Cannes 2017 : L’amant double, portrait de femme

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Sous couvert de thriller, le nouveau François Ozon est un portrait amoureux de son égérie, Marine Vacth.

Thierry Frémaux avait prévenu : le premier plan de L’amant double était du jamais vu, selon lui. Il est en effet magnifiquement troublant (on ne va pas vous le spoiler, sachez juste qu’il ne s’agit pas d’un mais de deux plans jumeaux) tout en renvoyant quand même à des choses existantes, comme la scène de l’œil dans Un chien andalou de Luis Bunuel… C’est surtout un plan éminemment programmatique qui annonce la couleur de ce qui va suivre, à savoir un thriller ambigu où le désir joue à cache-cache avec le refoulement et la mort et où ce que l’on voit est sans cesse questionné par la mise en scène et les ellipses. Tout bon cinéphile notera les emprunts à Lynch (l’ironie sous-jacente, les voies de l’inconscient), à Cronenberg (la thématique du double, les obsessions viscérales), à Polanski (l’ambiance parano) ou à Argento (les images trompeuses) et en conclura hâtivement qu’Ozon se livre à un pur exercice de style pour initiés. Il y a de cela dans L’amant double mais pas seulement.

Marine Act

Jeune femme fragile, Chloé consulte un psy (solide Jérémie Renier) dont elle tombe amoureuse. Elle s’aperçoit incidemment qu’il lui a menti sur son histoire familiale et perd pied… Omniprésente à l’image, l’exceptionnelle Marine Vacth porte littéralement le film sur ses épaules : sans elle, sans sa prestation fiévreuse et habitée, point d’intrigue qui tienne. Elle est l’épine dorsale de L’amant double, son point d’ancrage à partir duquel Ozon tisse sa toile faite de faux semblants, de pièges tendus à la raison, d’érotisme chic et de visions glaçantes. Ce rôle dense agit comme un miroir à celui de Jeune & Jolie dans lequel l’actrice débutante révélait une nature aussi culottée qu’énigmatique que L’amant double se propose de creuser et d’amplifier. Isabelle/Chloé, Chloé/Isabelle. Isabelle, têtue et insondable. Chloé, fragile et imprévisible. Deux faces de cette psyché féminine complexe -trop souvent associée à un masochisme un peu commode- qui fascine tant Ozon et dont Marine Vacth devient sous nos yeux l’incarnation parfaite. Vivement leur troisième collaboration.  

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