Avec Wind River, Jeremy Renner trouve enfin son grand rôle

Wind River Jeremy Renner

Celui qu'on attendait depuis Démineurs.

Il faudrait rouvrir les archives, faire un peu d’archéologie, ou alors tout simplement se creuser les méninges, pour se souvenir de ce monde pas si lointain, mais déjà totalement englouti : quand, au début des années 2010, Jeremy Renner était le nouvel espoir du cinéma américain. The next big thing. Toute la presse spécialisée (Première le premier) rivalisait d’articles laudatifs, de portraits énamourés du bonhomme qui, à l’orée de la quarantaine, après 15 ans à jouer les seconds couteaux anonymes, venait d’enchaîner deux perfs nominées aux Oscars (dans Démineurs et The Town) et rendait Hollywood ivre de désir. On lui déroulait le tapis rouge, on ne pouvait plus imaginer l’avenir sans lui, on voulait même qu’il joue dans le biopic de Steve McQueen. Titre du projet : The King of Cool.

Carrière : Impossible
Et puis… tout a dérapé. The King of Cool n’a jamais vu le jour et Renner est devenu à son corps défendant l’incarnation de tout ce qui ne tourne pas rond dans l’industrie. Les grands acteurs sont désormais contraints de passer leur carrière à courir en Spandex sur fond vert ? Jeremy Renner sera Hawkeye, la dernière roue du carrosse Avengers, ce que l’univers super-héroïque peut offrir de plus ingrat. Les franchises sont devenues plus importantes que les stars mais n’arrivent pas vraiment à se débarrasser de celles-ci ? Renner devient le visage de ce paradoxe en remplaçant Matt Damon dans Jason Bourne : l’héritage, mais sans complètement le remplacer non plus, vu que le film porte encore le nom du personnage de Damon... Le cas Mission : Impossible est encore plus déprimant : casté à l’origine dans Protocole Fantôme comme éventuel successeur de Tom Cruise, au cas où celui-ci jetterait l’éponge, Renner, suite au carton du film, sera réduit aux utilités dans l’épisode suivant (Rogue Nation), condamné à passer les plats avec Alec Baldwin dans des scènes de transition. L’acteur devient cet éternel substitute, le remplaçant au talent gâché, qui regarde le match depuis le banc de touche en attendant désespérément son tour.

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Homme de l’Ouest
Les beaux rôles, les bons films, existent quand même dans sa filmo. Mais alors invariablement en qualité de second rôle, dans l’ombre d’une star, ou membre d’un ensemble cast. Sa nature de “supporting actor” le rattrape. Il est superbe en magicien amoureux de Marion Cotillard (dans The Immigrant), bouleversant en maire d’un patelin du New Jersey qu’on jurerait sorti d’un épisode des Soprano (dans American Bluff), crédible en physicien sexy (Premier Contact)… Mais ça ne fait quand même pas grand-chose à se mettre sous la dent. C’est pour ça qu’aujourd’hui Wind River nous donne envie de sauter au plafond. Sur le papier, déjà, on se doutait que Taylor Sheridan (l’un des meilleurs scénaristes et dialoguistes en activité, un fan de westerns cherchant à redonner un peu de pertinence contemporaine aux vieilles mythologies de l’Ouest) et Jeremy Renner (sa gueule renfrognée, sa virilité trapue, son évidence “graphique”) auraient des choses à se dire. A l’écran, c’est encore mieux, l’acteur héritant ici d’une partition superbe de pisteur obsédé à l’idée de trouver les assassins d’une jeune amérindienne, doublé d’un père de famille à la vie privée en loques, complètement flinguée. Rien que l’outfit du personnage, sa tenue de justicier des neiges, est un triomphe de précision : le chapeau de cowboy, le sac à jumelles aux motifs indiens, les moonboots qui s’enfoncent dans la poudreuse… On réalise que la silhouette de Renner n’avait jamais été aussi bien dessinée au cinéma. En tout cas, pas depuis la scène de Démineurs où il prenait une douche dans sa tenue de soldat trompe-la-mort. En sortant d’une projection de Wind River, un collègue nous faisait remarquer que c’était le genre de rôle que Kevin Costner aurait pu tenir dans les années 80-90. C’est vrai – et Costner sera d’ailleurs la star du prochain projet de Sheridan, la série Yellowstone. Mais dans les années 60-70, Steve McQueen non plus n’aurait sans doute pas craché sur une partition comme celle-là. Bon an mal an, Jeremy Renner reste fidèle au Roi du Cool.


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