DR

Coulé dans un moule sensuel, un thriller dense mais trop théorique et sage

A un moment donné, le jeune éphèbe au regard plein de colère se pose devant le groupe et lit. Il passe ses journées devant sa console ou à binge drinker avec ses potes, mais tout à coup, face à ses camarades du groupe d’atelier d’écriture, il déclame sa prose brutale, d’un nihilisme haineux, et met tout le monde KO. Un grand moment de dissolution qui marque le tournant du film (jusqu’où va aller ce gamin pour tromper l’ennui et sa rage inutile ?)… Jusque là, on avançait dans la pénombre (entre la sieste cannoise et le questionnement critique) et tout à coup, on retrouve Laurent Cantet. Depuis Entre les murs, son cinéma finit toujours par poser une seule question, celle de l’aspiration au collectif ; du dépassement de soi dans un projet commun qui passe souvent par l’écriture ou la culture. Précisément : L’Atelier rejoue en mode mineur (et thriller) sa palme d’or. Marina Foïs hérite du rôle de la maîtresse en liberté, porteuse d’une promesse d’affranchissement, qui se retrouve prise au piège par le regard d’un élève trop doué, trop sombre, perdu. On a vu ça quinze fois (l’ennui meurtrier, le rapport maître-élève qui dérape) mais il y a des choses fines et jolies là-dedans – comme la description en sourdine d’une société abrutie ou la manière dont les mots deviennent des armes. Il y a surtout ce regard d’intellectuel distant, trop analytique, qui transforme le film en petit précis camusien et en catéchisme politique bien sage. On aurait aimé que Cantet accompagne un peu plus son héros, flirte lui aussi avec sa folie pour que son script baigne un peu dans sa noirceur repoussante… En l’état, L’Atelier reste trop le cul entre les murs.

L'Atelier est présenté à Cannes dans le cadre d'Un Certain regard. Il sortira en salles le 11 octobre 2017.