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Anouchka de Williencourt
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Marina Foïs : "Un cancer au cinéma sera toujours plus drôle qu'un rhume"

La filmo commentée de Marina Foïs

En l?espace de deux ans, <strong>Marina Foïs</strong> est capable de sauter d?un film de Maïwenn à une comédie sur un cocker, d?une voix dans <em>Madagascar</em> à une pièce d?Ibsen, sans oublier de passer une tête pour un rôle secondaire dans un premier film. Formidable interprète parce qu?elle n?a « rien de spécial à dire sinon j?écrirais », Marina Foïs, à l'affiche de la comédie de Martin Bourboulon Papa ou maman, nous commente sa filmo non exhaustive.<strong>Propos recueillis par Stéphanie Lamome</strong>

La Tour Montparnasse infernale de Charles Némès (2001)

« En fait, mon tout premier rôle, ce n?est pas la salope de La Tour Montparnasse? mais une prostituée déportée au Québec au XVIème siècle dans une série québécoise réalisée par le Josée Dayan local ! Apparemment, cette série est assez connue car <strong>Xavier Dolan</strong> m?en a parlé ! J?ai commencé à avoir des propositions de ciné après avoir fait un sketch des Robins aux César à l?époque où on était encore sur la chaîne Comédie !. Je m?appelais <strong>Romy Schneider</strong> « avec un z » et je passais un casting. Ça a eu un certain impact je dois dire. Mais Eric et Ramzy, c?était différent, je les connaissais depuis toujours puisqu?on était là par hasard avec les Robins la toute première fois où ils sont montés sur scène Au Bec Fin, un café-théâtre de 3,5 m2 et 1 m 20 de hauteur sous plafond. On les avait trouvé géniaux et on était allé leur dire. On tourne le prequel de <em>La Tour?</em> en mars ! »

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat (2002)

« Un plateau ressemble toujours à son metteur en scène. Avec Chabat, la hiérarchie n?existe pas. C?était un tournage monumental avec 650 figurants mais Alain ne se laisse jamais écraser ni par la machine ni par les dorures. Les gens fantasment beaucoup sur « l?esprit Canal »? Pour moi, la particularité de ces années-là, c?est « l?horizontalit?. Lescure s?adressait de la même façon à Gildas, moi, David Bowie ou au stagiaire caméra. Chabat, pareil. Ce sont des mecs qui te donnent l?impression de travailler avec des bouts de ficelle alors qu?ils gèrent des millions d?employés et de budget. Par rapport à la polémique lancée par Maraval sur la production des films français, moi je suis pour la cohérence. Et la morale et la discipline, bien sûr. Que tout le monde ? et pas seulement les acteurs ? se « rincent » quand il y a les moyens, ça ne me pose pas de problème à condition que la priorité reste la fabrication du film. Si les salaires asphyxient la production, ça n'a pas de sens. La réalité, c'est quand même que les cachets s'adaptent aux budgets des films. Et je ne connais pas un acteur qui ne renonce pas à son fric s'il s'agit de faire un grand film. »

RRRrrrr !!! d’Alain Chabat (2004)

« L?idée du premier crime contre l?humanité venait de Maurice (Barthélémy). Avec les Robins, on a écrit un scénario qui était ce qu?il était et qu?on a réécrit avec Chabat. C?est la deuxième fois que je me retrouvais sur un plateau avec Depardieu, pour lequel j?ai un amour infini. Les circonstances ont fait que pendant qu?on tournait ensemble, il se passait des choses dans nos vies respectives qui résonnaient entre elles. J?ai partagé avec lui des conversations que je ne suis pas prête d?oublier. Je me souviens que personne ne riait aux avant-premières de RRRrrrr !!!, c?était horrible. Le film s?est fait massacrer, la presse a été dégueulasse. J?ai eu l?impression de retourner en quatrième B et d?être envoyée au piquet. J?ai passé mon bac par correspondance, j?ai quitté l?école plus tôt exprès donc tout ça, c?est pas pour moi. Depuis, je n?ai plus jamais lu aucune critique, bonne ou mauvaise. On a quand même fait 1,8 million d?entrées. Aujourd?hui, plein de mômes me parlent du film, comme s?il était plus drôle maintenant qu?à sa sortie ! »

Un Ticket pour l’espace d’Eric Lartigau (2006)

« J?ai connu Lartigau <em>(son compagnon, réalisateur de </em>La Famille Bélier<em>)</em> au moment où il réalisait les pré génériques des Robins sur Canal. Pendant le tournage d?<em>Un Ticket?</em>, je jouais au théâtre et on venait d?avoir notre premier fils, autant vous dire que je n?en garde quasiment aucun souvenir. Mais sur L?Homme qui voulait vivre sa vie, je sais que j?étais chiante car je n?arrivais pas à oublier le lien que l?on a dans la vie. J?attendais son approbation, je l?appelais le soir pour lui demander s?il était content de moi alors que je n?ai jamais eu besoin qu?un metteur en scène me tape sur l?épaule pour me « valider »? Pourtant, on n?est pas du tout un couple fusionnel. Il ne fait pas des films pour moi. Aucune importance puisque je n?ai pas de frustration en tant qu?actrice et que lui a accès aux acteurs dont il a envie, donc ce n?est pas un dossier entre nous. »

Darling de Christine Carrière (2007)

« Le film a mis quatre ans à se monter. Christine m?a choisie alors que j?étais encore à Nulle Part Ailleurs. Elle cherchait une fille grosse, elle ne trouvait pas. Son co-scénariste lui a conseillé de me rencontrer. J?avais lu le livre à sa sortie et pour moi Darling, c?était comme Simone Veil, j?avais l?impression de la comprendre mieux que les autres donc c?était presque normal qu?on m?appelle pour passer les essais, que j?ai d?ailleurs royalement foirés. J?ai dû prendre huit kilos en deux mois. Viennoiseries à volonté le matin, à midi entrée-plat-dessert, à 16h un complément alimentaire à 2500 calories pour les vieux qui ne se nourrissent plus, le soir entrée-plat-dessert et avant de me coucher, si possible un bol de cacahouètes. Je me mettais à table, j?avais envie de pleurer ! C?est un film très important pour moi. La première semaine, j?étais paralysée, je ne me sentais pas à la hauteur. Après Darling, je n?ai plus jamais tremblé sur un tournage. Et puis je n?ai jamais eu de problème d?étiquette grâce au film puisqu?on m?avait choisie alors que je faisais encore les Robins. Je n?ai jamais eu à prouver que je pouvais faire autre chose, c?est le miracle de ma vie ! » 

Le bal des actrices de Maïwenn (2009)

« Je ne connaissais pas Maïwenn. Un jour, elle m?appelle : « Tu veux tourner dans mon film ? » - « ok ». C?était pour son premier,Pardonnez-moi. « Tu peux venir vendredi ? » - « Non, je répète. » - « Alors viens à minuit »- « Ok, y a un scénar ? » « Non » - « Ben Ok » et c?était parti. On s?est dit oui comme ça, très naturellement. Ensuite elle a pris la peine de m?appeler pour me prévenir qu?elle avait coupé ma scène. Pour Le Bal des actrices, j?ai hérité du thème de la chirurgie esthétique qu?une autre comédienne avait finalement refusé. Maïwenn m?avait demandé : « Ca t?emmerde, une séance de botox ? » Moi, je m?en foutais. Ce qui est drôle, c?est que Maïwenn arrive tellement à donner le goût du vrai avec du faux, que plein de gens m?ont demandé après l?adresse de mon dermato ! Maïwenn m?a débarrassée d?un certain savoir-faire que j?avais acquis avec l?expérience. Elle voit à travers les gens, elle a un don d?extra-lucidité, elle ne se fera jamais gauler par ce qui pourrait ressembler à de la technique. » 

Happy Few d’Anthony Cordier (2010)

« Je venais de jouer dans le film de Christophe Honoré, Non, ma fille tu n?iras pas danser, donc je connaissais le producteur, Pascal Caucheteux. Très malin, il m?appelle : « Je vais vous envoyer le scénario d?un film que vous ne ferez pas, parce que je comprends très bien qu?à certaines étapes de sa vie, on n?a pas envie de faire certaines choses? » Evidemment, je n?avais qu?une envie : le faire. Les scènes de cul ne me posaient pas de problème. De toute façon, on en tournait une tous les deux jours alors? Je ne me suis pas posé la question de savoir si j?en étais capable parce que je suis toujours persuadée que je n?ai pas peur. Ce qui est faux, bien sûr. Quand Chabat a fait Didier, il racontait que le premier jour de tournage, il était arrivé à poil sur le plateau en faisant les présentations : « Alors voilà : l?équipe, ma bite. Ma bite, l?équipe. » Et c?était réglé. Il y a un truc de cet ordre qui se passe quand on tourne du cul. Happy Few m?a libérée et m?a donné de la légèreté pendant au moins un an. » 

Polisse de Maïwenn (2011)

« Le premier jour de tournage, Maïwenn débarque : « Bon, l?impro, c?est fini. Maintenant, on est sérieux, on a grandi. Moi, j?ai écrit des dialogues, on s?y tient ! » Ok, pas de problème. Sauf qu?à la première réplique qui a ressemblé à un texte appris, elle a tout cassé : « Bon, ok, t?as compris l?idée, alors dis le autrement ! » Elle ne peut pas s?empêcher de chercher la scène pendant qu?elle la tourne et s?arrange pour qu?elle nous échappe. Celle de notre engueulade homérique avec Karin (Viard) dans le commissariat est un bon exemple. Tout ce que dit Karin était écrit mais au final, je crois que ça sort un peu dans le désordre. Pour moi la justesse de la scène réside dans les allers-retours. Maïwenn a trouvé ça en tournant, elle n?arrêtait pas de dire à Karin : « Reviens, reviens » C?est comme dans la vie, on ne finit pas ses scènes, c?est bordélique, déconstruit. Il y a un vrai malentendu sur Maïwenn. Les gens pensent qu?elle « vole » des trucs aux acteurs, qu?elle les laisse dans l?ignorance or, pas du tout, elle est complice de nous. La manipulation est l?arme des faibles, elle est bien plus forte que ça ! Au final, je crois qu?il y a plus de réflexion chez elle que d?instinct. »

Boule et Bill d’Alexandre Charlot et Franck Magnier (2013)

« Le rôle me faisait marrer et je n?avais jamais joué dans un film pour enfants. Il y avait une vraie ambition, je me suis éclatée avec Dubosc et les pantalons taille haute. S?il y a des films que je me suis forcée à faire, ce n?est pas ceux que vous croyez. Je n?arrive pas encore à accepter des films parce que j?ai acheté un appart mais je comprends que ça puisse être une réalité. » 

Papa ou Maman de Martin Bourboulon (2015)

« Bourboulon a le même parcours que Lartigau : la pub, les Guignols sur Canal +, et le cinéma. Le scénario, transgressif, m?a plu. On a tous été confronté à un moment ou à un autre au burn out familial. L?urgence d?aller remplir le frigo, il n?y a rien de moins sexy. On fait trop de régie dans la vie, ça bouffe la fantaisie et le cul. J?aime l?excès dans les comédies, elles doivent être un exutoire. Un cancer au cinéma sera toujours plus drôle qu?un rhume. Et puis il y avait Lafitte, un pote de toujours. Ce que j?adore chez lui c?est que comme Lemercier ou Lauby, il a une élégance qui lui permet de faire les pires vannes sans que ça tombe jamais dans le caniveau, contrairement à moi ! »  

En l’espace de deux ans, Marina Foïs est capable de sauter d’un film de Maïwenn à une comédie sur un cocker, d’une voix dans Madagascar à une pièce d’Ibsen, sans oublier de passer une tête pour un rôle secondaire dans un premier film. Formidable interprète parce qu’elle n’a « rien de spécial à dire sinon j’écrirais », Marina Foïs, à l'affiche de la comédie de Martin Bourboulon Papa ou maman, nous commente sa filmo non exhaustive.Propos recueillis par Stéphanie Lamome