Romain Levy : « faire bouger les lignes du cinéma populaire français »

Romain Levy : « faire bouger les lignes du cinéma populaire français »

Radiostars, la comédie française de l'année ? Le film signé Romain Levy fait embarquer l'équipe déjantée (Manu Payet, Clovis Cornillac...) du Breakfast Club, une émission de radio matinale, en baroude à travers la France pour remonter leur audience.Punchlines à gogo, acteurs au top et réalisation classe, Radiostars avant tout une pure comédie de son époque qui parvient miraculeusement à séduire tout le monde, des critiques au public : avec Radiostars, Romain Levy dépoussière la comédie française tout en affirmant haut et fort son appartenance contre-culturelle. Rencontre.Propos recueillis par François Grelet.Romain, peux-tu m’expliquer par quel miracle on passe des scripts de Cyprien et Coursier à la réalisation d'une comédie classieuse comme Radiostars ?Ah ah, c’est pas vraiment de mon fait. Les films que tu cites ne reflétaient pas forcément ce que j’avais investi en eux. Sur Cyprien en particulier, ça a été douloureux. Quand tu es juste scénariste, il faut trouver un réal qui ait la même manière de penser le cinéma que toi. Ça arrive rarement, pour ne pas dire jamais.Du coup, la question serait plutôt : tu es devenu réalisateur pour avoir enfin la mainmise sur tes scripts ?Oui, exactement. J’ai toujours cru qu’il ne fallait pas devenir réalisateur. Pour de mauvaises raisons, d'ailleurs. Trouver un sujet pour lequel tu es prêt à tout mettre en danger, ta famille, ton couple, ouais, là ça vaut le coup. Et puis finalement, c'est compliqué de s’épanouir en tant que scénariste, surtout lorsqu’il y a trop d’écart entre ton scénar et le produit fini. Quand tu écris, tout le monde est aux petits soins pour toi, parce qu’on a besoin de toi à ce moment-là. Puis après le réalisateur arrive sur le projet, et on te dit « merci, au revoir ». J’ai eu quelques soucis à une époque, justement parce que je ne lâchais pas l’affaire, même après la livraison de la version finale du script. J’ai vite compris qu’au fond, j’avais en moi ce besoin de réaliser les projets que j’écrivais. Après, je dois t’avouer que j’ai du mal à me considérer comme un cinéaste a part entière.Pourquoi ?Je crois vraiment qu’un cinéaste, c’est un type qui casse la grammaire, ou en tout cas qui fait avancer son art. Evidemment, je pense à des types comme David Fincher ou Michael Mann. Moi je me vois plus comme, disons, le patron du film. Ou le responsable, si tu préfères. Je ne crois pas vraiment que je fasse le même métier que les cinéastes que j’admire.C’est lié au fait que tu fasses de la comédie, ce complexe d’infériorité ?Peut-être, ouais. C’est compliqué, quand même, de faire marrer les gens. Faire rigoler des inconnus, c’est une drôle de sensation parce qu’au fond ça veut dire qu’il souscrive à ta déconne. Or toute ta vie, tu penses avoir un sens de l’humour particulier. Tu forges même la plupart de tes amitiés là-dessus. C’est très intime l’humour, hein. Donc si tu pars de ce principe, réaliser une comédie censée rameuter les gens dans la salle, c’est très compliqué. Ou alors tu dilues ton sens de l’humour. Pour Radiostars, évidemment c’était pas l’idée. D’où ma surprise à chaque fois que j’entends des salles entières se marrer.Le film fait rire aussi -et presque surtout- parce qu’il est très contemporain, parfaitement connecté à l’époque.Oui. D’ailleurs, plein de gens imaginaient que ça allait être un film sur l’avènement des radios libres au début des 80’s, ce qui est un très bon sujet de cinéma, mais pas celui que je voulais traiter. Je voulais vraiment causer du monde qui nous entoure, du langage d’aujourd’hui, ce genre de trucs… On m'a d'ailleurs souvent fait remarquer que le film était mieux que le scénario. Ca tient vraiment à ce truc du débit de parole, du flow très contemporain qui rythme le film. Souvent quand tu es scénariste, tu cherches à tout prix la phrase d’auteur qui claque. Mais au final, ça fait que ton film sent un peu le papier. C’est l’empreinte, un peu trop forte, que Michel Audiard a laissé sur le cinéma français populaire.Ce feeling contemporain passe aussi par le casting, et les nouvelles gueules que tu imposes désormais dans le paysage comique français. Plein d'inconnus autour de mecs un peu plus bankables comme Clovis Cornillac et Manu Payet.Ouais, l’envie c’était de « renouveler les élites ». Et puis quand c’est ton premier film, ça me paraît logique de donner des premières chances à d’autres.Souvent, les télés qui produisent font la tronche quand on leur impose ça…Oui, mais on a fait sans télé. Enfin, il y a Canal+, quand même… Mais c’était logique que les chaines ne nous suivent pas, c’est un projet un peu hors normes, d’un certain point de vue.Euh, le film a plein de qualités, hein, mais  j’ai du mal à le trouver si atypique que ça. Les télés sont vraiment frileuses à ce point ?Sérieusement, sur le scénario, personne n’était partant. Et puis, c’est un premier film aussi. Je n’avais même pas fait le moindre court-métrage avant. Ca ne m’a absolument pas étonné que toutes les télés nous lâchent. Mais, au fond, ce n’est pas très grave, ce qui compte-là, en ce moment, c’est de faire bouger les lignes du cinéma populaire français. Et de ce point de vue là je suis assez optimiste, surtout quand je vois le succès de films comme Tout ce qui brille, Intouchables ou The ArtistC'est vrai, je n'ai jamais vu autant de bons films français que depuis deux-trois ans, je crois…Pareil. Le cinéma français est en pleine bourre, et les ricains n’ont jamais traversé une telle crise de créativité. A Hollywood, en ce moment, on fait des spins off de spin off… Les Oscars, ça ne ressemble plus à rien. Regarde cette année, c’était quoi le grand film US des Oscars ? The Descendants ! Franchement, on s’en tape de The Descendants. C’est bien fait, mais sérieux, on s’en fout. A part The Social Network, quel grand film US on a pu voir depuis 5 ans ?Tree Of Life ?Ah non, pas ce truc….Bande-annonce de Radiostars, sorti le 11 avril dernier :

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