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Dans La Vie d'Adèle, Abdellatif Kechiche met en scène l'histoire d'amour passionnante et passionnée d'Emma (Léa Seydoux) et Adèle (Adèle Exarchopoulos). Film d'une ampleur démente, morceau de bravoure érotique et sensuel porté par deux magnifiques actrices, La Vie d'Adèle est le chef-d'oeuvre de Kechiche. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2013, le film triomphera-t-il au palmarès ? L'équipe - Kechiche, Seydoux, Exarchopoulos et le producteur Vincent Maraval - est venue le défendre en conférence de presse.« Si tu veux la pécho, tu peux la pécho »Evidemment, les scènes de sexe hyper explicites (tout en restant d'une sensualité dingue) entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos interpellent. Pour Kechiche, les scènes de sexe « étaient souhaitées » de cette façon. « On espère toujours que pour chaque scène il se passe quelque chose de bon. La sensualité était plus difficile à capter dans les scènes de repas, dans la façon dont ils mangent. » Pour revenir au sexe, « il fallait retenir cette notion de jeu, en plus de la beauté de l'acte en soi. » Léa Seydoux assume : « ce que vous voyez à l'écran, on l'a vraiment fait, c'est sûr. » Léa n'en a pas l'air, mais elle est « quelqu'un qui a beaucoup de mal avec la caméra, qui a un rapport particulier avec elle. Je suis très timide. J'ai toujours le sentiment d'avoir du mal à jouer de façon naturelle. » Adèle, sa partenaire, a été surprise du résultat final. « Quand j'ai vu le film, je ne savais pas que ça parlait de ça. Avec Abdel, toute l'équipe fait des propositions, on improvise en fonction de ce qu'on pense de l'évolution de notre personnage, de ses relations avec les autres. Pour une scène, il m'a dit clairement "si tu veux la pécho, tu peux la pécho". »« Des pays vont te demander de couper dans le film »L'érotisme du film est tellement brûlant qu'un journaliste américain s'inquiète : comment réagirait Kechiche en cas de censure ? « Avec un film on aspire à évoquer quelque chose d'artistique. Après, il y a une dimension financière, commerciale, mais aussi amicale : il faut savoir le proposer ailleurs, à d'autres cultures », analyse le réalisateur. « Il faut discuter avec les producteurs pour les coupes. Déjà pour Vénus noire j'avais dû couper pour le vendre dans d'autres pays. On n'a pas envie de ne pas du tout montrer le film si une simple scène dérange... » Heureusement, le producteur Vincent Maraval semble catégorique : « Le film est déjà vendu dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis. Et il n'y a pas eu une seule demande de coupe. » Kechiche rigole. « Je pense que des pays vont te demander de couper dans le film, quand même. »« Le film n'est pas militant »La Vie d'Adèle est une histoire d'amour entre deux femmes, et la projection du film a eu lieu moins d'une semaine après que la loi sur le mariage pour tous a été promulguée en France. Mais Kechiche ne voit pas son oeuvre comme un plaidoyer : « Le contexte politique du mariage gay n'était pas là quand j'ai commencé à travailler sur le film. Qui, à l'arrivée, n'est pas militant et ne tient pas de discours. Après, s'il est vu tel quel, ça ne me dérange pas. » L'artistique doit être la priorité du film, avant tout message politique, donc. « Par exemple, j'ai refusé de faire une scène de discours réac sur l'homosexualité avec les parents d'Adèle. Plutôt un discours sur les différences sociales de la part de parents inquiets pour l'avenir de leurs enfants. Avec ces acteurs, je n'ai pas senti la possibilité de créer une scène de clash familial. » A la question d'un journaliste tunisien (Kechiche est né à Tunis) qui lui demande son opinion sur la révolution du pays, le réal est très clair : « la révolution tunisienne m'a enchanté... La révolution sexuelle est une liberté sexuelle. Toutes les libertés sont bonnes à défendre. Je n'aimerais pas qu'on récupère cette révolution pour mettre un joug encore plus grand sur la jeunesse. »« Abdel pouvait faire un deuxième film avec les rushes du premier »Face aux rumeurs de Palmes qui enflent (à condition de séduire le président Steven Spielberg...) pour La Vie d'Adèle, l'équipe préfère parler suite et développements : les trois heures du film n'étant qu'une partie de tout le matériau extrêmement riche qui a été tourné. « Il y avait des millions de possibilités avec cet univers », estime Léa Seydoux. « Abdel pouvait faire un deuxième film avec les rushes du premier. » Kechiche déclare en effet avoir « toujours du mal à quitter une équipe, l'univers d'un film. Tu continues à penser à eux, à ce que sont devenus les personnages. Comme La Vie de Marianne de Marivaux, qu'on étudie dans La Vie d'Adèle, qui est une oeuvre "inachevée". Donc j'ai imaginé d'autres chapitres. » Plutôt que de rajouter du sexe, le réalisateur veut être pédagogue. « On a filmé beaucoup de cours dans un lycée, SVT, philo, français... C'était passionnant. Je compte montrer ces rushes en entier, peut-être en bonus dans le DVD. » Oui, mais la Palme ? Adèle : « On verra, inch’allah ». « Ne nous portez pas la poisse ! » rigole Kechiche.Recueilli par Sylvestre PicardNotre review de La Vie d'AdèleDeux extraits du film