Annecy 2017 - Gō Nagai, créateur de Goldorak : "Toute oeuvre culturelle se crée par accumulation"

Mazinger Z

Le mangaka était venu présenter une nouvelle version de Mazinger Z. Rencontre avec un géant.

Si beaucoup en France gardent un souvenir ému des aventures d’Actarus et de son robot Goldorak, seuls les plus passionnés savent qu’ils s’agit en fait de la troisième série animée inspirée de l’oeuvre du Japonais Gō Nagai. Une saga qui a commencé avec Mazinger Z, s’est poursuivie avec Great Mazinger et a trouvé sa conclusion dans UFO Robot Grendizer, alias Goldorak dans l’Hexagone. Nagai, immense mangaka, a fait pour la première fois cette semaine le déplacement au Festival du film d’animation d’Annecy. À 72 ans (il en fait dix de moins), toujours fringant en jean-baskets, il est venu fêter ses 50 ans de carrière et présenter le long-métrage Mazinger Z, à la fois relecture et suite de la série animée.

Produite par Toei Animation sous l’oeil averti du neveu de Gō Nagai, chargé de s’assurer du respect de l’oeuvre originale, cette nouvelle version mélange habilement le style des années 70 avec des robots totalement réalisés en 3D. Casse-gueule sur le papier, terriblement excitant sur grand écran. L’équipe chargée du développement avait apporté dans ses bagages un teaser de ce film qui se déroule dix ans après l’original. Une version courte vient d’être officiellement dévoilée et elle donne déjà une petite idée de ce que sera Mazinger Z cuvée 2017 : 

Pour le moment, pas de date de sortie, mais on nous promet que Mazinger Z sera « d’abord visible en Europe, avant le Japon ». En attendant, rencontre avec la légende Gō Nagai.

Des générations entières ont été marquées par votre oeuvre. Qu’est-ce qui nous fascine tant dans cet imaginaire de robots géants pilotés par des êtres humains ?
Je pense que l’être humain porte profondément en lui l’envie d’étendre ses capacités. Et pour moi ce qui exprime le mieux cette idée, c’est le robot géant. Il symbolise l’expansion de l’Homme, une plus grande puissance, bien au-delà ce dont on est capable. Je crois que c’est ça qui nous fascine.

La notion de justice est au coeur de votre oeuvre. Qu’est-ce qui est si important pour vous dans la figure du héros, du justicier ?
Là encore, je pense qu’au fond de son coeur, l’être humain désire la justice. C’est tout simplement ça que j’exprime. Et dans Mazinger Z, il était important pour moi que les personnages qui représentent le mal soient des êtres qui n’ont rien de réel. Comme ça aucun enfant ne va être embêté à l’école parce qu’il ressemble au méchant. C’est symbolique, mais important. En parallèle, le personnage d’Alcor veut faire régner la justice et rétablir ce qui est juste. Ce sont les deux thématiques vraiment importantes pour moi.

Vous dites que vous aviez au départ des doutes sur le mélange de la 2D et la 3D dans cette nouvelle version de Mazinger Z.
Effectivement, j’ai eu des doutes. Au final, je pense que c’était la bonne approche. J’avais peur que le mélange passe mal, mais quand on voit le résultat on ne ressent aucune gène. Le style hybride me semble être celui à adopter pour les nouvelles créations, pour les animes d’aujourd’hui.

Comment s’est passé le processus ? On est venu vous chercher pour raviver la flamme Mazinger ?
En fait, je n’avais plus travaillé sur de l’animation avec Toei depuis plusieurs années. Il y a trois ans, on est venu me parler de ce projet et j’étais très content, mais surtout très curieux de constater les progrès faits par Toei Animation. C’était une belle opportunité. Le film a mis du temps à se faire mais je suis ravi du résultat aujourd’hui.

En France, on connaît surtout Goldorak, qui est en fait la troisième série animée de la saga Mazinger. Et étonnement, elle n’a pas du tout eu le même succès dans votre pays natal… Au Japon, ça a chronologiquement commencé par Mazinger Z, puis Great Mazinger et enfin Goldorak. Pour les Japonais, la nouveauté du robot piloté par un être humain qui se place au niveau de sa tête est arrivée avec Mazinger Z. Après, le public s’est habitué et s’est sûrement dit que c’était encore la même chose. Ça ne veut pas dire que l’un était meilleur que l’autre, c’est plus une question de timing. En France, il y a d’abord eu Goldorak puis Mazinger Z, c’était compliqué pour les téléspectateurs de faire le chemin à l’envers. Pour tout vous dire, j’espère au fond de moi qu’en voyant le long-métrage Mazinger Z, les Français vous nous demander de faire pareil avec Goldorak !

À Annecy, Vous avez croisé Guillermo Del Toro, qui est absolument fan de vous. Avez-vous vu Pacific Rim et est-ce que selon vous, les robots géants sont-ils viables dans des films en live action ?
Oui j’ai vu Pacific Rim et j’ai même écrit un joli petit mot dessus dans le carnet d’autographes de Guillermo Del Toro ! Sur la question du live action, j’y crois et j’aimerais beaucoup m’y essayer. Mais pour être réaliste, les budgets ne sont pas du tout les mêmes… Au Japon, on ne pourrait pas le faire, il faudrait vraiment un budget hollywoodien pour réussir. Mais si Hollywood est intéressé, pourquoi pas essayer…

Vous avez déjà laissé un héritage énorme, des dizaines de mangas et de séries animées s’inspirent de votre oeuvre, comme Patlabor, Evangelion et tant d’autres. Vous en êtes fier ?
Évidemment que j'en suis fier ! Je sais que des créateurs ont été influencés par mon oeuvre parce que eux-mêmes me le disent. Mais je suis persuadé que toute oeuvre culturelle se crée par accumulation : j’ai été influencé par Osamu Tezuka (NDLR : le créateur d’Astro), et mon oeuvre a inspiré la création d’autres oeuvres, comme Evangelion que vous avez cité. Toute influence amène à de nouvelles créations. Je vois ça comme quelque chose d’extrêmement positif. 

Vidéo Nicolas Bellet 

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