Diastème : "J'ai montré American History X à mon équipe pour leur dire qu'avec Un Français, on ferait exactement l'inverse"

Diastème : "J'ai montré American History X à mon équipe pour leur dire qu'avec Un Français, on ferait exactement l'inverse"

Alors qu'Un Français est diffusé ce soir sur Canal+, redécouvrez notre interview de Diastème à propos du tournage de son film, qui a défrayé la chronique lors de sa sortie en salles.

Un Français est à l’opposé en tout point de ton premier film, Le bruit des gens autour… Tu cherchais un sujet "choc" ?

Non. Depuis quelques mois, je travaillais sur un bouquin où j’évoquais mon enfance et mon adolescence. J’ai grandi à Colombes dans un milieu où sont apparus les premiers skinheads français. Après je les ai retrouvés à la fac de Nanterre à l’époque de Touche pas à mon pote. Quand Clément Méric est mort, il y a eu plein de reportages à la télé, j’ai revu certaines tronches. On pouvait deviner que leur haine et leur violence étaient intactes, trente ans après. Je me suis alors rendu compte que c’était davantage un sujet de film que de livre. J’ai fait des recherches pour voir comment les mecs qui étaient skins dans les années 80 avaient évolué. Certains sont devenus dingues et sont partis, brisés, beaucoup sont morts après être tombés dans la drogue, d’autres se sont laissé pousser les cheveux et font partie du Front National, et d’autres encore ont totalement changé de vie. Il y en a un que j’adore, qui est même devenu moine bouddhiste à Rouen !

C’était tes camarades de bac à sable. Si tu n’avais pas voyagé, pas lu, tu aurais pu devenir comme eux ?

Je me pose la question. Je ne crois pas. J’ai eu la chance d’avoir une grande sœur, grâce à elle j’ai lu très tôt, je me suis ouvert au monde, je me suis aventuré au-delà de ma banlieue. 

Tu avais des références en tête ?

J’avais un peu à l’esprit This is England et Made in Britain. J’ai montré American History X à mon équipe pour leur dire qu’on allait faire exactement l’inverse et un bout de Pusher pour le côté caméra embarquée. Et puis pour rire, je leur ai passé deux ou trois séquences des Fils de L’Homme en les prévenant qu’il fallait qu’on fasse mieux !

Comment t’es tu posé la question de la représentation de la violence ?A certains moments, j’ai eu l’impression de toucher les limites de ce qu’on pouvait filmer. Je ne voulais rien magnifier, je voulais juste essayer de montrer ce que ça fait de se prendre un coup de couteau dans le bide. Ça fait quoi d’exploser la gueule d’un mec sur le capot d’une voiture en vrai, pas comme dans un film de Van Damme ? J’ai pas du tout envie que les gens jubilent en regardant les scènes de violence, j’ai envie qu’ils aient mal. Ce n’est pas un film de baston ni un « film de skinhead », d’ailleurs ça n’existe pas. Même Alan Clarke, c’est du cinéma tout court. 

Un Français fait peur : mais peur de quoi ?

Ce n’est pas un film à message, mais il fait quand même office de piqûre de rappel.

Oui même si je ne l’ai pas réalisé pour ça. Ce n’est pas un film politique, même si je me fais insulter par la fachosphère depuis la sortie de la bande-annonce. Je n’ai aucune théorie, je ne donne pas de leçon, je ne suis pas dans des débats à la Emmanuel Todd. Le film parle plus de la violence et de la haine qu’on a en soi, qui que l’on soit, que de l’extrême droite. Après, les journalistes et les électeurs se comportent comme si le Front National était un parti normal. Ils squattent les matinales. Moi je rappelle juste que le parti ne date pas d’hier, qu’il a été créé par des nazis français, n’importe qui peut le vérifier. Peut-on traiter ce parti comme le Modem ? je ne suis pas sûr.

Le film se clôt sur la Manif pour tous…

Oui symboliquement, le film commence avec Touche pas à mon pote, un élan d’amour, et finit par la manif pour tous, un mouvement de haine. Il se trouve que j’ai très bien connu aussi ce milieu catho intégriste. Je sens de la haine partout. Après Charlie Hebdo, il y a eu trois mois de relâche et maintenant, tout le monde recommence à s’écharper, même à ce sujet ! C’est en cela que le film est d’actualité : c’est l’histoire d’un salaud, au sens sartrien du terme, qui se débarrasse de sa rage. Un parcours exemplaire.

Interview Stéphanie Lamome

L'histoire d'Un Français : Marco est un skinhead, un vrai. Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, il cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Jusqu'au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l'abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi ? C'est le parcours d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

Un Français est diffusé ce soir à 21h sur Canal+.


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