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Les grands films fauchés

A bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960)

Pas besoin d'avoir le budget d'un <em>James Cameron</em> pour créer des révolutions au cinéma. La preuve avec le mythique <em>A bout de souffle</em>. Sans autres moyens que son talent et l'envie de mettre le cinéma à l'envers pour regarder sous sa jupe, <em>Jean-Luc Godard</em> bouscule tout. Par la liberté folle de Raoul Coutard à la caméra, butinant dans les rues de Paris filmées tel un documentaire ; par le génie du montage télescopant les plans pour créer des raccords (souvent faux) inédits réinventant une manière de regarder les images, A bout de souffle est un film manifeste. Une oeuvre matrice qui résume la grandeur du cinéma non à l'ampleur de ses moyens techniques, mais à celui qui les manie, pour révéler dans leur plus simple appareil leurs infinies possibilités.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Le Jetée de Chris Marker (1962)

Le mythe du film fauché et génial doit beaucoup à la Nouvelle Vague ayant libéré la manière de faire les films. Depuis, on a alors trop souvent voulu voir dans l'outil (la caméra) un moyen justifiant à lui seul un style, quand il s'agissait d'un idéal plus complexe et contextuel. Au fond la seule question qui compte est la mise en scène. Avec <em>La Jetée</em>, film célèbre tourné à partir d'images fixes, façon roman photo, <em>Chris Marker</em> prouve qu'on peut faire l'un des plus beaux films de science fiction avec quelques idées et très peu de moyens. La grandeur du film (pourtant court) reposant sur l'adhésion entre sa technique et sa vision, puisque avec ses images arrêtées, son histoire de voyage spatio temporel, sa quête amoureuse renvoyant au <em>Sueurs froides</em> d'<em>Hitchcock</em>, il est une des oeuvres les plus importantes sur la mémoire et le temps.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents   

La Nuit des morts-vivants de George A. Romero (1968)

Financé par <em>george romero</em> et ses amis, réunis en actionnaires pour créer leur propre maison de production alors que les studios dominent largement Hollywood, <em>La Nuit des morts-vivants</em> est l'archétype fondateur du film d'horreur indépendant. Tourné pour cent mille dollars (ou presque) avec dans l'idée que le genre aura toujours un potentiel commercial, il a imposé la figure du zombie au cinéma. Dans le contexte libertaire de la fin des années 60, il participe à donner l'impulsion d'un cinéma plus radical, déviant et engagé. Avec son style brut et réaliste en noir et blanc, héritage du documentaire et de son absence de moyens, il impose une esthétique inédite dont certains ne se remettront pas.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974)

Les plus grands mythes du cinéma d'horreur américain sont souvent nés à partir de trois fois rien. Au point que le concept de film fauché devienne presque accolé au genre. Tourné pour un budget originellement dérisoire (60 000 dollars) qui connaît des variations en cours de montage, Massacre à la tronçonneuse est de ces films emblématiques dont l'économie minimale a permis un chef d'oeuvre. Dans une esthétique de quasi documentaire renforcée par l'utilisation de la lumière naturelle et l'image granuleuse, le film clé et définitif de <em>Tobe Hooper</em> offre à sa sortie une vision radicale et nihiliste de l'Amérique faisant écho aux horreurs du Vietnam. Plus tard, dans un voie toujours aussi indé et horrifique prenant <em>george romero</em> et Hooper comme modèle, viendra le célèbre Evil Dead de <em>Sam Raimi</em>.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Assaut de John Carpenter (1976)

Deuxième film de <em>John Carpenter</em> après le plus confidentiel et brouillon Dark Star, Assaut doit se contenter d'un budget de 100 000 dollars. Pas beaucoup pour refaire le mythique Rio Bravo d'<em>Howard Hawks</em> comme le cinéaste le voudrait, mais suffisant pour qu'il livre alors son premier chef d'oeuvre : un huis clos urbain à la tension caniculaire et nerveuse. Avec un décor de commissariat et très peu d'extérieurs, Carpenter montre déjà son étonnante maîtrise de l'espace et de l'action apprise en observant les westerns de Hawks. Pour à peine trois fois plus, quelques années plus tard, il enchaîne sur Halloween, film moins cinéphile mais plus fondateur qui deviendra l'archétype définitif du slasher.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Eraserhead de David Lynch (1977)

Si <em>David Lynch</em> n'avait pas réalisé Eraserhead dans une cave (les sous-sols de son école de cinéma), où pendant près de six ans et avec un budget dérisoire il peaufina son premier grand film, sans doute son histoire aurait été différente. Preuve qu'avec de la volonté, de la patience et surtout du talent on peut faire des chefs d'oeuvre, Eraserhead impose d'emblée son auteur comme un cinéaste qui compte et à l'univers singulier. A tous les postes ou presque, Lynch définit alors son esthétique, il pose les bases de son oeuvre mouvante, poétique, surréaliste, onirique, obsessionnelle, mystique, sensuelle, monstrueuse et cinéphile.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Mad Max de George Miller (1979)

Sur les traces de <em>Point limite zéro</em> et du nouveau western motorisé initié par <em>Easy Rider</em>, <em>Mad Max</em> lance la mode du film post apocalyptique - alors suggéré par la crise pétrolière, la fin des trente glorieuses et les nouvelles angoisses écologiques. Empruntant l'image des gangs de motards qu'il combine à l'esthétique punk (radicalisée dans le deuxième film), <em>George Miller</em> fabrique une oeuvre dont l'esthétique devient vite emblématique et fascinante. Oeuvre radicale, violente, désespérée, Mad Max montre surtout qu'avec presque rien (350 000 $), on peut réaliser un grand film d'action, aux poursuites nerveuses et spectaculaires. Preuve encore que l'argent ne fait pas le bonheur : plus Miller obtiendra des moyens pour tourner les suites, moins les films seront bons.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Stranger than Paradise de Jim Jarmusch (1984)

Pionnier d'un nouveau cinéma dont il est le chef de file malgré lui durant les 80's, à la fois héritier tardif des 70's qu'il n'a jamais vraiment quittées, <em>Jim Jarmusch</em> est une figure paradoxale, solitaire et assimilée. Avec <em>Stranger than Paradise</em>, suivant la mouvance de <em>wim wenders</em> et son post cinéma de l'errance, le jeune cinéaste signe son film manifeste. Quatre ans de tournage, un budget risible, mais d'emblée un style, une esthétique, un dress code, une musique et ses musiciens, une nonchalance à lui, une mélancolie qui lui appartient mais de son temps, un humour aux limites de l'absurde. Il impose presque un genre qui n'en est pas un, et crée des vocations pour le cinéma indé américain de son époque. Celui des années 70 étant condamné à mourir dans le Direct to Video et les films ninjas de troisième catégorie.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Old Joy de Kelly Reichardt

Si depuis la suprématie de Sundance le terme de cinéma indépendant américain est devenu galvaudé, il reste encore quelques rares figures qui résistent. <em>Kelly Reichardt</em> est de celles là. D'aucune famille, tout juste proche de <em>Todd Haynes</em> (<em>Velvet Goldmine</em>) épaulant discrètement ses films, la jeune cinéaste américaine est un peu la dernière à tourner pour presque rien, sans jamais faire un tour de force de cette économie. La preuve avec le magnifique <em>Old Joy</em>, belle et grave balade en forêt entre deux amis qui en dit long sur l'amitié entre garçons, l'espace, la nature (le spectre de Thoreau plane) et l'Amérique. Tout ça pour 30 000 dollars et sans rogner sur une image à tomber par terre.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinéma Voir aussi : Les cinéastes les plus fous Les cinéastes les plus lents  

Pater d'Alain Cavalier (2011)

Quand la DV a débarqué au milieu des années 90, trop vite, on a vu dans ces petites caméras numériques une révolution technologique qui allait réinventer la manière de faire du cinéma. A l'arrivée, l'hyper démocratisation n'a pas eu lieu (normal), et les caméras HD ont balayé leurs petites soeurs. Le mythe de la caméra stylo est une illusion, il faut d'abord apprendre à écrire. C'est là toute la différence entre <em>Alain Cavalier</em> et tant d'autres qui, avec la vidéo comme la pellicule, mais en s'adaptant, est capable du meilleur. Avec <em>Pater</em>, film de trois bouts de ficelles : <em>Vincent Lindon</em> + Alain Cavalier + deux caméras DV (et quelques complices), le cinéaste et son acteur se filment dans leurs propres rôles et en train de jouer un Premier ministre et son président. Ils font semblant de faire semblant et brouillent les cartes de l'illusion pour construire une étonnante et ironique fable politique, jusque dans son économie de tournage.Suivez le fil réalisateur sur le blog cinémaVoir aussi : Les cinéastes les plus fousLes cinéastes les plus lents Jérôme Dittmar  

Pater d'Alain Cavalier rappelle qu'avec peu de moyens mais beaucoup de talent on peut faire de grands films. Inutile d'avoir le budget d'Avatar pour réinventer des genres, bousculer les codes, ou même révolutionner la manière de faire des films. De Jean-Luc Godard, Chris Marker, George Romero à David Lynch et John Carpenter, petit tour d'horizon de dix films fauchés devenus des légendes.