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Série B d'action tatouée, Blood Father est surtout le come back de Mad Mel.

Lydia (Erin Moriarty), une jeune fille camée traquée par des truands mexicains trouve refuge chez son père. Son père, c'est John Link, ex-taulard, ex-alcoolo, ex-biker, qui survit entre deux sessions des Alcooliques Anonymes en faisant des tatouages pas très beaux à l'arrière de sa caravane pourrie, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique. Lydia et John vont s'embarquer dans une cavale sanglante. Link, c'est Mel Gibson. Il y avait quelque chose de réjouissant à voir Blood Father de Jean-François Richet, basique et efficace série B, être projeté au Grand Théâtre Lumière au Festival de Cannes, en séance de minuit, la veille du Palmarès. Dans une salle au public en costard et robe de soirée, qui avait vu des œuvres aussi exigeantes que Sieranevada de Cristi Puiu (2h53, en compète), on finissait le Festival avec une séance de vidéoclub : 1h28 où Mad Mel traverse la poussière mexicaine à dos de moto. Soyons honnêtes, le film est un peu déceptif niveau cassage de gueules, et même si c'est parfois violent (la jolie baston finale dans le 4x4) ce n'est pas Taken ni John Rambo. Le film profite de sa trame de cartel movie ultra basique (les affreux Mexicains tatoués qui écoutent Manu Chao, allez savoir) pour raconter évidemment autre chose.

Evidemment c'est le retour de Mel Gibson, dont le moindre mouvement, la moindre réplique peut sonner comme une confession, une main tendue et pas que dans la gueule. Comme le désir de vider son sac et de se réconcilier avec son public de façon moins crtypique qu'avec le beau Complexe du Castor (2011). La première apparition de Link où il énumère les erreurs de sa vie passée -boisson et violence-, la caravane héritée de L'Arme fatale, le canon scié de Mad Max Le Défi, les retrouvailles avec son ancien chef biker, Preacher (le vieil habitué de Tarantino Michael Parks), qui vend des bibelots nazis sur le web (son slogan : "dans une économie incertaine, l'objet nazi représente un investissement sûr") et des armes mais surtout pas de Kalachnikovs ("pas de ces saloperies bolcheviques chez moi"), le coup de poing à un mannequin habillé en SS, tout cela respire le clin d'oeil méta à dix bornes. Mais réduire Blood Father à cette lecture, à un film qui veut affronter le bordel de la vie privée de Gibson, c'est un peu court. Après deux cachetons oubliables en méchant basique (Machete Kills et Expendables 3), Gibson est véritablement formidable dans son rôle de tatoué rugueux, jamais hystéro, jamais caricatural, parfait de justesse et d'émotion. Réjouissant pour tout fan de Mad Mel qui se respecte, Blood Father n'est pas l'épilogue crépusculaire de la carrière de l'acteur. Il n'est pas encore temps pour ça. C'est aussi une lettre à Hollywood qui signifie que l'ex-Martin Riggs est encore bon pour le service, et qu'il n'a pas livré son dernier round. Pas encore : Hacksaw Ridge, son prochain film en tant que réalisateur, sortira en novembre.