Daniel Brühl : "Rush transforme une saison de F1 en véritable drame humain"

Rush

Rencontre avec l'une des deux stars du film de Ron Howard.

Daniel, avant Rush, vous étiez fan de F1 ? J’étais surtout fan de Senna. Un très grand fan de ce coureur… et en tant qu’Allemand, j’étais un grand supporter de Schumacher. On sortait les drapeaux dès qu’il arrivait sur un circuit… Mais c’est marrant parce que, avant de faire Rush, j’ai découvert le doc sur Senna et ça a ravivé ma fascination pour ce sport et surtout pour ces hommes hors du commun…

Vous avez rencontré Lauda ? On s’est d’abord parlé au téléphone. Ce fut très bref et très… franc. Il voulait me rencontrer, mais au cas où le courant ne passerait pas, il a tout de suite précisé : « Ach ! N’amène qu’une petite falisse au cas où tu doife partir plus vite que prévu, ja ? ». Ca avait le mérite d’être clair : si il ne m’aimait pas, il m’aurait renvoyé à la maison directement. Mais on s’est tout de suite très bien entendu. J’avais bossé en amont, lu sa bio, enquêté un peu sur sa carrière, et je pense qu’il a été impressionné par le savoir que j’avais amassé. On a passé trois jours à Vienne et à la fin il m’a demandé : « Tu feux aller au Bresil. Dans mon afion ? » Et il m’a embarqué pour aller voir une course là-bas. C’était génial, j’ai pu lui parler, le voir sur un circuit et rencontrer Stewart, Pickie…

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Vous avez ressenti une pression à incarner un type qui est toujours vivant ? Forcément ! D’habitude, quand on joue un personnage réel, il est mort… Là, c’était un peu angoissant. Surtout Lauda qui est intimidant. Mais c’était une source incomparable pour tout savoir. Il a une mémoire très précise des gens, des événements, des faits, et j’ai absorbé tout ce qu’il pouvait me donner.

Il a vu le film ? Ah ah ah… Samedi dernier, j’ai reçu un appel, le matin, très tôt. Ca m’a réveillé et je pensais que c’était la prod. Je décroche et j’entends : « hej c’est Niki ! »… Vous imaginez le cauchemar. En fait, c’était pour me dire qu’il avait vu des scènes de Rush, qu’il avait adoré et qu’il aimait mon interprétation.

Mais est-ce que le fait qu’il vous ait parlé, qu’il ait été aussi proche vous a permis d’être libre dans votre interprétation ? Oui. Je me suis servi de lui, de ses souvenirs, mais il y a des choses que j’inventais. Dès le début, c’était clair pour Ron et Peter (Morgan, le scénariste) : Rush ne serait pas un doc. On a mis l’accent sur le conflit entre Niki et James Hunt, on a inventé certains détails, dramatisé certaines situations… C’est précisément là qu’on voit l’apport de Peter. Il a un talent inouï pour mêler fiction et réalité ! On voit qu’il connaît Niki. Ca se sent même dans la manière dont il fait parler le personnage et encore plus dans la manière dont il dessine la relation entre James Hunt et Lauda justement.

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C’est la partie centrale du film. Comment la définiriez-vous ? Sur les pistes, ils sont ennemis. Mais c’est une rivalité qui les galvanise, qui les pousse à se dépasser et qui les rend meilleurs. Sortis des paddocks, ils se vouaient une amitié mutuelle et une certaine admiration. Niki voyait James entouré de filles, sublimes, alors qu’il était seul. Et Hunt jalousait sa précision, son esprit méthodique, quasi scientifique, son coté laborieux aussi. Chacun a emmené l’autre où il n’aurait jamais pu aller seul pour atteindre le podium…

Il y a aussi ce moment de l’accident et surtout la scène où il remet son casque. Niki à l’époque avait dit « qu’il n’était pas au-delà de la mort, mais qu’il était mort ». Est-ce que c’est cette rivalité qui l’a aidé à reprendre les courses ? Ca, c’est impossible à dire… Mais dans le film, c’est le moment pivot de mon personnage. Cette séquence est capitale. Parce qu’il dépasse sa peur. Il triomphe de ses angoisses. J’en ai un peu discuté avec lui et ce qu’il dit est assez fascinant. La peur est un sujet qui m’intéresse particulièrement. C’est un phénomène qui me passionne, sérieux. Et Lauda m’expliquait que, après l’accident, à Monza ou à Fuji, quand il testait la voiture, il lui arrivait d’avoir des crises de panique. Il s’allongeait, prenait une heure pour se concentrer avant de repartir. Et il finit 4ème à Fuji. Pour moi, c’est incompréhensible…

Il vous a vraiment raconté son accident ? Non, parce qu’il n’en a aucun souvenir. Mais parfois il a des flashs où il voit d’autres gens mourir dans un accident comme le sien. Il rêve aussi de ce type qui meurt décapité dans un accident de voiture. Mais il ne se souvient jamais du sien. Comme s’il l’avait effacé.

Vous avez essayé de faire un peu de F1, malgré tout ça ? On a fait un peu de formule 3, du karting… c’était fun. On a testé les répliques des F1 de l’époque. Rapides, mais pas autant que les originales. Suffisamment cependant pour me donner une idée des sensations que les pilotes ressentaient à l’époque. Et suffisamment surtout pour dire à la presse qu’on sait de quoi on parle…

Un truc qui n’a rien à voir… Vous avez les cheveux très longs et je crois que c’est la première fois que ça vous arrive dans un film. Ah après la mécanique, let’s talk about fashion. Dans Goodbye Lenin j’avais des extensions aussi… Mais les 70’s rendent cool. Les looks, les filles, les bagnoles, c’est beau à regarder non ? Mais pour tout vous dire, c’était une perruque. En dessous j’avais les cheveux ras et c’était beaucoup moins sexy.

Que du mensonge en fait. Voilà.

Mais jusqu’à quel point Rush est fictionné ? C’est impossible à dire. C’est un film très réaliste. Par exemple au début du tournage, Ron m’a dit que je ne devais pas me focaliser sur l’accent. Or, à mon sens, c’était essentiel. Je suis allemand, et l’accent viennois change complètement l’attitude du personnage. Comme ses dents, l’autre truc qui définissait pour moi Lauda. Et dans l’intrigue, Morgan est resté très réaliste. Il a réussi à transformer une saison de F1 en véritable drame humain. J’adore ce qu’il a fait dans The Queen, dans Frost/Nixon et dans Le Dernier Roi d’Ecosse. J’aime la manière dont il crée des moments de fiction qui s’intègrent parfaitement à la réalité de ce qu’il raconte. C’est vraiment bluffant…

C’est drôle parce que finalement, Howard aurait pu faire un doc sur cette rivalité. Il existe presque d’ailleurs, parce que Senna qui raconte la rivalité Senna / Prost au fond fonctionne sur les mêmes ressorts, et la relation Hunt / Lauda n’est pas si différente… C’est vrai, d’une certaine manière c’est la même chose. L'histoire d'une rivalité très forte. Dans tous les sports, il y a un esprit de compétition, mais c’est particulièrement prégnant en F1. Il faut de la discipline, du self control, comprendre les enjeux politiques. Et Niki savait faire ça à la perfection, c’était un businessman, mais en plus, techniquement, c’était un génie. Ceci dit, le script de Peter insiste sur la dimension humaine de ces personnages, et il capture le parfum d’une époque, d’une révolution, et je ne suis pas sûr qu’un doc serait parvenu à ce résultat.

Tout à l’heure, vous parliez de votre obsession de la peur. Ca veut dire quoi ? Peut-être parce que je suis moi-même un peu peureux dans beaucoup de situations, c’est un sentiment qui me fascine. Et forcément, quand je pense à Niki, je vois à quel point il a su la braver. Il y a ce moment dans le film où mon personnage explique qu’il a 20 % de chance de mourir sur chaque course… Je n’aurais jamais pu faire ça. C’est un métier très étrange pour les gens qui ont peur de mourir.

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