Audiard a-t-il un problème avec les meufs ?

17/05/2012 - 15h09
  • Partager sur :
  • 4
Audiard a-t-il un problème avec les meufs ?© Abaca

Amputée, sourde ou muette... les femmes chez Jacques Audiard sont mises à rude épreuves. Avec De Rouille et d’os, c'en est peut-être fini du festival de la couille.

 Ca va finir par faire beaucoup : une sourde (Emmanuelle Devos dans Sur mes lèvres), une pianiste qui ne parle pas français (Lin Dan Pham dans De Battre...) et une amputée (Marion Cotillard dans De Rouille et d’os)... Dans un festival qui a commencé avec une polémique "barbante" et paritaire, Jacques Audiard pourrait facilement jouer le rôle du grand méchant loup macho.

Si depuis le début, le cinéaste regarde les hommes tomber, les femmes dans ses films sont déjà à terre. Abîmées, cassées, incomprises et surtout, surtout, jamais héroïnes... Au fond, la question fondamentale de son cinéma c’est la constitution du héros. Comment passe-t-on de l’enfant qu’on était à l’homme qu’on n’est pas encore ? Comment s’affranchit-on du père ? Et c’est quoi la virilité (la plus belle séquence de son nouveau film) ? Dans ce contexte, les meufs ne seraient que des accessoires ébréchés. Cotillard a beau nous expliquer que Audiard “filme les hommes avec un regard de femme et les femmes avec un regard d’homme”, De Rouille et d’os semble pousser la logique univoque dans les extrêmes : le personnage était, dans la nouvelle de Craig Davidson, un mec. Pire, un homme qui ne perdait qu’une seule jambe. Et contrairement à ce que vend la promo (et l'horrible bande-annonce), le vrai héros du film n’est pas la Môme Marion, mais la tête de taureau Matthias Schoenaerts, boxeur angélique au sens dostoievskien (c'est-à-dire naïf, pur, sans surmoi). Un mec un vrai qui va devoir faire la paix avec lui-même. C’est avec lui que s’ouvre le film. C’est avec lui qu’il se ferme.

Pourtant, il y a comme une fissure... D’abord, et pour la première fois, Audiard aborde en territoire mélo. Fini le polar, la prison (genres couillus) De Rouille et d’os fait chialer à plusieurs reprises, assume ses vibrations humaines et sa densité sensuelle...  Et puis, Cotillard n’est peut-être pas le centre du film, mais elle en est le carburant. C’est son énergie, sa poésie froissée qui booste le film et qui le met sur les rails. De Rouille et d'os mine de rien oblige à se poser la question autrement. Si les personnages masculins des films sont à la recherche d’amour, ses personnages féminins servent à la rédemption - la professeur de piano dans De battre, le personnage d’Emmanuel Devos dans Sur mes Lèvres. En creux, les femmes d’Audiard révèlent le héros, les guident vers la lumière dans un monde clair-obscur. Au fond, Thomas Bidegain a peut-être raison : le vrai héros ce n’est ni Cotillard, ni Schoenaerts, “le vrai héros du film, c’est l’amour”. La révolution Audiard a commencé. Ni masculine, ni féminine : à deux !

Gaël Golhen

Bande-annonce du film :

 

EXCLU - Marion Cotillard commente son retour en France

REVIEW - De rouille et d'os : le premier choc du festival !

Suivez toute l'info cannoise sur notre dossier spécial avec Orange Cineday

  • 4
Prochainement au cinéma
COMMENTAIRES
Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
Je pense qu'on aurait pu se passer de "meuf"... Ce n'est pas la mort d'écrire "femme"...
  • 3
  • 0
Anonyme | le 17/05/2012 à 21h20 | Signaler un abus
Votre réponse...
Avec les "meufs"??? Sérieux? En voyant le titre j'ai cru que vous citiez quelqu'un mais non.....alors écrivez femme, s'il vous plait, vous n'avez pas l'air plus branchés dans cette tentative de faire "djeuns", au contraire.
  • 1
  • 0
Anonyme | le 18/05/2012 à 11h44 | Signaler un abus
Votre réponse...
"Si les personnages masculins des films sont à la recherche d’amour, ses personnages féminins servent à la rédemption" "“le vrai héros du film, c’est l’amour”. La révolution Audiard a commencé. Ni masculine, ni féminine : à deux !" Ah! l'amour, l'amourrrr ! L'amour à la papa, dans la position du missionnaire pour qu'elle ne remue pas trop avec ses mignons moignons. Certes c'est "à deux", mais le masculin écrase le féminin tant qu'il peut et 99 fois sur 100 la femme s'emmerde en baisant (mais qui ça intéresse?). Heureusement Audiard le fils à son papa et Gaël Golhen nous préparent la révolution, un petit tour autour de leurs testicules héroïques et les "meufs" retrouvent leur place naturelle de servantes rédemptrices. Avec des critiques comme celle ci, le festival de la couille n'est pas près de mollir.
  • 0
  • 0
Anonyme | le 22/05/2012 à 01h55 | Signaler un abus
Votre réponse...
très déçue par Audiard ! c"est incroyable ce qu'il veut nous faire "gober" en nous montrant toutes ses incongruités telles les moignons des jambes de Cotillard sans la moindre suture ! bravo le chirurgien ; après le combat plus une trace ni au corps ni au visage de Mathias et le petit noyé qu'on n'essaie pas de réannimer de suite ni de réchauffer s'il obtient la palme, alors là c'est encore ire qjue les élections
  • 0
  • 0
Anonyme | le 20/05/2012 à 11h04 | Signaler un abus
Votre réponse...

Dernières news sur Le Festival de Cannes 2012

Cannes live !
  • Shootings cannois : les making-of 09/06/2012 - 09h48
  • Norman rate le casting de Drive 04/06/2012 - 18h05 8
  • Marion Cotillard au Festival de Cannes 2012 Marion Cotillard est VOTRE gagnante 29/05/2012 - 16h00 1
  • Mikkelsen revient sur sa perf' 29/05/2012 - 12h25 1
  • Louise Bourgoin est-elle lesbienne ? Louise Bourgoin lesbienne ? 28/05/2012 - 18h01 7
> Tout le Festival de Cannes
Les plus recommandés !