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Fidèle à ses obsessions, Cédric Klapisch signe un joli récit initiatique sur la transmission situé dans le vignoble bourguignon.

Dans Le Péril jeune, une bande de copains se réunissait pour honorer la mémoire de l’un d’entre eux. La mort enclenche à nouveau les choses dans Ce qui nous lie où il est, par ailleurs, question d’un retour : Jean revient au domaine viticole après des années d’exil pour aller au chevet de son père malade – qui décède peu après. Sur place, il tente de retisser les liens avec sa soeur et son frère cadets qui ont fait tourner la propriété sans lui et qui encaissent mal ses désirs d’héritage. Le pardon est-il soluble dans un verre de Bourgogne (l’action se passe dans le vignoble de la côte de Beaune) ? Les liens du sang suffisent-ils à effacer les dettes morales ? Peut-on grandir en fuyant sans cesse (Jean hésite à regagner l’Australie où l’attendent une femme et un enfant) ? Comme toujours chez Klapisch, il s’agit de marcher en titubant. De tester ses limites en permanence. Bref, d’apprendre à devenir un homme. Rien de bien nouveau en somme, sinon une envie inédite de raconter la province dont il fait – après Paris – un personnage à part entière, défini par un rapport vital et charnel aux éléments. La symétrie du vignoble bourguignon renvoie ainsi à la géographie mentale des protagonistes, prisonniers et garants à la fois d’un certain art de vivre.

EUPHORIE ET GUEULE DE BOIS

Le cinéma tout entier du réalisateur de L’Auberge espagnole est animé de pulsions de vie mal contrôlées. C’est un cinéma de l’euphorie et de la mélancolie post-coïtale, un grand huit émotionnel porté par une mise en scène qui cherche en permanence l’angle juste, notamment dans les moments de bascule où les personnages tentent de prendre leurs destins en mains. Exemple : Juliette, la soeur responsable et seule, flirte au clair de lune avec un jeune homme pressant, scène romantique (joliment composée) vue du point de vue de ses frères qui imaginent tout haut les paroles (bêta, forcément) échangées. C’est à la fois d’une simplicité désarmante, terriblement accrocheur et très parlant quant à la complicité retrouvée de la fratrie. Des idées de cinéma comme ça, Klapisch n’en manque pas. Leur profusion masque ponctuellement des twists paresseux ou des transitions cavalières dont les humanistes tels que lui sont parfois coupables. On l’acquitte volontiers.