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Compte rendu du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel

11/07/2008 - 15h46
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Compte rendu du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel

Avant mon départ pour le NIFFF (le Festival du Film Fantastique de Neuchâtel), Lucille Hadzihalilovicz m’en dit beaucoup de bien. Elle y est allée deux années de suite. La première fois, pour présenter son film Innocence, auquel le jury a eu le bon goût d’attribuer son grand prix. La seconde fois, elle a profité d’une programmation osée et originale, et d’une rétrospective sur la SF des pays de l’Est.

Cette année, le NIFFF fête son 8ème anniversaire. Depuis sa création par Anaïs Emery, il s’est fait une place dans le concert des festivals européens. D’ailleurs, le NIFFF adhère à l’EFFF, la Fédération Européenne des Festivals du Film Fantastique. Le fait est qu’il y a plus de festivals fantastiques en Europe que dans le reste du monde : il y en a en Belgique (le BIFFF de Bruxelles), en Espagne (Sitges), au Portugal (Fantasporto), en Scandinavie (le FFF), en Hollande (l’AFFF d’Amsterdam), en Angleterre (le LIFF de Leeds). A la fin de l’année , la fédération décerne un Mélies d’or au film fantastique le plus primé en Europe. Etrangement, le festival français de Gerardmer est le seul à ne pas s’être fédéré (le complexe d’Astérix, probablement)

A première vue, Neuchâtel ressemble à toutes les villes festivalières suisses : comme Locarno, Genève, Vevey ou Lausanne, elle est située au bord d’un lac entouré de montagnes. La différence, c’est le public, qui affiche plus qu’ailleurs les signes d’appartenance au genre : tatouages, perçages, et T shirts à tête de mort. Une fille en noir est enceinte jusqu’aux dents, mais c’est l’inscription «Dying foetus» sur le T shirt de son compagnon qui rend le couple pittoresque.

Au programme cette année, une compétition officielle, une sélection Asie, un hommage à Jesus Franco et une rétrospective Giallo italien. Les invités sont prestigieux : George Romero, Ruggero Deodato, Jess Franco, Hideo Nakata , et Joe Dante qui préside le jury.

En compète, passons sur Shadows, un film macédonien (c’est son principal atout) qui prend beaucoup trop de temps pour traiter un thème mille fois vu : celui du survivant qui voit des fantômes.

Bienvenue au cottage est le genre de comédie gore anglaise dans la lignée (mais pas tout à fait à la hauteur) de Severance .

Première grande claque, le norvégien Manhunt montre des hippies traqués en montagne par une bande de chasseurs fatigués des animaux. Sans explication ni justification, c’est un film de survie gore viscéral et frontal, une version réussie du très surestimé Les proies , également programmé.

Bonne suprise aussi, encore venue du nord, Let the right one in, un film de vampires inhabituellement émouvant impliquant un gamin et une gamine, l’une vivant de sang, l’autre non. Le titre fait allusion à une particularité rarement exploitée dans la mythologie des vampires , leur obligation de se faire inviter avant d’entrer chez quelqu’un.

Coté asiatique (aussi en compétition), The devil’s game, un film coréen impressionnant techniquement mais un peu vain, sur l’échange d’identité qui rappelle (en moins bien) Face off de John Woo . Comme son titre l’indique, Adrift in Tokyo est une jolie promenade à pied avec un gangster et un jeune oisif dans les endroits non touristiques de la capitale nippone. L’humour discret comme l’ambiance désinvolte rappellent Jarmusch, et la seule déception vient de son format vidéo .

Vu aussi, CJ7 le dernier Stephen Chow , un film pour enfants entre ET et Le kid de Chaplin .

Le palmarès a évidemment primé le film que personne n’a vu, Sleep dealer, un film de politique-fiction mexicain qui s’en prend à l’exploitation de la main-d’œuvre à l’ère du travail virtuel. Joe Dante n’est sûrement pas pour rien dans ce palmarès politique. N’oubliez pas de jeter un œil sur son site Trailers from hell, qui met en ligne des bandes annonces improbables, commentées par Dante ou ses amis, John Landis ou Eli Roth . Le tout dans un esprit sympathique qui rappelle qu’on apprécie encore plus le cinéma d’aujourd’hui si on connaît bien celui d’hier.

Par Gérard Delorme

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