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L’annonce de la sélection officielle a été l’occasion de clarifier les choses.

Si l’annonce de la sélection officielle de Cannes 2018 a été le gros morceau de la matinée de Thierry Frémaux et Pierre Lescure, les patrons du festival ont pris le temps de répondre aux questions de la presse durant plusieurs dizaines de minutes. Et évidemment, les journalistes avaient de nombreuses interrogations sur les nouvelles règles dernièrement introduites sur la Croisette, notamment l’interdiction des selfies lors des tapis rouges et l’absence de films qui ne sortent pas en salles (avec Netflix dans le viseur). Résumé.

Cannes 2018 : Découvrez la sélection officielle

Pas de selfies sur les marches
« On avait annoncé ça il ya quatre ans. On avait été couverts de ridicule et pas du tout suivis », rappelle Thierry Frémaux. « Donc on décidé de faire un acte d’autorité beaucoup plus fort ». Le délégué général du Festival de Cannes parle de problèmes organisationnels liés aux selfies, qui retardent l’entrée des 2 200 personnes dans le grand auditorium Lumière, ainsi que de quelques « chutes (…) C’est une immense pagaille ». « Je trouve ça irrespectueux », ajoute Pierre Lescure, qui a en tête les retransmission télévisées et sur les réseaux sociaux.  Concrètement, il sera donc interdit aux invités de prendre des photos, d’eux ou des autres. Seules les artistes des films seront autorisés à le faire. Et gare à ceux qui tenteraient braver la règle : ils seront raccompagnés dans la rue manu militari par le service de sécurité. « À Cannes, on vient pour voir et pas pour se voir », résume Frémaux.

Le cas Netflix
Ted Sarandos, directeurs des contenus de Netflix, confiait dernièrement qu’aucun film du géant du streaming ne sera à Cannes (le festival refusant les longs-métrages qui ne sortent pas en salles), laissant entendre le début d’une guerre avec le festival. Thierry Frémaux tient à apaiser les choses : « Nous avons un dialogue fructueux, contrairement aux apparences, avec Netflix (…) C’est le produit de nombreux débats, qui ont forcé le festival à redire que tout film visant à la compétition doit être ouvert à la distribution en salles. » Deux films détenus par Netflix intéressaient l’équipe du festival : l’un en compétition (on pense à Roma d’Alfonso Cuaron, et donc impossible à projeter), l’autre en dehors. Thierry Frémaux précise que ce dernier est The Other Side of the Wind, le film inachevé d’Orson Welles, enfin terminé et financé en bonne partie par Netflix. « La place de ce film était à Cannes. Pour des raisons qui leur appartiennent, Netflix n’a plus souhaité le présenter, tout comme le documentaire They Will love me When I’m Dead (…) Netflix n’est pas par hasard propriétaire des droits, ils se sont engagés financièrement. Ce sont des gens qui aiment le cinéma, mais on n’a pas le même point de vue philosophique », assure Frémaux. « On a ce regret parce que c’était un beau geste de cinéma », reprend Pierre Lescure. « Ils n’ont pas voulu le faire pour l’instant. Mais le débat, on en est convaincu Thierry et moi, reste ouvert ». Un retournement de situation cette année reste tout de même peu probable. Rendez-vous en 2019 pour un accord à l’amiable ?

Le manque de femmes
Interrogé sur le peu de femmes réalisatrices cette année encore en compétition (trois en tout) et le mouvement Time’s Up, Thierry Frémaux a été très clair : si le « monde n’est plus le même depuis le mois de septembre dernier », « il faut faire une différence entre les femmes cinéastes et Me Too/Time’s Up ». Le Festival de Cannes se refuse à faire de la « discrimination positive » et ne juge les films que sur leur « qualité propre », indifféremment du sexe du réalisateur ou de la réalisatrice. « Nous recevrons des organisations et il y a aura des prises de parole sur le sujet. Il y a des gens dont c’est le combat et il faut leur donner la parole », assure Frémaux. « Nous déplorons comme tout le monde qu’il n’y ait qu’une femme Palme d’Or (…) Nous aimerions qu’il y en ait une deuxième ».

Les projections presse décalées
Grosse interrogation dans le milieu depuis l’annonce de l’absence de projections presse pour les films du soir, afin de réserver la primeur aux projections avec les équipes, suite à la montée des marches. Les journalistes ne pourront voir certains longs-métrages que le lendemain matin (ou le soir même), au lieu du matin précédent. Ce qui pose quelques problèmes logistiques pour les quotidiens et les journaux du soir. Thierry Frémaux n’évite pas le sujet : « On est parfaitement conscients que cela va changer beaucoup de choses, pour nous y compris. Il ne s’agit pas d’empêcher la presse de parler. On a voulu modifier la grille de programmation de presse pour questionner nos propres pratiques et le futur, voir dans quelle direction le festival de Cannes va évoluer (…) Ce qu’on a voulu faire n’est pas en direction de la presse, mais en direction des projections de galas (…) Au festival d’Avignon, les représentations n’ont pas lieu le matin : tout le monde voit la pièce le soir ». Et d’assurer vouloir « tenter cette expérience et voir ce que ça donne. Mais nous sommes preneurs de toute mesure qui vous semblerait plus intelligente que celle que vous faisons ! Nous sommes dans un monde de l’instantanéité, certains font même des tweets durant le générique de fin. Donc l’idée de l’embargo n’est pas possible ». Les journalistes testeront cette nouvelle organisation sur le terrain cannois le 8 mai prochain.

Prochainement au Cinéma

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