Dix rôles inoubliables de Harry Dean Stanton

Paris Texas

Hommage à l'acteur aux 200 films et à la gueule de hobo magnifique, mort le 15 septembre à 91 ans.

Tramp dans Luke la main froide (1968)
Dès qu’il en avait l’occasion, Harry Dean Stanton empoignait sa guitare pour entonner un vieux folk des familles ou une ballade mariachi. C’était son truc, sa marque de fabrique, jusqu’au récent revival de Twin Peaks, où David Lynch lui faisait chanter Red River Valley. Mais il a rarement autant fait frissonner que dans Luke la main froide, où ses sérénades gospel accompagnaient le chemin de croix de Paul "cool hand" Newman. 

Jerry Schue dans Le Récidiviste (1978)
Tout au long des 70’s, Stanton apparaît dans un nombre considérable de chefs-d’œuvre ou de pépites cachées : Macadam à deux voies, Pat Garret et Billy le Kid, Le Parrain 2, Dillinger, Cisko Pike, Missouri Breaks… Mais il n’y est souvent qu’une ombre, une silhouette. L’éternel troisième ou quatrième couteau. Il ne fait en revanche pas de la figuration dans Le Récidiviste, où il braque des banques avec un Dustin Hoffman moustachu et fébrile. D’après Edward Bunker, co-écrit par Michael Mann, un chef-d’œuvre oublié à redécouvrir fissa.

Brett dans Alien (1979)
Comme le rappelait Philippe Garnier dans sa superbe nécro écrite pour Libération, Harry Dean Stanton était toujours "vrai". Il était ainsi le plus "vrai" des membres de l’équipage du Nostromo, apportant sa sensibilité country et sa rusticité prolo tout là-haut, dans les étoiles.

Brain dans New York 1997 (1981)
Les années 80 commencent, et les choses sérieuses aussi. Harry Dean Stanton, à cinquante ans passés, va devenir l’un des seconds rôles emblématiques de la décennie, commençant sur les chapeaux de roue en accompagnant l’odyssée new-yorkaise de Snake Plissken. New York 1997 est en tout cas la preuve ultime que John Carpenter avait le génie des seconds rôles badass : Lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasance, Isaac Hayes, Harry Dean… Qui dit mieux ?

Travis dans Paris, Texas (1984)
Le seul et unique film avec Stanton en tête d’affiche (sans compter Lucky, attendu dans les salles françaises en fin d’année), Palme d’Or à Cannes, où l’invraisemblable silhouette de l’acteur (cravate jaune, casquette rouge, épaules tombantes, gueule de lézard) semble prête à se dissoudre dans la poussière. Un triomphe.

Bud dans Repo Man (1984)
Comédie SF punkoïde avec Emilio Estevez en "repo man" (ces types chargés de récupérer des voitures impayées par leurs conducteurs) qui se fait coacher par Harry Dean, impérial en mentor délivrant les secrets du "repo code" dans l’une des tirades les plus cool de sa filmo.

Mr. Eckert dans L’Aube Rouge (1984)
Grosse année pour Stanton, 1984. En plus de triompher chez Wenders et Alex Cox, il est également le paternel de L’Aube Rouge, délire anti-rouge de John Milius, demandant à ses films de le venger lors d’un monologue vibrant. "Boys ! Avenge me !"

Lyle dans Une histoire vraie (1999)
C’est avec Sailor et Lula, en 1990, que David Lynch et Harry Dean Stanton entament une collaboration qui durera un quart de siècle. La scène finale d’Une Histoire vraie, quand prend fin le voyage de Richard Farnsworth sur sa tondeuse à gazon, et que celui-ci s’assoit sur le porche aux côtés de son frangin malade, aurait pu être pour Stanton l’épitaphe parfaite. Mais il était jeune, alors. C'était il y a presque deux décennies. Il n’avait que 73 ans.

Roman Grant dans Big Love (2006)
Grace Zabriskie, Harry Dean Stanton… Un étonnant parfum lynchien planait sur la série HBO Big Love, sorte de Soprano chez les mormons polygames. Et Stanton était impeccablement retors et creepy en patriarche du clan. Qui ne se faisait bien sûr jamais prier pour sortir sa guitare et entonner Big Rock Candy Mountain

Carl Rodd dans Twin Peaks (2017)
En 1992, dans Twin Peaks Fire Walk With Me, David Lynch filmait Carl Rodd, le propriétaire du Fat Trout Trailer Park, comme une présence inquiétante, malfaisante. 25 ans plus tard, l’homme est désormais un vestige, un vieux sage, un sachem white trash, qui gratouille sa guitare et observe le ballet de l’humanité délabrée s’agitant autour de lui. Il s’assoit sur un banc, observe un gamin jouer avec sa mère, comme stupéfait d’être là, encore en vie. Il lève les yeux au ciel. C'est l’un des plans les stupéfiants de l’année. Comment oublier ce visage ?

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