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Notre avis sur le dernier super-film Disney/Marvel : copieux mais un peu gras.

Suite du Soldat de l'hiver (souvent considéré comme le meilleur film du Marvel Cinematic Universe, à Première on n'est pas tellement d'accord), Civil War est surtout un Avengers 3 qui ne dit pas son nom tant il cristallise tous les enjeux du MCU (la mise à l'épreuve d'une équipe de surhumains), ensemble cast à l’appui (il y a tout le monde sauf Hulk, Thor et Loki). Après un Ere d'Ultron écrasé par son ambition et incapable de gravir de nouveau les hauteurs du premier Avengers (légèreté pop, finesse d'écriture), Civil War tente encore le combo divertissement populaire/histoire intelligente. On sait ce qu'on pense ici de Batman V Superman : L'Aube de la justice mais on ne fera pas de comparaison tant les deux films sont différents. L'Aube de la justice est le deuxième film du DC Universe. Civil War est le treizième film du MCU. On connaît chaque personnage. On tient à eux. Le film est trop long (2h27) et aurait mérité bien des coups de ciseaux, mais l'émotion est là, portée par le jeu toujours parfait de Chris Evans, se cachant pour pleurer un amour perdu et portant un cercueil au son du Requiem de Fauré. Team Chris.

Vive la guerre
On nous a promis la guerre et on l'a. Plein la gueule. La scène de l'aéroport est une véritable partouze super-héroïque, ce que Marvel a fait de mieux en termes d'ampleur depuis la bataille de New York dans Avengers en 2012. Douze super-héros mano a mano sur le tarmac d'un aéroport allemand. C'est ahurissant. Au sein des deux camps menés par Iron Man et Cap, chaque personnage a sa raison d'être là, sa raison de se battre. Chaque passe d'arme, hyper écrite, est d'une lisibilité exemplaire. Dans son ensemble, la séquence, jouissive, est le climax narratif et visuel de Civil War. On voit littéralement s'animer sur grand écran des pages des comics du Silver Age. Le reste de l'action est tout aussi exemplaire : la bataille du Lagos en ouverture, l'évasion d'un immeuble par Cap et le Winter Soldier (avec des emprunts à The Raid), le duel final... Des scènes d'action coolissimes qui doivent beaucoup au talent du réalisateur vétéran de deuxième équipe Spiro Razatos, déjà à l'oeuvre sur Expendables, les trois derniers Fast & Furious et Le Soldat de l'hiver. Côté action, tout va bien : l'autre enjeu était l'introduction de deux nouveaux super-héros appelés à faire partie des Vengeurs et à avoir leur film en solo dans les années qui viennent. Black Panther laisse une impression mitigée. Chadwick Boseman est un peu guindé (son accent africain forcé n'aide pas) et bien que soutenu par une motivation scénaristique solide, il passe au second plan. En revanche, Spider-Man, attraction principale de la bande annonce, est aussi l'intérêt majeur du film. La maladresse juvénile de Tom Holland, 19 ans, est tout simplement parfaite et son introduction impeccable : après une scène où Tony Stark vient recruter Peter Parker dans sa chambre d'ado, Spidey participe à la grande baston de l'aéroport et le personnage est ainsi intelligemment défini par l'action (sans oublier de vanner copieusement ses adversaires).

Complot de famille
Le propos politique du film est en fin de compte très faible. La scène où le Secrétaire d'Etat Ross (apparu en général dans L'Incroyable Hulk) présente les accords de Sokovie -soit la mise au pas des Avengers par l'ONU- n'est pas le déclencheur d'une grande guerre civile comme le promettait la promo. Et ressemble plutôt à une réunion de scriptwriting des cadres du studio Marvel sur le mode "ça fait 8 ans que les films de super-héros partent en couille, il faut les réguler". Civil War ne divise pas les personnages entre collabos gouvernementaux et super-libertaires. Iron Man n'est pas l'incarnation des intérêts du complexe militaro-industriel. La coupure entre les deux camps est moins manichéenne que prévue. Captain America refuse de se ranger au nom de la droiture morale et de la liberté de choix, Iron Man accepte car il est tourmenté par les morts innocentes causées par les batailles titanesques des films précédents. Les deux arguments se tiennent. L'idée des accords de Sokovie interroge les deux meilleurs super-héros du MCU à des tournants de la franchise : Iron Man/Downey JR. va-t-il ranger l'armure ? Captain America n'est-il pas qu'une vieille relique sortie d'une BD incapable d'évoluer en termes de dramaturgie ? Mais cette intéressante fracture ne comble pas trop la faiblesse du MCU en termes d'écriture de bad guys puisque tout est orchestré dans les coulisses par le grand méchant Zemo (Daniel Brühl), à la motivation aussi troublée que son accent. Si les super-héros de Civil War se foutent dessus, c'est au nom de la même pulsion : la vengeance familiale. Malgré cet argument tragique, le film n'en profite pas pour clairsemer les rangs. Le body count est faible. La guerre civile n'est pas très meurtrière. On espérait mieux. Civil War ne représente pas un twist si majeur et explosif que ça dans le Marvel Cinematic Universe. Le prologue du film, situé en 1991 et impliquant le jeune Tony Stark (Robert Downey Jr. rajeuni en numérique comme Michael Douglas dans Ant-Man) fournit un petit message codé qui semble une fois de plus boucler un story arc d'Iron Man : après sa résurrection en Tête de fer en 2008 (le parallèle entre RDJ et Tony Stark, vieille antienne), Robert Downey Jr. exorcise peut-être l'année 1991 où il tournait Chaplin de Richard Attenbourough, énorme flop en salles qui lui fit rater l'Oscar du Meilleur acteur. Toutefois Civil War n'est pas un film à clefs : ce qui compte se trouve explicitement sur l'écran. Après le balourd Avengers : L'Ere d'Ultron et le fun mais banal Ant-Man, Civil War, bien qu'imparfait, représente le super-cinéma de Disney/Marvel à son meilleur.

Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)