Aucun homme ni dieu (Hold the Dark) : que signifie la fin ?
Netflix

Le film de Jeremy Saulnier a besoin de quelques explications…

Hold the Dark, traduit Aucun homme ni dieu en français, vient d’arriver sur Netflix. Le réalisateur Jeremy Saulnier (Blue Ruin, Green Room) adapte ici un roman de William Giraldi racontant l’enquête de Russell Core, un écrivain expert en loups (joué par Jeffrey Wright) qui est appelé par une femme (Medora Sloane, jouée par Riley Keough) pour traquer la bête qui a enlevé -et sans doute tué- son fils. Celui-ci veut profiter de ses recherches en Alaska pour renouer avec sa fille, mais son investigation se complique au retour du père de l’enfant disparu, Vernon (Alexander Skarsgard), qui revient de la guerre, blessé.

Après deux heures d’enquête dans le froid, Hold the Dark se termine sans éclaircir tous ses mystères. Première vous propose quelques explications en se basant sur le livre d’origine, bien plus détaillé que le film. Attention, spoilers ! Cet article est donc destiné à ceux qui ont vu le long métrage.
Nous revenons notamment ici sur la toute fin de l’intrigue, une fois qu’on est certains que Medora a tué son fils, que son mari Vernon l’a compris, et a fini par l’accepter, retrouvant sa femme non pas pour la tuer mais pour continuer à vivre à ses côtés, loin des hommes. Voici quelques pistes pour mieux comprendre les motivations de ce couple coupable d’infanticide.

Une bande-annonce pour Aucun homme ni Dieu (Hold the Dark), le nouveau Jeremy Saulnier

Medora et Vernon sont frère et sœur
Oui, les parents de l’enfant disparu sont jumeaux. C’est dit clairement dans le livre de Giraldi, mais à peine évoqué à l’écran. On sait seulement qu’ils se sont toujours connus et qu’ils ont les mêmes yeux. On voit aussi une photo d’eux enfants, qui fait plus penser à un cliché de famille qu’à une image du futur couple. Ces indices ne prouvent pas clairement qu’ils sont frère et sœur, et il faut revenir au livre pour en être certain.

L’enfant qui est tué est donc le fruit d’un inceste, ce qui explique plusieurs choses : pourquoi le couple semble partager un lourd secret, qui est connu de seulement quelques villageois (certains le rejettent, comme la voisine, d’autres les aident à le couvrir), pourquoi Vernon a dû être "soigné" quand il était plus jeune, pourquoi Medora est si sombre…

Dans le livre, il est aussi précisé que la maman est enceinte d’un deuxième enfant issu de l’inceste, et cela n’est absolument pas repris dans le film. C’est peut-être le cas, et c’est peut-être aussi pour cela que Vernon ne la tue pas, mais ce ne sont que des suppositions, ce n’est jamais montré.

Bestialité vs. humanité
Hold the Dark propose tout au long de l’histoire une réflexion sur la limite entre la bestialité et l’humanité. A tel point qu’on se demande au cours de l’intrigue si le couple ne va pas véritablement se transformer en loups ! Finalement, ce sera "seulement" symbolique. Isolés du monde, Medora et Vernon ont tué leur enfant, ce qui est évidemment associé au meurtre du louveteau par la meute, qui l’ont mangé pour survivre lors d’un hiver glacial. Portant régulièrement des masques de loups, ils laissent de plus en plus s’exprimer leur part animale, et cela cela passe par le sexe et le meurtre. A la fin, on comprend que le mari n’a pas traqué sa femme pour se venger, ce qui fait écho à la réplique du début du film "la nature ne se venge pas", mais pour continuer à vivre à ses côtés. Ils récupèrent le corps de leur enfant et fuient dans la forêt, assumant ainsi leur part bestiale, primale. Ils fuient au passage la société, et l’humanité.

C’est en fait le parcours inverse de Russell, qu’ils ont épargné, et qui n’est pas non plus dévoré par les loups. Celui-ci est finalement sauvé et il revient à l’humanité, est guéri à l’hôpital où il retrouve sa fille. Il lui fait alors la promesse de lui raconter ce qui lui est arrivé, ce qui est un réflexe purement humain : il choisit le langage, il met des mots sur son expérience, à l’inverse de Medora qui lui a dit plus tôt dans le film que les mots n’avaient aucun sens.

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Tenir à l’écart son obscurité
Le titre original, Hold The Dark, est également une clé d’analyse. Medora et Vernon évoluent dans un village à la limite de la civilisation. Un lieu hostile, glacial, naturellement peuplé par les loups, où la jeune femme rêve de retourner dans une source d’eau chaude où elle a vécu de beaux moments avec son mari, car c’est sa seule "source de chaleur" . Il est dit aussi que "quelque chose ne tourne pas rond" dans le ciel et que "la nuit apporte l’obscurité" sur les hommes. "The Dark" désigne ici la limite entre l’humanité et la bestialité, une frontière ténue. Peu à peu, le couple ne parvient plus à tenir ("hold"), à contenir sa part primale. Ils se laissent aller à leur "transformation" en loup. Si Russell (et les spectateurs, au passage) est un peu perdu face à leur parcours, c’est parce qu’il parvient lui à garder sa part d’humanité et qu’il n’a pas toutes les clés pour les comprendre. On sait d’ailleurs que Medora et Vernon ne sont pas les seuls à être influencés par ce "Dark". D’autres enfants ont été enlevés par les loups, notamment la fille de leur ami, un homme qui les aide à cacher leur secret, même si cela suppose de massacrer des policiers. Ce n’est pas vraiment montré à l’écran, mais il est bien sous-entendu que cette petite fille aussi été victime de la bestialité de l’un de ses parents…

Bande-annonce d’Aucun homme ni dieu, actuellement sur Netflix :