L'Horloger de Saint Paul
1973 Studio Canal

Le tout premier long métrage de Bertrand Tavernier est au programme ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard. Retour sur les débuts enthousiasmants de ce cinéphile hors pair.

Le premier long métrage d’un immense cinéphile

Cette année 1974 restera une date à part dans la vie de Bertrand Tavernier. Car pour ce passionné éperdu de cinéma - critique, fondateur du ciné- club Nickel- Odéon, assistant de Melville… - elle marque ses tout débuts dans le long métrage, une dizaine d’années après ses premiers pas derrière la caméra pour deux épisodes de deux films à sketches (Les Baisers en 1963 et La chance et l’amour en 1964). Deux expériences qui lui avaient montré que, de la théorie à la pratique, son apprentissage était loin d’être achevé. Pendant dix ans, il continuera alors à œuvrer comme attaché de presse tout en essayant de développer un premier projet, Bonny et Lafond, centré sur les directeurs de la Gestapo française durant l’Occupation. Celui- ci n’aboutira jamais. Et c’est avec L’horloger de Saint- Paul qu’il finira donc par se lancer en mode coup d’essai, coup de maître : plus d’un million de spectateurs iront à la découverte de ce film récompensé du Prix Louis- Delluc 1973 et du Prix du Jury à Berlin l’année suivante.

Les débuts d’une fructueuse collaboration avec Philippe Noiret

Quand il écrit L’horloger de Saint- Paul, Tavernier n’a qu’un nom en tête pour le rôle de cet horloger qui apprend que son fils est en cavale avec sa compagne après avoir tué le gardien d'une usine : Philippe Noiret. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés mais Tavernier a pensé à lui après l’avoir vu dans le Thérèse Desqueyroux de Franju. Une seule rencontre suffit à convaincre le comédien qui va dès lors beaucoup œuvrer pour que le film trouve son financement. Le début d’une longue collaboration, riche de 8 longs métrages jusqu’à La fille de D’Artagnan en 94. Avec comme récompense de ce travail en commun un César du meilleur acteur en 90 pour La vie et rien d’autre.

Une libre adaptation de Simenon

Pour son premier long métrage, Tavernier a choisi d’adapter un roman de Georges Simenon, publié en 1954 : L’horloger d’Everton, dont l’action se situait aux Etats- Unis. Mais il a dû longtemps batailler – y compris en restant devant la maison de l’écrivain - pour que le créateur de Maigret veuille bien lui en céder les droits. Ce qu’il fera finalement – mais à titre exceptionnel, soulignera t’il – en mars 1972.

Un hommage à sa ville natale

L’écriture peut aller commencer et Tavernier va choisir de transposer l’action en France dans une ville qu’il connaît bien pour y être née : Lyon, dont il va filmer avec gourmandise les rues, les bouchons… en écartant par principe du champ de sa caméra ses lieux les plus connus de tous comme la place Bellecour. Une évidence pour lui tant il juge cette ville très « simenonienne » : si pleine de mystères que ses murs peuvent enfermer quantité de secrets. Idéale donc pour cet Horloger de Saint- Paul.

La réhabilitation d’auteurs majeurs

Pour écrire L’horloger de Saint- Paul à plusieurs mains, Tavernier pense d’abord à Michel Audiard ou Pascal Jardin (qui vient de signer les scénarios du Chat et de La veuve Couderc) avant de choisir un duo alors peu en cour dans le petit monde du cinéma française : Jean Aurenche et Pierre Bost, à qui l’ont doit Jeux interdits ou encore La traversée de Paris. Etrillés par François Truffaut dans Les Cahiers du cinéma en 1954, ils ont été ringardisés et n’ont plus écrit pour le cinéma depuis 5 ans.  Et ils vont effectuer ici un retour gagnant puisque le trio signera deux ans plus tard le scénario du Juge et l’assassin, Césarisé en 77 un an après la mort de Bost (dont Tavernier adaptera aussi Un dimanche à la campagne en 83). Et que Tavernier et Aurenche écriront ensemble Que la fête commence (César du scénario 76) et Coup de torchon en 82, dix ans avant la disparition de ce dernier.

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