Dean DeBlois
Festival d'Annecy

Le réalisateur envisage de se tourner vers le live action.

C'est la première fois qu'il vient à Annecy sans la pression de défendre un nouveau long-métrage. Le réalisateur, animateur et scénariste Dean DeBlois est cette année présent au festival en tant que membre du jury des films de fin d'étude. Alors que Dragons 3 sort tout juste en DVD et Blu-ray, le créateur de la saga a des projets plein la tête. Rencontre.

Pour l'habitué que vous êtes, c'est étrange de revenir à Annecy sans avoir un film Dragons à présenter ?
C'est un énorme soulagement ! L'année dernière, j'étais particulièrement nerveux parce qu'on dévoilait des images de notre troisième et dernier film de la franchise Dragons. Il y avait une grosse attente du public, j'avais la pression. Heureusement, le retour des fans a été si positif que ça nous a reboosté pour finir le film. Mais ne rien avoir à défendre, c'est encore mieux !

Qu'est-ce qu'on fait après avoir travaillé autant de temps sur la même saga ?
Une pause ! J'en avais besoin après dix ans. Sauf que je ne sais pas ne rien faire. J'ai quelques projets sur le feu, j'écris un peu tous les jours. Je fais des réunions avec des studios et des producteurs en permanence. Soit je leur pitche des choses, soit ils me montrent ce qu'ils ont en stock. Rien n'est encore décidé, mais quelques idées sont bien avancées. Ca pourrait être de l'animation comme du live action

Ce serait une première pour vous.
Oui, et j'y pense beaucoup. La plupart des projets sur lesquels je travaille seraient d'ailleurs plus adaptés au live action qu'à l'animation. Certains sont de petits films qui pourraient être tournés avec un budget minimal, d'autres sont de grosses machines, avec de pures créations d'univers et beaucoup d'effets spéciaux. Des blockbusters, quoi. Sauf que des films qui coûtent cher, ça veut dire beaucoup de surveillance des studios, et la pression qui va avec (Rires). Mais j'ai aussi quelques envies d'animation... On verra bien, mais c'est ce qui occupe mon esprit en ce moment.

Vous seriez prêt à repartir sur une franchise ?
Je ne pense pas comme ça. Ca me semble fou d'imaginer une franchise à l'avance. Il faut déjà commencer par faire un super film, et s'il est bien reçu, on verra. Je mets toujours mes meilleures idées dès le départ, même si dans un coin de ma tête je garde la porte ouverte pour une suite.

La plupart des grosses machines américaines ont pour but de plaire à tout le monde, parce que les studios ont peur de se couper d'une partie du public. Vous toujours refusé de vous plier à ça.
Je ne fais pas confiance aux études de marché. Je suis aussi un spectateur, je paie pour voir des films. Les bons concepts et les bonnes histoires me passionnent, donc c'est à moi de faire le film que je voudrais aller voir au cinéma. C'est ma seule méthode de travail, je ne sais pas faire autrement. Et peut-être qu'un jour je me planterai (Rires).

Mais contrairement à d'autres réalisateurs, votre voix compte. Vous savez vous faire entendre par les pontes des studios.
C'est une danse. Quand vous dépensez autant d'argent qui ne vous appartient pas, il faut être responsable et écouter tous ces gens des studios. Parfois ils ont des idées géniales, parfois ils proposent des choses parce qu'ils ont peur. Peur d'un précédent film qui n'a pas assez bien marché, peur d'une tendance qu'ils veulent éviter... Il faut rester assez ouvert pour entendre ce qu'ils ont à dire, et en même temps passer tout ça à travers votre propre filtre : voilà ce à quoi je crois, voilà ce à quoi je ne crois pas. Parce que si vous commencez à vous braquer et à dire que vous ne changerez rien, ils vous vireront. Mais si vous faites tout ce qu'ils vous disent, vous vous retrouvez avec un film qui a l'air d'avoir été réalisé par quinze personnes. J'ai appris avec le temps que c'est un art de négocier avec un studio sur un film à gros budget.

C'est pour ça que c'est si compliqué de faire un film d'animation à gros budget un tant soit peu original aux Etats-Unis ?
Sûrement. Mais heureusement le succès et l'Oscar de Spider-Man : New Generation ont lancé un message à l'industrie : l'audace peut payer. Parce que quand chaque film qui sort ressemble au précédent, ça devient de moins en moins intéressant pour le public d'aller au cinéma. Et ça a une répercussion financière pour les studios, pas seulement créative.

Vous croyez vraiment que New Generation va bouleverser l'industrie, que les studios ne vont pas simplement multiplier les projets super-héroïques ?
Hum... Je pense que ça a au moins ouvert une discussion. Avant, les studios croyaient que si leur film ne ressemblait pas au reste de la production, il allait forcément se planter. New Generation a été un shoot d'adrénaline et d'enthousiasme. L'arrivée de Netflix dans l'animation pousse aussi de jeunes animateurs à suivre leur vision. Ils ne sont pas toujours sur le dos des créatifs, et je pense que ça fera beaucoup de bien au secteur.

Mais leur méthode est la même dans le cinéma traditionnel. Netflix fiche une paix royale aux réalisateurs et ça ne fait que très rarement de bons films.
C'est un test. Seul le temps dira si la liberté qu'ils donnent actuellement aux réalisateurs permet de produire des chefs-d'oeuvre. Et si c'est le cas, Netflix pourra devenir un endroit où les artistes auront la possibilité de suivre leurs intuitions, sans la pression du système des studios. Par contre, si ces films se plantent ou sont décevants, alors je crois que les studios vont commencer à serrer la vis encore un peu plus.

Vous avez des discussions avec Netflix ?
Non, pas encore. Mais mon meilleur ami, Chris Williams, l'un des réalisateurs des Nouveaux Héros, fait en ce moment un film original chez eux. Il a écrit le script il y a des années et il n'a réussi à monter ce film nulle part ailleurs. Netflix a accepté tout de suite et maintenant il a une équipe à lui. Rien que ça, c'est très excitant.

Dragons 3 : Le Monde caché est disponible en DVD, Blu Ray, 3D et 4K UHD.