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L'autre best of 2016 : de la fantasy indienne, un western cannibale, des rugbymen wallisiens... Et même un nouveau Godzilla.

Aquarius de Kleber Mendonça Filho avec Sonia Braga domine le top 10 2016 (lisible ici) de la rédaction de Première. Mais ce n'est qu'une des lectures possibles et subjectives du meilleur de l'année cinéma. Il y aussi les autres meilleurs films. Ceux qui sont passés inaperçus pour cause de distribution limitée ou inexistante, bref ceux qui n'ont pas rencontré leur public.

Le top 10 des meilleurs films de 2016

10. Evolution de Lucile Hadzihalilovic

On ne peut pas dire mieux que ce qu’écrivait Frédéric Foubert dans sa critique du film : "Après les petites filles, les petits garçons. Après les pensionnaires en jupes plissées et socquettes blanches d’Innocence (2005), voici les cobayes mâles d’Évolution, triturés et "pré- parés" par leurs mamans afin qu’ils puissent donner la vie. La filmo de Lucile Hadzihalilovic se résume à deux titres mais elle est d’une cohérence impérieuse et d’une puissance mythologique rare. Envisageant l’enfance comme un continent aux lois obscures, chaque film reformule la même question : c’est comment la vie quand on est grand ? Et, à chaque fois, la simplicité absolue de la métaphore que la réalisatrice file (le passage à la puberté) l’autorise en retour à investir ses images d’une complexité esthétique et poétique inouïe. Le chef opérateur surdoué Manu Dacosse (Amer, Alléluia) orchestre ici un déchaînement plastique sidérant, aux effets quasi hallucinatoires. On regarde Évolution comme on plongerait dans un puits sans fond, rempli de peurs primales et de questionnements irrésolus. On se frotte les yeux. Dans le registre du bizarre, du conte noir, du cauchemar éveillé, vous ne verrez a priori rien de plus beau cette année."

9. Everybody Wants Some !! de Richard Linklater

La séquence géniale où des étudiants chantent Rapper's Delight en voiture confirme tout l'amour qu'on porte à Richard Linklater. Récit drôle et sexy de la fac à l'aube des années 80, Everybody Wants Some!! est la suite de son Génération rebelle (1993) : pas une épitaphe ni un gloubiboulga nostalgique, mais quelque chose comme un hommage vibrant à la jeunesse et à la force qu'elle nous donne, même si elle s'éloigne de plus en plus.

8. Suburra de Stefano Sollima

Après le frappant ACAB sur les CRS italiens, Sollima et son acteur fétiche Pierfrancesco Favino plongent dans le grand marais des magouilles politiques romano-vaticanes version putes, partouzes et prêtres. Un déluge de noirceur qui noie tout, les êtres comme les âmes. Depuis, Sollima continue sa noire odyssée et est parti tourner Soldado, la suite de Sicario. Youpi.

7. Shin Godzilla de Hideaki Anno et Shinji Higuchi

On en fait des caisses sur Your Name, plus gros carton animé de l'année 2016 au Japon (le film est sorti mercredi en France, et c'est une "merveille absolue" d'après nous). Mais le plus gros carton cinéma tout court cette année était Shin Godzilla. Un reboot de la franchise, donc film-jumeau du Godzilla de Gareth Edwards sorti en 2013, en forme de retour aux sources. Outre le Japon, Shin Godzilla est sorti dans quelques territoires (Taïwan, Hong Kong, Philippines, Asutralie...) plus le Canada et les Etats-Unis (sous le titre Godzilla Resurgence). Mais rien en Europe. On va être honnêtes : on n'a pas vu Shin Godzilla, que les critiques adulent comme un grand film politique aux visions étranges. Pas très surprenant, puisque son co-réalisateur, Hideaki Anno, est aussi le grand créateur des merveilleuses séries Nadia et le secret de l'eau bleue ou Neon Genesis Evangelion. Y a-t-il un distributeur français dans la salle pour qu'on puisse voir Shin Godzilla ?

6. The Finest Hours de Craig Gillespie

C'est rassurant : même Disney peut sortir des flops. Prenez The Finest Hours, qui n'est ni un Star Wars, ni un opus du Marvel Cinematic Universe, ni un reboot en live action d'un classique animé, a attiré 62 254 spectateurs en France. Ca montre que The Finest Hours n'est pas de son temps, et ça le rend d'autant plus précieux. Un film d'aventures 50s purement hollywoodien (le début sur les balbutiements de l'amour entre Chris Pine et Holliday Grainger) magnifiquement choral et working class, où des travailleurs de la mer affrontent la nature déchaînée.

5. Meru de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi

Documentaire dingo sur l'ascension d'une montagne impossible à gravir, comme un Everest passé du Côté obscur, Meru (c'est le nom du sommet) est l'un des objets cinéma les plus spectaculaires de l'année. Tourné sur sept ans (de 2008 à 2015), parsemé d'échecs et de découragement, Meru est sorti en DTV en juin, discrètement, avant de passer sur Canal+, alors qu'on rêvait de le voir sur grand écran...

4. Mercenaire de Sacha Wolff

Un premier film et un véritable coup de (jeune) maître : l'histoire d'un jeune rubgyman polynésien vendu comme un bestiau dans un club pourri du Nord. Le corps de cinéma inédit surgi de la mer du jeune et formidable Toki Pilioko transcende ce film noir bien documenté à la Audiard (Jacques) pour en faire un véritable morceau de mythe (les références à L'Odyssée abondent). C'est beau.

3. The Mermaid de Stephen Chow

Le nouveau film de Stephen Chow, plus gros hit de l'histoire en Chine, est une véritable bombe : incroyable divertissement hilarant, doublé d'un propos politique audacieux et jamais manichéen sur la pollution et l'avidité, plus une vraie histoire d'amour. Il n'y a que Chow pour réussir ce genre de tout de force. Sans distributeur français pour le moment : elle est loin l'époque où l'on pouvait voir Shaolin Soccer ou Crazy Kung Fu dans les multiplexes...

2. Bone Tomahawk de S. Craig Zahler

Déjà dans le top 10 des rédacteurs et rédactrices de Première, Bone Tomahawk est un western de série B, mais alors le meilleur western de série B de ces dernières années. Un mélange sanglant de tous les genres du western, quelque part entre La Prisonnière du désert (pour la quête dans l'Ouest sauvage démesuré) et Le 13ème guerrier (pour les protohumains cannibales) incarné par des acteurs géniaux (Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox). Un petit miracle, en soi.

1. La Légende de Baahubali, 1ère partie de S.S. Rajamouli

A sa sortie en juin on a qualifié La Légende de Baahubali de Mad Max Fury Road indien. Fury Road étant notre film préféré de l'année 2015, vous voyez un peu le niveau. Fresque de fantasy immense et épique, Baahubali atteint des dimensions mythologiques et cinématographiques démesurées, qui convoque aussi bien Le Retour du roi que le Mahabharata. En France, le film a seulement été projeté au Grand Rex. 538 personnes l'ont vu.