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Ce week-end, le carton plein de Taken 2 a quelque peu effacé un autre constat : le démarrage de Frankenweenie est très faible au box-office américain. Il n’est qu’à la cinquième place du classement, avec 11,5 millions de dollars. C’est moins que les 19,1 millions de son dernier film d’animation en stop motion, Les Noces Funèbres. C’est surtout très en dessous des 29 millions du démarrage de Dark Shadows, son dernier film gothico-comique porté par Johnny Depp. Et pourtant, cette réalisation avait déjà connu un succès mitigé en mai dernier, récoltant seulement 79 millions de dollars aux Etats-Unis, pour un budget de 150 millions (le film s’était cependant remboursé à l’étranger, avec 159 millions de recettes).Tim Burton aurait-il justement perdu la recette du succès ?Depuis le milliard de dollars d’Alice au Pays des Merveilles, Disney a validé tous les projets du cinéaste américain. Son envie d’adapter un show télé méconnu avec des vampires, sorcières et autres goules a donné lieu à Dark Shadows, après des années de reports. Puis Burton a voulu porter sur grand écran (sous forme de stop motion), son court-métrage en noir et blanc (et live action) de 1984, Frankenweenie.Comme on vient de le voir, les deux films n’ont pas remporté un franc succès. En tant que producteur non plus, Tim Burton n’a pas cartonné. Son projet Abraham Lincoln chasseur de vampires, réalisé par Timur Bekmambetov et sorti cet été, a coûté 69 millions de billets verts et rapporté 37 millions outre-Atlantique. Une nouvelle fois, ce long-métrage ne serait pas rentré dans ses frais sans l’étranger, où il a récolté 69,1 millions de dollars.Pire, Burton a perdu de son aura auprès des critiques. Du temps des Noces Funèbres, il recevait 84% d'avis positifs aux USA. Lors de la sortie d'Alice, à peine la moitié des journalistes ont apprécié le travail du réalisateur. Dark Shadows finit d'enfoncer le clou cette année avec seulement 38% de réussite, selon Rotten Tomatoes. C'est faible !Si Frankenweenie dépasse Les Noces Funèbres en terme d'éloges (85%), le mal semble déjà fait : les spectateurs ne suivent plus. Pourtant, l’influence de Tim Burton est énorme à HollywoodSi Alice a ses détracteurs, le public semble globalement apprécier le travail du cinéaste. L’exposition qui lui est dédiée a attiré des millions de personnes à New York, puis à Paris. Son style se retrouve dans de nombreux projets récents, comme L’étrange pouvoir de Norman, sorti cet été (qui a mieux démarré que Frankenweenie, avec 14 millions), Hôtel Transylvanie, que l’on découvrira en février en France ou encore Maleficent, la prochaine grosse production avec Angelina Jolie, qui relatera l’histoire de La Belle au Bois Dormant, mais du point de vue de la méchante Maléfice.Le problème ne se trouve-t-il pas en partie ici ? Si Tim Burton a su imposer un style visuel, ses idées et thèmes récurrents ont été repris très régulièrement à Hollywood. Au point peut-être de lasser les spectateurs ? Trop de Burton tue Burton ?L’exemple est frappant dans les chiffres du box-office de ce week-end : trois places devant Frankenweenie, on retrouve un film d’animation distribué par Columbia et Sony, Hôtel Transylvanie, dont l’univers n’aurait pas fait tâche dans la filmographie de Tim Burton : Dracula y est présenté comme un papa poule qui, pour protéger sa fille des cruels humains, fait construire un hôtel où les monstres pourront vivre entre eux, en paix. Le train-train de Frankenstein, Quasimodo et Wayne le Loup va cependant être bouleversé par l’arrivée d’un jeune homme au sang chaud…Sorti la semaine dernière, le film d’animation fonctionne bien là-bas. Il a déjà presque remboursé son budget, rien qu’aux US : 76 millions de dollars amassés pour 85 de dépensés. Il est donc deuxième ce week-end, et a rapporté ces trois derniers jours plus de deux fois la somme récoltée par Frankenweenie.La résurrection de Sparky, le petit chien de Victor, à la manière de Frankenstein, subit de plein fouet cette concurrence. Les deux films sont destinés au même public et, contrairement au Tim Burton, Hôtel Transylvanie est en couleurs. Ca peut paraitre anecdotique, mais à l'heure de la 3D  et du numérique à tout va, le choix du noir et blanc et de la stop motion pour rendre hommage au monstre de Mary Shelley n'était peut-être pas le meilleur qui soit.Et surtout, quitte à miser sur un univers sombre peuplé de créatures surnaturelles, pourquoi ne pas avoir sorti le film d’animation pour Halloween ? En France, il sortira pile le 31 octobre.Quels sont ses projets ?Tim Burton reste fidèle à ses scripts obscurs mettant en scène des personnages solitaires. Il va produire Big Eyes, un drame inspiré de la vie de Margaret Keane, une peintre au style reconnaissable entre mille : ses personnages sont souvent des enfants (ou des jeunes filles) aux yeux écarquillés. Reese Witherspoon devrait l’interpréter, mais pour l’instant, le projet n’est qu’en pré-production.