40 ans de blockbusters hollywoodiens : GoldenEye (1995)

GoldenEye

James Bond revient ce soir sur France 3 sous les traits de Pierce Brosnan.

GoldenEye sera rediffusé à partir de 20h55 sur la troisième chaîne. En attendant de (re)voir cet épisode de 007, replongeons dans les archives. Durant l'été 2015, nous avions sélectionné ce film au sein de notre dossier 40 ans de blockbusters afin d'analyser sa création et son succès.

Bond agonise.
Début des 90’s. Un peu comme le Commander dans tous les pré-génériques de la saga, la franchise 007 regarde le barillet d’un révolver chargé, droit dans les yeux. Bond est au bord du gouffre et plus personne ne peut croire en son avenir. Bien avant que les scénaristes en fassent un dialogue culte, l’agent secret est "un dinosaure". Le reliquat d’une autre époque, d’un temps où Arnold ne chevauchait pas encore des jets prêts à défoncer Miami et le box office mais affinait sa silhouette dans les clubs de gym autrichien.  

Dans le monde des années 90, Bond est un ringard - six mois après la sortie de Permis de tuer, le mur de Berlin vient de s’effondrer, comme la possibilité pour Jaaaames d’être encore un héros moderne. Au cinéma Bond est aussi dépassé. Que peuvent valoir les gadgets dérisoires du plus célèbre agent secret de Sa Majesté à côté des effets spéciaux déployés dans le moindre sous-Terminator ? Quel public peut encore séduire cet esthète gominé, amateur de Dom Pérignon, quand on est submergé par des McLane-like en marcel ou par la beauté fatale de Mel Gibson ? Bond a un pied dans la tombe. Les 90's sont en train de pousser le reste dans la fosse...

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Reprenons.
Eté 89. Permis de tuer est un four majeur. Avec son intrigue nullissime, son acteur falot qui tente de ramener un peu de réalisme (au détriment de l’humour et du sex appeal) mais fait plus de mal au personnage que Blofeld, le 16ème Bond est une catastrophe. Un tournant de la franchise. Le film ne rapporte que 34 petits millions de dollars aux US (se faisant exploser par L’Arme Fatale 2) et devient en dollars constants le pire Bond de l’histoire. Les producteurs commencent à se poser des questions. Sur la pertinence d’une franchise dépassée (à l’heure du CG, du blockbuster ironique et postmoderne, de l'action non stop et du style clinquant) ; sur les directions à prendre et les choix artistiques à imaginer. Et les deux ou trois années qui viennent aggravent la crise existentielle.

Ironie du sort, moins de deux ans après la sortie de Licence To Kill, Bond perd deux de ses boussoles. Richard Maibaum, scénariste historique de la saga (et notamment de Dr. No) disparaît, suivi quelques mois plus tard par Maurice Binder dont les séquences génériques pop et psyché sont une des trademarks de la saga. En deuil, la production continue d’avancer, mais la MGM entre brusquement en faillite. Une bataille de plus de deux ans entre les ayants droits et le studio se conclut au début des années 90 par un deal, non sans avoir laissé le film au point mort pendant près de 3 ans. Quand la production reprend, c’est pour encaisser un nouveau coup dur : si Michael France a écrit un script (désormais mythique) qui annonce la refonte du mythe et du personnage, Timothy Dalton rend son permis de tuer et laisse les Broccoli sans star. Début 94, Bond a donc perdu deux de ses pères, son interprète, a failli perdre son studio et apparaît comme une anomalie artistique et commerciale. Dans la panique générale les idées les plus dingues germent dans la tête des producteurs (en faire une femme ? prendre un acteur noir ? faire des films d’époque ? approcher Quentin Tarantino ?). Préférant finalement jouer la sécurité, Eon va s’en remettre à un cinéaste néo-zélandais (Martin Campbell) et à un acteur irlandais déjà approché pour remplacer Moore (Pierce Brosnan). Les deux décident de revenir aux fondamentaux, de reprendre l’Aston Martin et les martinis, pour... tout révolutionner.

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"La seule chose que nous ayons dit à Martin, c’est qu’il fallait faire rentrer Bond dans les 90’s", nous confiait Barbara Broccoli pour les 50 ans de la saga. Le script malin, le charisme de Brosnan et la mise en scène de Campbell (totalement impliqué dans la conception du film) vont effectivement remettre 007 au goût du jour. "On est au milieu des 90’s", expliquera Brosnan sur le tournage. "Les héros cinéma sont bien plus fucked up que Bond. Je vous rappelle que Mel Gibson enfourne le canon de son revolver dans le premier Arme Fatale. Ce type était un animal et c’est ça que les gens veulent voir". Brosnan, quoiqu’on en pense vingt ans plus tard, amène un charisme canaille et un peu déviant au personnage. Dès les premières minutes, il joue laid back et ironique. Il trouve aussi les failles du personnage. Si Sean Connery en avait fait un personnage hardcore, Brosnan s’éloigne du réalisme austère et shakespearien de Dalton pour l’humaniser un peu, sans pourtant oublier que Bond est d’abord une caricature. Il lui donne une allure, une élasticité et une vivacité classique qui font mouche. Revoyez l’apparition du personnage. Les bottes qui claquent le béton, la respiration, le saut de l’ange, le sourire contenu et son "j’ai oublié de frapper". On retombait naturellement, immédiatement, totalement, amoureux de 007. Pour mémoire, la première fois qu’on voyait Dalton de face dans Tuer n'est pas jouer, il était effrayé par l’apparition d’un singe.

Martin Campbell de son côté reprend la mythologie du personnage qu'il infuse d'une grammaire cinéma complètement de son époque. Avec des effets numériques, des scènes plus violentes et surtout un set up plus rapide. "Les vieux Bond prenaient VRAIMENT leur temps", confie le cinéaste à l'époque. Lui, non. Son Bond allait enfin redevenir palpitant, nerveux. Et ça se sentait dès la promotion du film, qui quittait les codes du marketing à papa pour rentrer dans une ère du teasing bien plus contemporaine. On se souvient du premier trailer surexcitant -et novateur puisque ce fut l'un des premiers teasers cinéma à ne vendre que de l'action non-stop, sans s'embarrasser de dialogues et de storytelling. Enchainant les scènes d'action, clairement manufacturé pour l'Internet balbutiant (un blockbuster MODERNE on vous dit), ce montage explosif donnait le ton du film, de son économie et de sa philosophie.

Comme le prégénérique.
007 qui s'enfuit en courant, sous le feu nourri des Soviétiques (l'action se passe avant la chute du mur de Berlin). Pris en chasse, il aboutit à l'extrémité d'une piste sur laquelle un biplan s'apprête à décoller. 007 le rattrape, ouvre la portière côté passager et commence à se battre avec le pilote. Les deux combattants tombent de l'avion qui continue droit devant. Profitant de la confusion, 007 enfourche une moto abandonnée et reprend la poursuite. La piste s'achevant brutalement au bord d'une falaise, l'aéroplane décolle sur sa lancée, avant de plonger à pic dans le vide. 007 suit le même chemin, rejoint l'avion en chute libre, ouvre la portière, se hisse aux commandes, s'empare du manche à balai et au moment où le spectateur se dit que le crash est inévitable, parvient à redresser miraculeusement l'engin, à quelques centimètres seulement des rochers. Contrairement à ses prédécesseurs, Brosnan ne doit plus seulement sauver le monde, il vient de sauver la franchise.

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Campbell + Brosnan
En 95, James Bond épousait donc les modes du moment (en terme de character design et decinéma) et s'alignait sur les standards des blockbusters les plus performants. Même s'il n'avait pas tout à fait le budget d'un Schwarzy (le film ne dépassa pas les 100 millions de dollars mais resta sous la barre des 65), il en avait l'ambition. Sans pourtant renier ses spécificités. 

Le génie de Campbell, et ce qui au fond sauva la franchise, c'est qu'il avait compris ce qu'était un film James Bond. 007 n'a jamais été qu'une idée, une promesse, un fantasme inassouvi, une quête perpétuellement mise en échec, pour les producteurs mais aussi les metteurs en scène concernés, obsédés par la question de ce que doit être un Bond et de ce que pourrait être un bon Bond. Avec GoldenEye, le cinéaste cherchait à répondre à la première question. Il sait qu’il lui faut plus qu’une infusion d’hystérie ou de postmodernisme pulpfictionesque pour relancer Bond au cinéma. Il s’attache d’abord à retrouver le "charme bondien". Il assume le côté politiquement incorrect (gommé dans les deux Dalton), macho et pulp du personnage par des idées de scripts ou de réalisations fantasmatiques (M est une femme, la poursuite en tank est ahurissante, le cimetière des statues). Mieux, il ressuscite les réflexes pavloviens des spectateurs qui peuvent cocher mentalement la liste des éléments de l'ADN de la saga bien présents à l'écran. Prégénérique super cool ? Check (le saut de l’ange d’ouverture). Thème qu'on retient pour toujours ? Check. Méchant mémorable ? Check (Sean Bean, parfait). Bond girl inoubliable ? Check (Famke Janssen). Trahison choquante ? Check. Cascade over the top ? Check, check, et encore check.

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Et puis il update le spectaculaire. Rétrospectivement, GoldenEye est le premier Bond qui marche en tant que pur spectacle-cinéma. Au milieu des années 90, un plan des Pyramides n’a plus rien d'impressionnant alors qu’un type qui plonge d'une falaise jusqu’à un avion en passe de s’écraser contre une montagne, pour redresser le manche à balai, oui. Sous nos yeux, Bond redevenait donc moderne et réussissait à séduire de nouveaux spectateurs - ce n'est pas un hasard si, pour une génération entière, GoldenEye le film sera intimement lié à GoldenEye le jeux vidéo, un first person shooter sorti deux ans plus tard sur N64, qui a rendu dingue les gamers de tous pays et fit beaucoup pour la réhabilitation du commander.

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Mais tout cela n’aura pas duré longtemps. Un seul film en fait, celui-là, qui devait redéfinir le mythe et relancer la franchise. Après, Brosnan emmena la saga aux frontières du Z (une voiture invisible, un combat d’escrime contre Madonna, Denise Richards et "Christmas in Turkey"...) et il fallut attendre Daniel Craig pour réinventer un nouveau Bond (une nouvelle fois sous l'égide de Campbell). Mais en 1995, Bond était de nouveau au top. Cette année-là, il se ferait éclater par des jouets (Toy Story) et un Batman en latex (Forever), mais c'était un carton historique pour la saga (le premier film à dépasser les 100 millions de dollars US et les 300 millions monde) et un nouvel espoir pour les fans. Bond était redevenu cool.
Bond avait ressuscité. 

Gaël Golhen

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