Django Unchained à l'épreuve de Tarantino

Django Unchained Quentin Tarantino

Analyse du western porté par Jamie Foxx, Christoph Waltz et Leonardo DiCaprio en 5 points.

Django Unchained sera diffusé demain soir sur TF1. Petit point avant de (re)voir le western de Quentin Tarantino.

Le western spaghetti
Vingt ans que Tarantino tourne autour, des Mexican stand-offs de Reservoir Dogs aux scores d’Ennio Morricone plaqués sur la quasi-totalité de sa filmo. Django Unchained est le film du grand saut, celui où il se confronte enfin au genre, frontalement. Alors, bien sûr, comme on est chez QT, les persos vont passer plus de temps à tailler le bout de gras assis autour d’une table qu’à chevaucher vers le couchant. Et il s’agira aussi, bien sûr, de brouiller les repères, en convoquant la légende des Nibelungen dans les plaines enneigées du Tennessee. Les clins d’oeil à Sergio Corbucci abondent, mais Django Unchained est en réalité – presque paradoxalement au vu de son titre-hommage – le film de Tarantino le plus délesté des références pop qui avaient fini par dévorer son cinéma. Pendant une heure (la première, la meilleure), le temps d’un buddy-movie à cheval entre Christoph Waltz et Jamie Foxx, ça « respire » comme ça n’avait plus été le cas chez lui depuis longtemps : les personnages existent au-delà de leur posture iconique, ils ont une histoire, une destination, un trajet (en l’occurrence, les Etats du Sud photographiés par Robert Richardson). Du coup, après ça, le caméo de Franco Nero fait figure de non-événement un peu gênant.

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La BO cool
La chanson du Django originel ? Check. Le rap west-coast ? Check. Les échos country and western ? Check. Mais l’impression demeure que, sur ce plan-là aussi, Tarantino a décidé de la mettre en veilleuse. Aucune exhumation par exemple de vieilles B.O. blaxploitation. Et c’est tant mieux : pas besoin de ça pour comprendre que Jamie Foxx joue ici le Shaft des champs de coton.

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Les dialogues interminables
Elles sont là, oui, et dans les grandes largeurs. Pas pour rien que le film dure 2h45. La boursouflure verbale des films de Tarantino a pris une tournure quasi-monstrueuse depuis la rencontre avec Christoph Waltz. Quentin le dit lui-même, il n’écrit plus de scénarios mais « de longs romans évolutifs sans lois ni règles. » La conséquence ? Des films toujours plus longs, interminables même, bientôt prêts à être découpés en épisodes façon mini-série de HBO. Il y a un vrai bon film au cœur de Django Unchained, avec beaucoup, beaucoup de gras autour. Mais que fait Harvey « Scissorhands » Weinstein ?

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Les acteurs contents d’être là
Les acteurs sont toujours contents d’être au générique d’un Tarantino, parce que c’est pour eux la promesse de pouvoir accoler un chef-d’œuvre (même autoproclamé) à leur filmo. Waltz, déchaîné, refait le coup du Colonel Landa (en version gentille), Foxx et Di Caprio sont impecs, Don Johnson remplace Kevin Costner comme il peut, mais c’est surtout Samuel L. Jackson qui impressionne, dans un rôle vraiment tordu et politiquement très chargé d’esclave plus esclavagiste que les Blancs, où il pousse les potentiomètres à fond. Comme il l’a dit lui-même dans Empire : «  Je voulais jouer le nègre le plus abject de toute l’histoire du cinéma ». Grosse perf’ à l’arrivée.

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Les grands sujets
Il va falloir s’y faire, et tant pis pour les nostalgiques de la glorieuse ère Reservoir Dogs-Pulp Fiction-Jackie Brown : le QT nouvelle manière aime désormais parler de la grande Histoire au fil de dissertations révisionnistes coulées dans les motifs du revenge movie. Django Unchained fonctionne ainsi comme la continuation logique d’Inglourious Basterds, avec l’esclavage en lieu et place de la Shoah. La bonne nouvelle, c’est que, loin des approximations culturelles et de la veine grotesque de Basterds (souvenez-vous : les dialogues français embarrassants, Hitler échappé de Papy fait de la résistance), Tarantino a ici un sujet (la naissance de la fierté black en Amérique) qu’il connaît à fond, et qu’il traite sans biaiser ni faire son malin. Comme au bon vieux temps de Jackie Brown, on attend donc la review de Spike Lee avec impatience.
Frédéric Foubert

Il était une fois Django : première partie

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