Les Animaux fantastiques : le triomphe de J.K. Rowling

Les Animaux fantastiques

Les Animaux Fantastiques consacre la puissance de l’imaginaire de l’auteur et de son nouvel acteur fétiche Eddie Redmayne au jeu… magique.

Ca ne dure que l’espace d’un instant, mais d’un seul coup le réel vient nous fracasser la tête. Jon Voight incarne un magnat de la presse qui parle à son fils, sénateur populiste en quête de succès politique, lorsqu’une secrétaire dans le fond du plan explique sottovocce : « on en parle comme d’un futur président »… Forcément, quelques jours après l’élection de Trump, un fils de nanti, qui trône au sommet d’une tour écrasant Manhattan, démagogue et affublé d’une drôle de tignasse blonde, forcément…. Pas de panique : nous sommes à New-York en 1926. Dans le monde d’Harry Potter. Tout va bien. Ou presque (on peut d’ailleurs tout de suite vous dire que cette sous-intrigue politique est la partie la plus faible du film). Les Animaux fantastiques n’a rien d’un manifeste (ou pas seulement, et en tout cas beaucoup moins que les derniers opus d’Harry Potter). Une course haletante dans le New-York des roaring twenties, sans aucun doute. Un film SF au bestiaire impressionnant certainement. Une screwball façon La Dame du vendredi, why not. Mais d’abord, surtout, il s’agit du triomphe de J.K. « Jo » Rowling.  

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L’enjeu était colossal. Comme prévu, Les Animaux Fantastiques n’est ni la suite ni le spin-off des Reliques de la mort. Cinq ans après la fin de la saga Harry Potter au cinéma (et près de 20 ans après la parution du premier tome), Rowling souffle sur les braises du Potterverse pour lui redonner vie avec un projet assez joli. Dès le début, il n’était pas question pour l’auteur (et ses partenaires) de prendre un personnage qu’on croisait dans les films précédents pour en raconter la jeunesse ou de développer un second rôle plus ou moins populaire. Contrairement aux suites, sequel, prequel auquel Hollywood semble se doper, Rowling et son producteur David Heymann ont préféré s’emparer d’une note de bas de page pour créer un univers connexe et cohérent. Nouveau. Original. On y suit donc les aventures d’un héros, Norbert Dragonneau, magizoologiste qui apparaissait au détour d’une phrase de roman et qui parcourt le monde pour répertorier et classer toutes les créatures étranges peuplant la terre. Affublé d’une valise magique, Dragonneau ou plutôt Newt (on préfère ici son nom VO, Newt Scamander) est un scientifique qui débarque à New York, voit ses animaux se faire la malle, foutre la zone dans la ville et menacer le statu quo des relations humains/sorciers. Au début l’objectif est assez simple : récupérer ses bestioles et partir. Mais très vite, un cafard beaucoup plus coriace et dangereux apparaît : Colin Farrell, puissant mage qui veut soumettre la ville à ses pulsions destructrices…

Monstres en main

Dès les premières minutes, Rowling prouve qu’elle n’a rien perdu de son talent fécond et impose un monde de sorcellerie peuplé de sorts étonnants et de monstres bizarres qui composent une diaspora bigarrée, drôle et gentiment entêtante. Son Niffleur, l’impressionnant Phénix ou le Démonzetmerveille sont des merveilles de design et, si les effets spéciaux ne sont pas toujours convaincants, l’impact graphique de ces créatures impose la suprématie de Rowling, son sens très fort du fignolage et des détails fantastiques. Dans un mauvais Burton cet imaginaire aurait pu tourner en rond mais ici, la fantaisie visuelle est toujours accompagnée par des idées scénaristiques poétiques, ADN définitif de JKR – l’idée so british de voir les personnages s'engouffrer par magie dans la valise du hérs et passé une bonne partie du film planqués dedans est stupéfiante et très significative. Elle est à l’image 1/ d’un film parfois autiste mais qui diffuse in fine une douce brise humaniste (appel pour une intégration friendly) et 2/ d’un héros qui, mi-Darwin mi-Rain Man, se calfeutre loin des humains (Brexit en vue ???) mais n’hésitera pas à sortir de sa malle-zoo (objet transitionnel et régressif un peu trop lisible) pour sauver NYC.

Redmayne agite son balais

Bon. Au-delà de tout ça, le film réussit surtout à créer de belles images cinéma (chose suffisamment rare dans les blockbusters pour être noté). Yates puise à différentes sources pour construire son horizon et convoque le meilleur de la culture britannique. Soit la patine vintage du steampunk (sublime recréation du New-York des années folles), la SF pop de Brazil (la bureaucratie des wizards yankees et le héros innocent), comme le tempo fébrile des comédies Ealing des années 50 (véritable mètre-étalon de l'humour anglais) puisque Les Animaux fantastiques pourrait être une variation sur L’homme au complet blanc – avec Redmayne et sa valise reprenant le rôle de Guinness poursuivi par l’incarnation d’une figure crypto-fasciste. Comme le classique d'Alexander McKendrick, le film est une gigantesque course-poursuite qui fonce à 100 à l’heure sur les traces de son héros survolté. Il faut absolument louer le travail de Redmayne qui compose une fois de plus un beau rôle d’outsider. Clairement inspirés par les génies du muet (regardez sa démarche keatonienne, son regard et son jeu de jambes), le timing subtil et la précision physique et comique qu’il déploie sont hallucinants. Sa scène de danse amoureuse face à un monstre-hippo a pu être moquée à la télé, elle reste un formidable numéro de mise en danger d’acteur et scotche longtemps après la séance. Il éclipse du coup ses partenaires, même si Dan Fogler apporte l’émotion et l’humour nécessaire quand les deux actrices, un peu en retrait mais charmantes, sont des contrepoints agréables.

L’ensemble n’est pas exempt de défauts (des méchants un peu caricaturaux, des embardées scénaristiques pas toujours nécessaires – l’arc de Jon Voight sert clairement pour les suites putatives, mais laisse trop sur sa faim). Mais pour le geste, pour Newt et pour Redmayne personnage vraiment attachant, on a hâte de savoir où l’on retrouvera ces animaux fantastiques…


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