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Metteur en scène plasticien, Philippe Quesne fait l'objet d'une exposition intitulée Scènes à la Galerie Schirman & de Beaucé, dans le Marais. Plongée dans l'univers doux dingue d'un artiste qui invente des mondes ouatés farcis de malice et d'images à rêver.Son nom ne vous dit peut-être rien car Philippe Quesne officie à la marge des catégorisations évidentes, des classifications idéales et rassurantes. A mi-chemin entre l'univers de l'art contemporain et celui du théâtre, cet ancien diplômé des Arts déco fabrique des spectacles ovnis qui mettent en place des installations scénographiques fortes, intégrées à un processus de représentation théâtrale à la temporalité tranquillisée. Philippe Quesne n'est pas un fougueux ni un speedé sous pression, à en voir ses dernières créations : L'Effet de Serge, La Mélancolie des dragons, Big Bang. Son petit théâtre à lui, mis sur pied avec sa compagnie Vivarium Studio, ressemble à un laboratoire brassant d'un même geste technologie (travail sur la lumière et le son) et artisanat (constructions éphémères avec matériaux sommaires), où l'on parle de façon dosée sans emphase et sans effet, où l'on raconte des histoires étrangement simples et décalées, où les artifices sont mis à nus en tant que tels pour aller dans le sens d'un théâtre concret qui, sous couvert de conversations anodines et faussement naïves, ausculte des mini communautés, repense la création du monde, interroge le monde de l'art et de l'entertainment, ses conventions, ses hypocrisies, son vase clos... Ses personnages sont populaires, un peu lunaires, dotés d'une propension immédiate à éveiller la sympathie du spectateur. Son univers est construit de voitures à l'arrêt, de paysages enneigés, de tables de ping-pong, de canoés gonflables, de perruques de hard-rockeurs... C'est un théâtre bulle, un théâtre paysage qui fait passer la contemplation avant l'action, la douceur avant la dérision.Dans les deux espaces d'exposition de la galerie Schirman & de Beaucé, on peut appréhender l'univers de Philippe Quesne de deux manières : au rez-de-chaussée, les photographies réalisées par Martin Argyroglo sur ses trois dernières pièces : L'Effet de Serge (2007), La Mélancolie des dragons (2008) et Big Bang (2010) tracent une cartographie historique (préhistoire ou modernité), géographique (intérieur urbain ou extérieur champêtre), climatique (hiver contemporain ou époque glaciaire) de ses pièces. Ces grands formats panoramiques, s'ils sont peu nombreux, sont sidérants de qualité et permettent de découvrir les œuvres d'un jeune photographe au talent certain, Martin Argyroglo, dont le travail est à suivre de près tant son objectif nous renvoie le monde avec une sensation de présence au réel unique. Sa collaboration avec le monde du théâtre est pur hasard, car, hormis sa commande pour le CNSMDP (Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris), le travail de Martin Argyroglo se situe plutôt du côté de l'architecture, des lieux d'art et des voyages (voir sa récente série sur les hanoïens, magnifique). Alors pourquoi immortaliser le Vivarium Studio ? L'anecdote est amusante et pertinente : c'est par hasard, alors qu'il effectuait des clichés au Plateau, Fonds régional d'art contemporain d'Ile-de-France, que Martin Argyroglo a rencontré Philippe Quesne qui présentait Echantillons. Le metteur en scène lui a demandé des photos de sa performance. Depuis, il lui est fidèle. De même qu'il est fidèle à sa bande de comédiens dont Gaëtan Vourc'h, inénarrable Serge de L'Effet de Serge. Au sous-sol de la galerie, c'est dans le décor de La Mélancolie des dragons qu'on croit évoluer : fumigènes, arbres et sol couverts de neige cotonneuse, perruques suspendues et bande-son, mi-comique mi-nostalgique (Still Loving You de Scorpions repris à la flûte à bec). Sous la voute de la cave qui devient écrin d'une installation cocon, on voudrait que la galerie se prolonge en un labyrinthe de salles continues pour pouvoir s'y promener plus longtemps.Par Marie Plantin.Scènes est prolongé jusqu'au 20 juillet à la Galerie Schirman & de Beaucé, 7 bis-9 rue Perche, Paris 3.>> Voir le site de Martin Argyroglo.