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A priori, difficile de trouver un rapport entre le film sur la jeunesse du docteur Hannibal et celui consacré à Yves Saint Laurent, mis à part Gaspard Ulliel. Et pourtant.

Même défi
Dans les deux cas, le projet est ambitieux mais se heurte à un obstacle de taille : Pierre Bergé d'un côté et des fans opposés au film par principe de l'autre. A chaque fois le comédien qui joue le rôle-titre est donc attendu au tournant et hérite d'une mission presque impossible. Il a en plus la lourde tâche de passer après quelqu'un d'autre, une position pas vraiment idéale. Cela n'aura échappé à personne, il y a déjà eu un biopic sur Yves Saint Laurent cette année, dans lequel le grand couturier était incarné par Pierre Niney - et dont la performance a fait l'unanimité. Et comment oublier le Hannibal interprété par un certain Anthony Hopkins dans trois films (Le Silence des agneauxHannibal et Dragon Rouge) ? D'ailleurs on peut aussi ajouter Brian Cox dans Le Sixième Sens de Michael Mann.Vient ensuite le caractère quasi-sacré du personnage. Saint Laurent est une personnalité qui a marqué l'époque, changé la mode et la façon de s'habiller à tout jamais. Bien que fictif, Hannibal quant à lui n'en reste pas moins une figure incontournable du cinéma qui a révolutionné la vision et la manière de filmer les psychopathes sur grand écran. Deux personnages cultes, pour des raisons bien différentes certes, mais quand même.

Même vision
Deux personnages cultes donc, que le comédien a abordé exactement de la même manière. Comme il l'expliquait dans notre interview pour Hannibal les origines du mal, la base de son travail a consisté à se documenter : « j'ai passé des heures à regarder Le Silence des agneaux » expliquait-il, « j’ai lu beaucoup d’études sur les serial killers pour le rôle ». Il ne nous disait pas autre chose quand nous l'avons rencontré pour parler de Saint Laurent : « Quand on commence le travail, on a une boulimie de documentation, on veut tout savoir ».Léger ? Ca ne s'arrête pas là. Pour Saint Laurent comme pour Hannibal, Ulliel affirme avoir fui le même écueil : l'imitation. « Ce n’était pas la bonne méthode. Imiter Hopkins n’avait aucun sens » affirmait-il à l'époque. Sept ans après, on retrouve exactement la même démarche : « La ligne directrice de mon travail a été de m’éloigner du mimétisme et de l’imitation » déclare-t-il aujourd'hui. Accessoirement, la vision qu'il a des deux personnages présente aussi des similarité. L'acteur a souvent déclaré qu'il estimait que le sympathique cannibale était quelqu'un de « très intelligent, qui ne s'arrête jamais de réfléchir », et c'est exactement comme ça qu'il joue le grand couturier. Si loin mais si proches.

Meilleur résultat
Au fond, la vraie grande différence entre ces deux rôles, c'est le résultat. Le Hannibal version Ulliel avait déçu les fans ; le film n'est pratiquement jamais considéré comme partie intégrante de la saga Hannibal qu'on limite généralement à la trilogie d'Hopkins (regardez les coffrets DVD). Or la performance de l'acteur en Saint Laurent suit le chemin inverse : si Pierre Niney a convaincu le public et s'est sans doute payé son ticket pour les César, Gaspard Ulliel, lui, a bénéficié de l'exposition cannoise et partira de son côté aux Oscars. A Hollywood et dans le reste du monde, Yves Saint Laurent, ce sera lui.Bien joué, Gaspard. 
Yérim Sar

Saint Laurent de Bertrand Bonello est aujourd'hui dans les salles :

 

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