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De Mulholland Drive à Zoolander (sans passer par De Palma ou Argento) notre watch list avant d'aller voir le nouveau film de Nicolas Winding Refn.

Mulholland Drive (David Lynch, 2001)

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Une jolie blonde débarque à L.A. des rêves de gloire plein la tête. En traversant le miroir, elle va découvrir l’envers de la Cité des Anges : les vices, la peur, le cloaque moral… C’est une histoire vieille comme Hollywood, vieille comme Sunset Boulevard, portée à son point d’incandescence postmoderne dans le génial Mulholland Drive. The Neon Demon rejoue le film de Lynch (même cheminement du glamour au cauchemar, même cassure en plein milieu du récit, même fétichisme pour les jolis rideaux), mais s’interdit le grand vertige interprétatif pour mieux jouer la carte de l’épate trash et de l’hypnose chic. Comme un post-scriptum décadent au premier chef-d’œuvre certifié du XXIème siècle.

Looker (Michael Crichton, 1981)

Dans la foulée de Lynch, on pourrait égrainer tous les cinéastes-totems de Nicolas Winding Refn, allégrement cités (pillés) dans son nouveau film : le Dario Argento de Suspiria, le Michael Mann du Sixième Sens, le Jodorowski d’El Topo, le De Palma de Body Double, le Gaspar Noé d’Irréversible… Mais la vraie matrice secrète de The Neon Demon, c’est sans doute Looker, chouette petit thriller SF oublié signé Michael Crichton. Un peu comme le Driver de Walter Hill avait servi de modèle à Drive. Soit une série B cool et vaguement culte repeinturlurée en divagation arty. Dans Looker, des top-models sublimes mais désespérant de n’être jamais parfaites, se faisaient trucider par un mystérieux tueur à moustache armé d’un étonnant pistolet laser. La beauté absolue y était une arme fatale. Et les yeux, les talons d’Achille des personnages. Toute ressemblance avec The Neon Demon est a priori tout sauf une coïncidence…

Rencontre avec Nicolas Winding Refn

Somewhere (Sofia Coppola, 2010)

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Refn vise sans doute à réitérer avec Elle Fanning ce qu’il avait accompli avec Ryan Gosling au moment de Drive : capitaliser en un film sur plusieurs années de séduction pour soudain propulser sa star dans une autre dimension. A 18 ans, Fanning a déjà une filmo costaude (L’étrange histoire de Benjamin Button, Twixt, Super 8, Nouveau Départ, Maléfique, Dalton Trumbo…), nourrie d’effets de rimes et d’obsessions persos. A six ans d’écart, The Neon Demon joue ainsi à fond l’effet miroir avec le Somewhere de Sofia Coppola : voici deux fables tristes sur le vide angeleno, le rien californien, où Elle traîne son spleen, poupée blonde à l’âge toujours indéterminé (mi-enfant mi-ado hier, mi-ado mi-adulte aujourd’hui). Deux cauchemars climatisés filmés au bord de l’abîme.

JLG/JLG - autoportrait de décembre (Jean-Luc Godard, 1995)

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On est d’accord : il n’y a pas beaucoup de néon rougeoyant, ni de bimbos cannibales dans cet autoportrait godardien. Mais son titre synthétise le génie marketing et mégalomane de l’ermite helvète. JLG, c’est le nom du cinéaste comme sésame et promesse ultime, l’œuvre et l’homme confondus, la politique des auteurs à son paroxysme. Quand apparaît le sigle « NWR » au début de The Neon Demon, c’est bien sûr une blague, un sigle-gag façon YSL pour justifier ironiquement l’esthétique Dolce et Gabbana du projet. Mais signer NWR, c’est aussi s’inclure dans la tribu des auteurs à triple initiales, celle de LVT, HHH, WKW (et, euh… BHL ?) Des auteurs toujours à deux doigts de s’enfermer dans un soliloque autiste. Tous descendants de JLG – qui, des bords du Lac Léman, vomit sans doute sa progéniture. Surtout ce petit frimeur de Refn.

7 questions brûlantes sur The Neon Demon

Zoolander (Ben Stiller, 2001)

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La mode, la mode, la mode… On en revient toujours à ce film-là. Comment y échapper, de toute façon, quand on filme des tops models qui se font des coups de pute entre deux walk-offs (ou « défi-défilés » pour les intégristes de la VF) et des vilains créateurs de mode qui balancent des vacheries la bouche pincée ? Difficile, devant The Neon Demon, de chasser ces visions fugaces de Derek Zoolander et de Jacobim Mugatu dansant devant nos yeux. On s’attendait à une plongée sans pitié dans l’enfer de la fashion, descendant en droite ligne du Glamorama de Bret Easton Ellis. C’est en partie ça, oui. Mais malgré les visions d’horreur et les délires nécrophiles, The Neon Demon se regarde surtout comme une comédie. Cool, sarcastique et vipérine. Le film qui nous venge de Zoolander 2 ?

The Neon Demon sort en salles le 8 juin 2016.