Alexander Payne : "Matt Damon peut tout jouer"

Downsizing bande-annonce

Avec Downsizing, le réalisateur entraîne Matt Damon dans une fable humaniste et volontiers ironique au cœur d’un nouveau monde peuplé d’êtres humains rétrécis pour résoudre le problème de la surpopulation terrestre. 

Comment est né Downsizing dans votre esprit ?

Alexander Payne : Tout part d’une idée de Doug Taylor, le frère de mon co- scénariste Jim. Une idée ou plutôt une image : celle de gens tous petits dans des maisons devenues géantes pour eux. Doug a commencé à délirer autour des avantages promis aux êtres humains si on rapetissait : plus de place dans les maisons donc, moins d’argent à dépenser pour se nourrir… Je vous avoue ne pas y avoir vu tout de suite un sujet de film. (rires) Mais tout est remonté à la surface des années plus tard. Quand, en 2004, après la réélection de George W Bush, j’ai eu envie de me lancer dans un film politique. Comme un retour aux sources de mes premiers longs métrages, Citizen Ruth et Election.  Alors avec Jim, on a travaillé autour de cette idée de rapetissement comme une solution à la surpopulation et au changement de climat. Nous nous sommes lancés dans l’écriture en 2006. J’avais prévu de tourner Downsizing juste après Sideways. Entre temps, j’ai donc réalisé The descendants puis Nebraska. Mais cette situation m’est familière. Mon tout premier film aurait dû être Mr Schmidt. Et j’ai dû attendre 11 ans pour qu’il voie le jour. Mais d’expérience, je sais que ce délai a aussi du bon. Il laisse le temps de peaufiner un scénario.

Un scénario qui a forcément beaucoup évolué en plus de dix ans…

Oui mais tout ce que nous avions imaginé il y a plus de dix ans est hélas plus que jamais d’actualité. Qu’il s’agisse de questions migratoires, d’environnement, ou de xénophobie. Ces thématiques n’ont fait que se développer de manière inquiétante.

 

Mais vous avez choisi de les aborder par le prisme de l’humour…

Oui et ce n’est d’ailleurs en rien un hasard si, comme ici avec Kristen Wiig (Mes meilleures amies), je fais régulièrement appel à des comédiens de comédie pour jouer des rôles dramatiques. Ils apportent toujours cette légèreté qui empêche de sombrer dans le pathos. A mes yeux, tous mes films sont des comédies ou des satires. J’ai toujours été plus influencé par des cinéastes maniant l’humour que par ceux qui se définissent comme de purs cinéastes politiques. D’ailleurs, sur le papier, j’imaginais Downsizing beaucoup plus hilarant. D’habitude mes films sont plus drôles que mes scénarios. Ici, c’est l’inverse. On sourit plus qu’on ne rit. On se situe plus dans la satire et l’ironie… …

Downsizing n’entre guère dans les canons des films chers produits par Hollywood, plus portés sur l’entertainement pur. Est-ce que son côté cinéma d’auteur a été un frein ?

On m’a en effet plusieurs fois expliqué que ce film était trop intelligent pour justifier un budget aussi élevé. Mais j’ai eu la chance qu’un homme y croit : Brad Grey, alors patron de la Paramount et décédé en mai dernier. Il a eu envie de nous suivre.. même s’il m’a avoué ne pas comprendre précisément où on voulait aller !

Downsizing permet un exercice forcément passionnant pour un réalisateur. Puisque vous créez à l’écran un monde nouveau. Comment l’avez-vous conçu ?

Dans chacun de mes films, le lieu où se déroule l’action en constitue un personnage à part entière. Je voulais qu’il en soit de même ici. Je pense réaliser des fictions avec une sensibilité de documentariste. J’ai besoin que tout paraisse ancré dans une certaine réalité. J’ai donc demandé à mon responsable des effets spéciaux James Price et à mon directeur de la photo Phedon Papamichael qu’à l’écran tout paraisse le plus banal et familier possible dans ce nouveau monde. En fait, j’ai réalisé un film d’effets spéciaux à la Robert Altman ! (rires)

Est-ce que tourner avec ces effets spéciaux a changé votre manière de travailler ?

A 56 ans, tester encore des choses nouvelles est forcément excitant ! Mais je dois vous avouer que cela m’angoissait un peu. Car, pour moi, rien n’importe plus dans un film que la qualité de l’interprétation et je craignais qu’ils prennent le pas sur tout. J’ai donc expliqué dès le départ, à James Price, que les acteurs devaient être au centre de tout et la technique s’adapter pour les mettre le plus à l’aise possible. Au final, cela s’est fait naturellement, beaucoup plus simplement que je le craignais.

Aviez- vous Matt Damon en tête pour le rôle principal dès l’origine ?

Non mais il s’est imposé assez vite. Pour moi, Matt est de la trempe de Jack Lemmon, James Stewart ou Dustin Hoffman. Une de ces stars qui ne ressemblent pas à une star ! Il peut tout jouer. Une certaine outrance comme dans Ma vie avec Liberace, un héros d’action dans la saga Jason Bourne ou un Américain moyen dans mon film. Il est crédible à chaque fois. Steven Soderbergh m’a un jour dit qu’il était le meilleur de tous. Et il avait raison !


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