Pourquoi on aime le Marsupilami

Marsupilami

Le personnage sautillant imaginé par Franquin revient ce soir sur TF1. 

A sa sortie en avril 2012, Première avait bien apprécié Sur la piste du Marsupilami, d'Alain Chabat. Au point d'écrire une lettre d'amour au personnage créé par Franquin. La rediffusion du film ce soir sur la première chaîne marque une bonne occasion de la repartager. Sans compter que deux autres oeuvres de l'auteur sont actuellement en cours d'adaptation en France : Gaston Lagaffe et Spirou et Fantasio (série qu'il n'a pas créée, mais pour laquelle il a imaginé des aventures dans les années 1950 et 1960).

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Pas facile-facile à expliquer cette fascination qui dure depuis près de 60 ans pour une bestiole jaune à pois noirs, qui sautille aux quatre coins du monde à grands coups de « houba houba » et autre « hop ». On pourrait bien dégainer le syndrome madeleine de Proust, le rappel de l’émerveillement enfantin; sauf qu’on sait tous que le Marsupilami vaut bien plus qu’un souvenir d’école primaire et une odeur d’album Dupuis aux planches encore fraîches. Comme la compile rouge des Beatles ou une production Amblin bien goupillée, Le Marsu dépasse allègrement le simple constat nostalgique pour devenir un fétiche pop inaltérable, avec lequel le dialogue ne cesse jamais de s’opérer à mesure qu’on ressort ses vieux Spirou et Fantasio du grenier. Alain Chabat, lui, l’explique de la sorte : « Le Marsu représente une certaine idée de la liberté. Les autres animaux domestiques de la pop culture, disons Milou ou Rintintin par exemple, comprennent ce que les humains leur disent, ils s’exécutent. Le Marsu c’est différent. Déjà tu ne sais pas vraiment s’il comprend tout, et même si c’est le cas, il ne va pas forcément faire ce que tu lui demandes. Il peut s’arrêter en route, bouffer un piranha ou rester ébahi devant une fleur, alors qu’au même moment Spirou, son ami, est en danger de mort ». L’idée tient d’autant plus la route que l’on sait qu’André Franquin a conceptualisé l’animal au moment où il commençait à s’emmerder en dessinant les planches de Spirou et Fantasio, personnages qu’il n’avait pas créés et pour lesquels il semblait n’avoir qu’une forme de désintérêt poli - même si il les éclaboussait en permanence de son génie graphique. Pour son auteur  - et forcément ses lecteurs - Le Marsu est une fenêtre vers un horizon plus libertaire et fantaisiste que celui, figé et vaguement réac, du groom juvénile et du journaliste psychorigide. 

Marsupilami

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L'héritage contre-culturel
Crack de la représentation en mouvement, Franquin pouvait également donner à travers sa bestiole à ressort la pleine mesure de sa puissance graphique tout en combinant son goût jamais démenti pour la pantomime. Pas étonnant que le chef d’œuvre indiscutée de sa période Spirou et Fantasio, Le Nid Du Marsupilami, s’envisage comme la reconstitution d’un long documentaire éthologique tournant autour de la famille Marsu, et auquel Chabat aura emprunté des cases entières pour la plus belle séquence de son film. C’est aussi pour ça qu’on revient toujours vers le Marsupilami : pour son aisance burlesque hystéro qui convoque Chuck Jones, Keaton et Harvey Kurtzmann, et prend sa source dans un héritage contre-culturel repeint par l’humanisme belge de Franquin. Un territoire que le dessinateur partage forcément avec Chabat, ex-Nuls reconverti en réalisateur de films pour enfants. L’intéressé confirme : « Toute ma vie j’ai mis sur le même plan Hara Kiri et Walt Disney. Je suis vraiment pris en tenaille par ces deux extrémités là, et j’ai l’impression que Franquin était aussi confronté à ça. J’aime sa vision du monde, qui est à la fois gentiment anar et en même temps plein d’empathie. Gaston Lagaffe c’est son personnage qui résume le mieux cet état d’esprit.  Une vision de l’entreprise d’une noirceur terrible et au milieu cet anar doux qui n’est même pas là pour faire la révolution mais pour faire “m’enfin” ». 

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Appel à l'insurrection
Facile alors de tisser les liens dans ce réseau de signes. Version Alpha de Gaston, le Marsupilami pourrait être le personnage clé cristallisant toute une œuvre, qui n’a ensuite fait que tendre vers une radicalisation de cet état d’esprit aigre-doux. Ou comment  passer de Spirou et Fantasio à Gaston, pour aboutir aux  crépusculaires Idées Noires, et ce avec une forme d’évidence en tout point stupéfiante. Une carrière en trois mouvements, ou pas loin, dont le cœur battant serait un petit animal à la queue interminable, poète bucolique à ses heures perdues, mais surtout fauteur de troubles furibard piétinant les institutions, les hiérarchies et les commodités d’usage. Ne pas se tromper « Houba, Houba », n’a jamais été un borborygme doucereux, ou un motto rigolo. C’était un vrai cri de guerre, un appel à l’insurrection. Maintenant, ça y est, on sait pourquoi, il ne nous a jamais lâchés.

Fred, sans Omar, mais avec son Marsupilami : "C'est un vrai, c'était très agréable de travailler avec lui !"

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