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D’un côté, Avis de Turbulences à l’Etoile du Nord, dans le XVIIIème arrondissement. De l’autre ZOA (Zone d’Occupation Artistique) à la Loge, dans le XIème.  D’un côté un Festival établi, ancré dans le paysage chorégraphique, Avis de Turbulence, qui entre dans sa huitième édition. De l’autre, un nouveau venu, ZOA, qui signe son acte de naissance. Quand l’un, Avis de Turbulence, déploie sa programmation sur un mois, du 28 septembre au 27 octobre, l’autre la condense sur deux semaines, ZOA, du 2 au 13 octobre.Chacun ses caractéristiques, son identité propre mais globalement, ces deux manifestations se rejoignent dans leur dynamique, leur goût pour la pluridisciplinarité et l’hybridation des genres, leur audace aussi à programmer des inconnus, en dehors des sentiers balisés et des figures fortes de la danse contemporaine.Avis de Turbulence # 8Tout au long de l’année, L’Etoile du Nord accueille en résidence des compagnies de danse contemporaine. Françoise Tartinville et Maxence Rey, respectivement à la tête des compagnies Atmen et Betula Lenta, sont les chorégraphes en résidence cette année. Leurs créations, Blanc Brut / Intérieur Crème Acte II et Sous ma peau sont présentées dans le cadre du Festival qui leur offre une visibilité décuplée. Car un spectacle –le constat est surtout valable en danse contemporaine- programmé seul, a moins de chance d’attirer l’attention que s’il est soutenu par le contexte porteur d’un Festival qui l’ancre dans une dynamique plus globale. A l’Etoile du Nord, le maître mot n’est pas « turbulence », quand bien même chaque œuvre est sélectionnée pour ce qu’elle provoque de remous chez le spectateur. Non, le maître mot de ce mois d’octobre c’est bien « rencontre », que l’on peut aussi traduire par décloisonnement des arts, passerelles entre les disciplines. Car, au XXIème siècle, la danse contemporaine est rarement « pure », sans additif. Elle intègre sans complexe du texte, de la vidéo, de la matière autre que le corps organique. Elle fréquente et incorpore les arts plastiques ou se prolonge sous d’autres supports, comme cette exposition photographique intitulée « O Féminin, O Masculin » signée Karine Pelgrims et présentée en parallèle du Festival dans le Hall du théâtre. Irréductiblement composite, telle est la nouvelle identité de la danse contemporaine telle que travaillée du dedans par ceux qui la font au présent et vers demain.ZOA, Zone d’Occupation ArtistiqueTelle est également la ligne de ZOA, Festival résolument tourné vers les jeunes créateurs, qu’ils soient chorégraphes ou performeurs. Son titre plein d’aplomb, appelle une révolution sans concession, un sitting artistique, une prise de territoire sans tabous. Exit le mou, le bien-pensant, les habitudes confortables, les étiquettes faciles à coller… A ZOA, on accueille à bras ouverts la radicalité, la liberté, les propositions les plus déjantées. Les chorégraphes se mettent à chanter (Marco Berrettini en concert avec son groupe Summer Music), les plasticiens à danser en version cabaret punk (Stone et Charnel), les performeurs et danseurs à verbaliser (Yalda Younès et Gaspard Delanoë), voire poétiser (Stéphanie Lupo). La vidéo s’invite aussi (chez Muriel Bourdeau notamment). Les dispositifs se font participatifs (Gurshad Shaheman), contemplatifs (la sculpture de Benjamin Sabatier), toujours inventifs. Déjà à l’origine du Festival Indisciplines qui avait trouvé terre d’accueil au Dansoir (de Karine Saporta), Sabrina Weldman donne le coup d’envoi de ZOA à la Loge et y imprime son flair artistique, son insoumission, sa passion vive pour la jeune création et les nouvelles formes scéniques. Définitivement indiscipliné. Et salutaire.Par Marie Plantin.