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De Made in France à Jane Got a Gun, certains longs-métrages ont vu leur sortie décalée à cause des actes de terrorisme commis à Paris.

Que fait-on, face à l'horreur ? Dans le monde du cinéma comme ailleurs, on n’a pas envie de céder à la peur. Pas envie de choquer non plus, en ces temps troublés. Difficile de faire comme si de rien n’était et de proposer aux spectateurs des oeuvres qui parlent de violence, d’armes ou d'islam radical. Quelques sorties prévues dans les deux prochaines semaines ont été repoussées en France et l’avant-première du Pont des espions, le prochain Steven Spielberg, qui devait avoir lieu à Paris le week-end dernier, a été annulée

Dans ce contexte, le report (à une date non communiquée) de la sortie de Made in France, qui devait être dans les salles ce 18 novembre, n’étonnera personne. Le film de Nicolas Boukhrief, à l’affiche devenue troublante depuis les événements, raconte en effet l’histoire prémonitoire d’un journaliste indépendant qui infiltre les milieux intégristes de la banlieue parisienne, bien décidés à semer le chaos dans la capitale. Trop réaliste, trop tôt. "L’idée est de faire profil bas. Les salles n’ont fait aucune pression pour retirer le film. C’est une décision que j’ai prise avec les producteurs pour éviter toute provocation", explique au Monde James Velaise, le président du distributeur Pretty Pictures. 

Dans un entretien accordé au Figaro, il poursuit : "Un polar sur un tel sujet, il importe vraiment de savoir quand et comment on le sort. Le message du film est clair et net, c'est une condamnation de cet extrémisme, on pourrait même y voir un film de résistance, mais plus tard, pas tout de suite. Nous avons pris nos responsabilités tout à fait librement. Ce n'est pas le moment. Les gens n'auront pas envie d'aller au cinéma voir cela". 

Un contexte peu favorable

Chez Mars Distribution, on a préféré décaler la sortie de Jane Got a Gun, de Gavin O’Connor et avec Natalie Portman, à début 2016 au lieu du 25 novembre prochain. A priori pourtant aucun rapport avec les attentats, dans le titre comme dans le scénario. Et la décision "n'a rien à voir avec le sujet. Le contexte n'est simplement pas favorable à la sortie", nous assure Stéphane Célérier, président de Mars Films. "Là, c'est impossible d'exister médiatiquement, de faire connaître le film, car tous les médias sont focalisés - et évidemment à juste titre - sur ce qui s'est passsé à Paris. Ça voudrait dire le mettre sur le marché avec une existence médiatique quaisment réduite à néant. C'est-à-dire que les gens ne sont pas courant".

Stéphane Célérier précise que "c'est un film qu'on aime beaucoup et qu'on veut offrir dans un contexte plus apaisé, et où il aura ses chances d'être repéré par le public. En ce moment il y a une sorte de parenthèse et en tant que distributeur, nous avons besoin de la période de dix jours avant la sortie pour faire connaître un film". Une décision de report de sortie à la fois économique et artistique, donc. Jane Got a Gun devrait a priori être dans les salles françaises le 27 janvier 2016, une date qui reste encore à confirmer.

 

"Reculer la date de sortie, ce serait céder"

Louder Than Bombs (Plus fort que les bombes), de Joaquim Trier, est quant à lui rebaptisé Back Home. Mais sa date de sortie, prévue pour le 9 décembre en France, n’a pas été modifiée. Aux dernières nouvelles, Les Cowboys, le drame de Thomas Bidegain, est toujours prévu pour le 25 novembre. La question du report se pose pourtant : le long-métrage évoque en effet la radicalisation. "Pour l'instant, avec Pathé, le distributeur du film, et mon producteur Alain Attal, nous n'avons pas tranché sur un report de la sortie en salle. Je ne sais pas si ça changera grand-chose de la repousser. Les Cowboysn'est pas un film sur le djihad mais un film sur nous, sur ceux qui restent. Comment ne pas devenir fou? Que faire avec ceux qui reviennent? Voilà les questions qu'il pose", assure le réalisateur au Figaro.

Certains distributeurs ont fait le choix de ne rien modifier de leur planning. Je Suis un Soldat, prévu pour le 18 novembre, reste ainsi droit dans ses bottes. "Reculer la date de sortie, ce serait céder", confie le distributeur Jean Labadie à nos confrères de Télérama. Et d’en profiter pour critiquer le choix de ses confrères : "Si j'étais le distributeur du film de Nicolas Boukhrief, je l'aurais maintenu ce mercredi, comme prévu. Il s'agit de défendre le cinéma, la culture et tout ce que les auteurs des attentats haïssent. Rien n'est modifié pour la sortie de Je Suis Un Soldat et comme la presse est favorable on a même rajouté quelques salles".

Chez Bac Films, la décision a également été prise de maintenir Taj Mahal au 2 décembre. Dans un communiqué, la société de distribution précise que le film de Nicolas Saada "retrace l’histoire vraie d’une française de 18 ans prise dans l’attaque de l’hôtel Taj Mahal pendant les attentats à Mumbai en novembre 2008, au cours desquels 164 personnes furent assassinées (…) Nous nous sommes demandés si dans cette période éprouvante que nous traversons tous, il y avait de la place pour ce film, si distancé soit-il, quitte à en repousser la date de sortie".

"Mais nous pensons que face à l’obscurantisme, à la terreur, à l’indicible, le cinéma est là pour ouvrir au dialogue. Il nous permet dans ces moments difficiles de regarder le monde tel qu’il est. Et nous sommes certains que reculer aujourd’hui, c’est capituler demain".