Kirk Douglas et Stanley Kubrick sur le tournage de Spartacus
Universal

La tension entre les deux hommes a accouché d’un chef d’oeuvre.

Kirk Douglas et Stanley Kubrick forment un des duos légendaires de l’histoire de cinéma. Ensemble, ils ont signé deux classiques indémodables : Les Sentiers de la gloire, qui dénonce la cruauté des généraux de la Première Guerre Mondiale, prêts à sacrifier leurs hommes pour quelques galons, et Spartacus, qui raconte le mythe de l’esclave qui a défié Rome. On peut d’ailleurs noter que Douglas est le seul acteur a voir tenu deux fois le premier rôle dans deux longs-métrages de Kubrick.  

En coulisses, la relation entre les deux hommes était pourtant loin d’être au beau fixe. Stanley Kubrick, alors jeune réalisateur, devait subir la loi de Kirk Douglas, qui était producteur sur les deux films. Sur Les Sentiers de la gloire, Kubrick avait ainsi tenté de réécrire le script en douce. Et Douglas avait mis ses modifications à la poubelle. 

Rebelote sur Spartacus, où le Kubrick était venu en remplacement d’Anthony Mann, viré en cours de tournage. Les deux hommes s’écharpent à propos de la scène "Je suis Spartacus". Kubrick la trouve ringarde, Douglas au contraire est convaincu de sa puissance. Et comme il a le dernier mot, il l’impose sans sourciller et l’avenir lui donne raison : c’est LA séquence culte du film. 

 

"C’était un salopard (a bastard en VO)", persistait Kirk Douglas face à la caméra de Vanity Fair, en 2018. "Mais c’était un type talentueux (…) Il détestait cette scène, mais j’ai insisté. On s’est beaucoup engueulés." 

Le conflit entre ces deux fortes personnalités est tel que l’épouse de Kirk Douglas, Anne Buydens, les envoie chez le psy. Ce dernier conseille à Stanley Kubrick de lire La Nouvelle rêvée d’Arthur Schnitzler. 40 ans plus tard, Kubrick l’adaptera à l’écran pour son dernier projet, Eyes Wide Shut, sorti en 1999 peu de temps après sa mort. 

Malgré un accueil mitigé à sa sortie, Eyes Wide Shut est aujourd’hui considéré assez unanimement comme un chef d’oeuvre du septième art, un des films majeurs de Kubrick et sans doute celui dont on parle encore le plus aujourd’hui avec 2001. Ce n’était toutefois pas l’avis de Kirk Douglas, qui jugeait, toujours de la même interview avec Vanity Fair, que "c’était un très mauvais film". 

 

Malgré les décennies passées et le décès de son "ami", Kirk Douglas ne sera donc jamais départi de son animosité envers Stanley Kubrick. Même si elle masquait aussi une certaine tendresse, ou du moins du respect, de la part de l’acteur pour le réalisateur. Voici ce qu’il disait aussi de Kubrick en 2014 à propos des Sentiers de la Gloire : "J’ai trouvé Stanley incroyablement talentueux mais extrêmement difficile. Et quand il a eu un plus gros budget et un plus gros salaire pour Spartacus, il est devenu deux fois plus difficile. Mais quel talent !

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