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Comment est venue l’idée de cette Nuit du cinéma d’horreur néerlandais ?J’ai vu L’Etang de Chris W. Mitchell au printemps et j’ai trouvé que c’était vraiment un des meilleurs films de genre jamais réalisés aux Pays-Bas. On se trouve là face à un puissant thriller psychologique qui contient quelques éléments de cinéma d’horreur et le résultat est à mon sens formidable. J’ai donc absolument voulu montrer ce film en France et on a construit autour de lui toute une programmation qui nous intéressait. Cela fait 20 ans que je programme du cinéma néerlandais à Paris, et même si on a déjà passé des films d’horreur comme ceux du maître du genre Dick Maas, on avait cette fois envie d’offrir une vue d’ensemble avec aussi des courts métrages, le pilote d'un film encore en production, des bandes-annonces.Quelle place occupent aujourd’hui les films d’horreur au sein du cinéma néerlandais ?Certains films d’horreur connaissent le succès au box-office, mais ce n’est pas très fréquent. Cette nuit du cinéma d’horreur à Paris est d’ailleurs aussi une initiative en direction des Pays-Bas, car je considère que les cinéphiles qui prennent ce genre au sérieux ne sont eux-mêmes pas suffisamment pris au sérieux dans le paysage cinématographique néerlandais. L’Etang n’a par exemple pas très bien marché aux Pays-Bas, parce qu’il ne correspondait pas aux attentes du public en n’étant pas à proprement parler un film d’épouvante. De toute façon, les films qui cartonnent aux Pays-Bas sont surtout les films dits de famille, les films pour enfants, les comédies romantiques. Contrairement à ces derniers, le cinéma d’horreur néerlandais véhicule lui un esprit de dérision, un supplément d’âme qu’on remarquait déjà chez Dick Maas, par exemple dans Amsterdamned (1988) qui reste quand même une énorme blague sur les célèbres canaux d’Amsterdam. Et dans le pilote qu’on projettera, The Windmill Massacre, on voit un meunier tueur en série qui assassine ses victimes dans des paysages bucoliques de vaches, de moulins et de polders. La pointe d’humour est évidente mais les deux longs métrages qu’on présentera sont cependant des films adultes, pas du tout parodiques, qui prennent le genre très à coeur, avec de réelles qualités graphiques et narratives. C’est pour cela qu’on a invité les réalisateurs et producteurs Jan Doense, Chris W. Mitchell ou Nick Jongerius qui constituent vraiment le noyau dur du genre appelé aux Pays-Bas le Nether Horror.Qu’ajouteriez-vous pour motiver les spectateurs à venir passer Halloween en votre compagnie ?Disons que j’ai vraiment eu le sentiment avec L’Etang que le cinéma de genre néerlandais était en train de prendre une ampleur inédite et que j’avais envie de partager cela avec le public français. La date du 31 octobre nous va évidemment très bien car nous nous adressons aux fans du genre horrifique mais aussi à un public qui veut simplement voir du bon cinéma de suspense. Je sais qu’il y a souvent un débat en France pour savoir s’il ne faut pas penser davantage le cinéma en termes de genre. Et comme le cinéma néerlandais cherche constamment à se définir, à l’instar de toute cinématographie nationale, on se pose également la question de savoir s’il ne faut pas plus travailler dans le domaine du genre. Mais je ne pense pas que les réalisateurs et producteurs qui seront là vendredi soient préoccupés par cette question de l’identité du cinéma néerlandais, on projette avant tout leurs films parce qu’ils sont très réussis. On rencontre en tout cas toujours un certain écho quand on organise ce type d’initiative en France et c’est un grand plaisir pour nous, Néerlandais, car le cinéma en général (et le cinéma de genre en particulier) est pris au sérieux chez vous. Les invités hollandais qui discutent avec le public après les séances sont toujours frappés par la qualité des questions et des échanges, et je n’ai ainsi aucune difficulté à les convaincre de venir à Paris.Interview Damien LeblancDécouvrez la bande annonce de L'Etang La Nuit du Cinéma d’Horreur NéerlandaisVendredi 31 octobre 2014 à 20h30Reflet Médicis3 rue Champollion - 75005 PARIS