scènes mais bon, c’est ce qu’Abdel estimait être juste.

Qu'est-ce qui excite Kechiche ?

Vous n’avez découvert le film qu’à Cannes. Votre réaction, sincèrement, en voyant les scènes de sexe ?
Adèle : Je l’ai vécu comme j’ai vécu le tournage de ces scènes : nerveusement, en rigolant. Je n’aime pas les regarder, je n’ai pas envie de les regarder, ça me met à l’aise. Elles auraient duré une minute, j’aurais pu les scruter mais six minutes, c’est trop.
Léa : Moi aussi, elles me gênent.

Le film a fait l’unanimité absolue à Cannes. Vous vous attendiez à ça ?
Adèle : Non. Moi, je pensais que le film allait déranger. Bon, à part Christine Boutin qui a dit qu’il ne fallait pas remettre une palme aux gays ou d’autres propos futiles auxquels on ne porte aucun intérêt…
Léa : C’était bizarre cette unanimité. J’ai même reçu un sms de Martine Aubry qui nous félicitait ! On en a bavé mais ça en valait la peine.

Abdellatif Kechiche : "Une interdiction aux moins de 16 ans ne me dérangerait pas"

Vous comprenez la polémique sur la « méthode Kechiche » dénoncée par les techniciens pendant le festival de Cannes ?
Léa : Oui. T’imagines, à la projection officielle à Cannes dans la grande salle, il n’y avait pas de générique, aucun membre de l’équipe n’était crédité ! Ils ont tafé six mois sur un film et il n’y a aucune trace de leur boulot ?
Adèle : Je comprends mais je ne veux pas être un porte parole. Et je comprendrais encore plus si cette dénonciation était venue de techniciens qui ont quitté le tournage en cours de route. Or, ceux qui se sont exprimés sont restés jusqu’au bout. Nous, avec Léa, c’est différent, on raconte des trucs qui nous ont perturbées, on dit aux gens que c’était dur parce que c’est évident… Et maintenant, on en rigole. Le pire c’est que certains jours, Abdel était un ange. C’est une bonne personne, c’est sa complexité qui est effrayante, intimidante, dure à cerner et à accepter. Abdel est le premier à avoir souffert sur ce film. On n’en parle jamais mais il a fait beaucoup de sacrifices pourLa Vie d’Adèle et quelque part, il attend des autres qu’ils lui rendent la pareil. C’était juste un tournage hors du commun, hors du temps, on a passé cinq mois à Lille avec des membres de l’équipe qui partaient, des nouveaux qui arrivaient, des gens qui venaient te chercher en voiture le matin en larmes parce qu’ils subissaient trop de pression. Et puis tout se faisait au jour le jour, rien que l’organisation, on en souffrait.
Léa : Il n’y avait pas de plan de travail, pas de feuille de service, on ne savait pas quand on tournait. Et à la fin, on tournait sept jours sur sept. Mais on ne veut pas se victimiser du tout. C’est un choix, on voulait toutes les deux faire ce long et on était conscientes que ce tournage ne pourrait donner qu’un grand film.

Propos recueillis par Stéphanie Lamome

Connaissez-vous l'histoire du premier film censuré en France ?


PROCHAINEMENT AU CINÉMA

Premiere en continu

Le guide des sorties

Nos top du moment

Actuellement en kiosque

Nos dossiers du moment

Bandes-annonces

Volontaire
7 Minuti
Ocean's 8

PREMIÈRE ACTUS