7 films de Johnny commentés par Hallyday

Jean Rochefort et Johnny Hallyday dans L'Homme du train

"J’avais 11 ans. À l’époque je m’appelais encore Jean-Philippe Smet"

Johnny Hallyday vient de mourir. En 2002, Première rencontrait la star pour parler de cinéma. Plus précisément des longs métrages marquants de sa propre filmographie. Il sortait alors L’Homme du train, et revenait avec plaisir sur Les Diaboliques, Les Parisiennes, L’Aventure c’est l’aventure ou encore Détective auprès de Stéphanie Lamome. Voici dix films de Johnny critiqués par Hallyday.

 

Johnny Hallyday est mort à 74 ans

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 54) 

"J’avais 11 ans. À l’époque je m’appelais encore Jean-Philippe Smet. J’étais dans la scène du dortoir. Je devais me lever de mon lit pour aller espionner Simone Signoret qui passait dans le couloir. Ma séquence a été coupée. Je ne me souviens même pas de ma réplique. C’était un tournage très turbulent, avec beaucoup d’enfants. Comme Clouzot était du genre grincheux, pas très patient avec les gosses, sa femme, Véra, avait trouvé le truc. Elle arrivait le matin avec des paquets de bonbons qu’elle nous distribuait en disant : “Si vous êtes bien sages et que vous ne faites pas de bruit pendant le tournage, je vous en ramènerai tous les jours.” Après ça, aucun môme n’a plus moufté. Je n’ai commencé à prendre des cours de comédie qu’à l’âge de 15 ans, à l’école de la rue Blanche, dans la classe de Mary Marquet. Je faisais des petits bals avec Dutronc pour gagner de l’argent. Moi, c’était pour me payer les cours de théâtre; lui, pour aménager sa cave en studio de répète !"

Les Parisiennes (Sketch “Sophie”, de Marc Allégret, 61)

"Je chante Retiens la nuit avec Catherine Deneuve dans une cuisine [rire]. Roger Vadim a été celui qui m’a introduit dans le milieu du cinéma. Marc Allégret, un de ses amis, est tombé malade pendant le tournage du sketch. Vadim a filmé à sa place, sans pour autant se créditer au générique. À l’époque, Catherine Deneuve était sa compagne. À la fin du tournage, elle est tombée enceinte de Christian. Je suis devenu très ami avec Vadim par la suite. On avait la même passion des voitures. On faisait des courses dans Paris, lui dans sa Ferrari, moi dans ma Triumph. C’était une époque assez dolce vita. Quant au film, il a bien marché".

Le Spécialiste (Sergio Corbucci, 70)

"Je revenais d’Égypte où j’avais tourné un genre de James Bond avec des trafiquants d’armes, Les Armes de la colère, d’Henri Cale. Le film est resté inachevé parce que Ray Ventura, l’un des producteurs, avait dû perdre pendant le tournage de l’argent qu’il plaçait ailleurs... Après cette déception, le producteur Pierre Braunberger, dit Boum-Boum [producteur, entre autres, de Luis Buñuel], me propose de produire un film pour moi – je n’avais qu’à choisir. Je venais de voir un truc extraordinaire, Le Grand Silence, de Sergio Corbucci, avec Klaus Kinski et Jean-Louis Trintignant, qui joue un personnage muet. Un western dans la neige, vraiment très beau. Deux semaines plus tard, Braunberger fait venir Corbucci à Paris, et c’est parti pour un nouveau western. Je me suis régalé. Jouer du pistolet avec un chapeau de cow-boy et un cheval, c’était un rêve de gosse. En plus, là, j’ai le droit de tuer et de partager le lit d’une femme ! Je devais même mourir à la fin, mais Braunberger n’a pas voulu. Du coup, je suis blessé, mais j’arrive à remonter sur mon cheval ! C’est aussi un film important parce que c’est la première fois que je ne chante pas. C’est vrai que mon jeu d’acteur est minimaliste, mais, de toute façon, dans les westerns, il n’y a pas grand-chose à faire. Un regard et un cigarillo suffisent. J’ai conservé la paire de bottes que j’avais aux pieds dans le film. Il y a deux choses que je garde toujours après un tournage : ce que mon personnage porte le plus souvent et le clap de fin. Je les ai presque tous. Ils sont exposés sur les étagères de mon bureau". 

L'Aventure c'est l'aventure (Claude Lelouch, 71)

"Lelouch, qui avait réalisé certains de mes scopitones [ancêtres du clip] dont celui de Pour moi la vie a commencé, avait besoin d’une star qui joue son propre rôle et qui se fait kidnapper. Je connaissais Brel depuis que j’avais 16 ans. Le samedi et le dimanche après-midi, je chantais au dancing du Moulin-Rouge dont il était la vedette. On a pour ainsi dire fait nos débuts ensemble. Brel m’avait aussi présenté Lino Ventura. Pour être décontracté, le tournage était très décontracté !"

Conseil de famille (Costa-Gavras, 85)
"Costa-Gavras a voulu me rencontrer après voir vu Détective. J’avais lu le roman, qui était vraiment très drôle, beaucoup plus que le film au final. Comme Costa sortait de sa série avec Montand, L’Aveu, Z, il voulait changer de style et faire une comédie, mais il a eu peur de se lâcher complètement. Le résultat est bâtard."

 

Quand Johnny Hallyday faisait la Une de Première 

 

Détective (Jean-Luc Godard, 85)

"J’ai vraiment commencé à faire du cinéma à partir de Détective. J’avais accompagné Nathalie [Baye], qui tournait Notre Histoire, de Blier, près de Genève, à son déjeuner le dimanche avec Godard pour parler de son prochain film. Je l’accompagne. Pendant le repas, Godard ne me regarde pas une seconde, ne me dit pas un mot. Trois semaines se passent. Le téléphone sonne [il imite Godard]: “Bonjour, Johnny Hallyday, c’est Jean-Luc Godard. Euh, je suis en train de préparer un film avec Claude Brasseur et Nathalie Baye, je voudrais que vous fassiez, euh... le rôle dans le film... avec eux... pour moi.” Il me donne rendez-vous dans un resto et commande deux soles vapeur sans me demander mon avis. Encore une fois, il ne m’adresse pas la parole. À la fin de la sole, il me dit: “C’est bon, hein?” Moi: “Oui, c’est pas mal.” Lui: “Bon, alors, on commence dans quinze jours.” Je n’avais rien lu, il n’y avait pas de scénario ! Godard nous donnait trois tartines de pages à apprendre dix minutes avant de jouer. Le tournage devait durer six semaines et je devais enchaîner tout de suite après avec un spectacle au Zénith, mis en scène, entre autres, par Claire Denis, qui était assistante. J’étais très inquiet parce que, tous les jours, pendant quatre semaines, on était convoqué à midi pour tourner. Jean-Luc arrivait, et disait: “Vous avez vu ce temps, les enfants? C’est infilmable. Bon, ben, on va laisser tomber alors. À demain.” Finalement, on a mis le film en boîte en deux semaines. Claude Brasseur, qui habitait à une heure de Paris, avait même fini par prendre une chambre à l’hôtel Concorde- Saint-Lazare où on tournait ! Je me suis bien entendu avec Godard. En revanche, il a dit des choses très désagréables à Claude Brasseur devant toute l’équipe. Après le tournage, alors que je devais chanter à Lausanne, près de chez lui, Jean-Luc m’appelle pour me dire qu’il veut me montrer un truc. Là, je découvre un endroit aussi triste que le bonhomme. Il faisait lui-même son montage à domicile. Je m’assois et il me montre Détective avant tout le monde. Je lui dis: “C’est un beau film que tu as fait là. Tu viens me voir ce soir en concert ?” Il me répond: “Oh non, il y a bien trop de lumières.” [Rire.] Il faut vous dire que pendant le tournage, il avait enfermé à clef le matériel de Bruno Nuytten, le chef op, en prétextant que du moment qu’il voyait ses pieds, il n’avait pas besoin de lumière... Après Détective, Pialat n’a plus voulu de moi pour Police. Il était vexé parce que j’avais fait le film de Jean-Luc, qui parlait aussi de la police... Il a coupé les ponts."

 L’Homme du train (Patrice Leconte, 01)
"Leconte, je l’ai rencontré aux César, alors que je devais remettre un César d’honneur à Godard. C’est la première fois que j’ai fait la démarche d’aller vers un réalisateur pour lui dire : “J’ai envie de travailler avec vous.” C’est aussi la première fois que je n’ai pas eu de surprise entre le scénario et le film. On a tout tourné chronologiquement. J’étais très nerveux de donner la réplique à Rochefort. Pour moi, il représente le comédien qui a tout fait. Comme il connaît toujours son texte rubis sur l’ongle, j’ai bûché le mien comme un fou. Ma terreur, c’était qu’on refasse des prises à cause de moi ! Je ne vais jamais me voir aux rushes; je pense que corriger ses défauts au cours d’un film est une mauvaise idée; il vaut mieux commencer et finir avec. Toute l’équipe vivait dans le même hôtel perdu dans la montagne. On bouffait ensemble midi et soir. Moi, quand je tourne, j’ai une discipline d’enfer. Je m’entraîne, et je suis toujours accompagné d’un nutritionniste qui me fait suivre un régime strict."


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