Abdellatif Kechiche : "Je n'ai pas fait La Vie d'Adèle pour Steven Spielberg"

Abdellatif Kechiche :

Abdellatif Kechiche vient de triompher à Cannes. En lui remettant la Palme d’or, le jury présidé par Steven Spielberg couronne un film terrassant, d’une vie, d’une vérité et d’une ampleur rare, porté par deux actrices dingues -Léa Seydoux et Adèle Exarchopolous. Quelques jours avant la Palme, nous avions rencontré Kechiche.La Vie d'Adèle et Steven Spielberg"Je n'ai  évidemment pas fait le film en pensant à lui. Et je ne sais pas ce qu'il en a pensé. Mais pour moi, le cinéma est composé de pleins d'univers différents. Je ne pense pas que tel réalisateur qui n'appartient pas au même courant ou à la même mouvance que moi sera plus dérangé qu'un autre. Je regarde des films qui n'appartiennent pas à mon univers mais qui me touchent, qui me bouleversent, et me dérangent parfois. Des films que je ne ferai pour rien au monde. Tout cinéaste à envie de découvrir des univers différents, et j'espère que c'est le cas pour Spielberg." La bouffe"J'aime regarder les gens manger. Je ne suis pas gourmand, mais c'est un instant de partage qui m'émeut. La beauté du mouvement, les expressions et les couleurs qui découlent de ces instants de vie me fascinent." L'adolescence"C'est un moment décisif de la vie et je suis persuadé qu'on la garde constamment en soi. J'éprouve une grande admiration pour la jeunesse d'aujourd'hui. La jeunesse de ma génération était bloquée, fermée. J'observe aujourd'hui, au contraire une jeunesse libre, ouverte, engagée et a l'écoute du monde. J'ai envie de capter l'émotion qu'elle me procure quand elle danse, quand elle manifeste, quand elle rit ou se dispute. Il y a une énergie et une fougue qui m'interpelle et que je veux attraper. Ce qui plaît surtout c'est que cette génération ne regarde plus les différences sexuelles, raciales, économiques. C'est vraiment ce qui explique - en partie - mon admiration." Abdiquer la violence ?"Abdiquer ? Je ne crois pas. Je ne sais pas. Ce n'est pas non plus un film très joyeux. L'atténuer, peut-être. Le thème de la rupture est douloureux. Alors, oui, le film est construit autour de l'idée de cycle, de recommencement. Il est question d'ouverture et d'espoir. La douleur n'est pas la fin de cette histoire. Il y a peut-être quelque chose de plus positif que dans mes autres films." Les actrices"À chaque fois que je rencontre une actrice, elle devient une sorte de muse. J'ai envie qu'elle soit source d'inspiration. La vie d'Adèle est de ce point de vie très dialectique puisque toutes les questions que je me pose sur mon rapport aux actrices sont dans le film. L'autre qui devient source d'inspiration. À quel moment il est objet, à quel moment il devient guide..." Homosexualité"Je me suis finalement peu interrogé sur le thème de l'homosexualité. Pendant le tournage j'ai rarement eu conscience qu'il s'agissait de deux femmes. Je regardais deux personnages qui s'aiment et l'idée qu'elles étaient du même sexe m'a échappé. Il y a bien eu ces moments où ça m'a rattrapé - comme la scène ou elle lui dit : "j'ai mes règles". Pour le reste, on était tous dans l'interrogation sur les rapports amoureux et ça ne m'a jamais préoccupé pendant le tournage du film. Attention : je n'ai pas cherché à l'occulter ou à le mettre de côté. Ça s'est fait comme ça." Propos recueillis par Gaël GolhenLa Vie d'Adèle, récompensé par la Palme d'or, sortira en salles le 9 octobre prochain.

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