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L’acteur revient sur son extraordinaire réinvention en action hero.

Alors que sa carrière commençait à battre sérieusement de l’aile ces dernières années (souvenez-vous du flop de 47 Ronin), Keanu Reeves s’est superbement réinventé en 2014 grâce au carton de John Wick. De loin, ce qui aurait pu n’être qu’un sous-Taken pour quadra has-been s’est révélé un véritable feu de joie pour un comédien qui aura sans cesse été aimanté, tout au long de sa carrière, par l’action et le cinéma asiatique, de Point Break à Matrix. John Wick 2 procure à nouveau un plaisir monstre, en plus de témoigner de l’extraordinaire symbiose artistique entre Reeves et son réalisateur Chad Stahelski, qu’il a connu grâce aux Wachowski. De passage à Paris, l’acteur, d’une coolitude exquise, est revenu pour Première sur son exceptionnelle résurrection. Silence… Moteur… Action ! 

Première : Et si on causait de votre love-story artistique avec Chad Stahelski ? Vous pouvez nous raconter comment vous êtes devenus si proches, tous les deux ?
Keanu Reeves :
Ça a commencé sur le tournage de Matrix, en 98. Chad était ma doublure cascades sur ce film. Il m’a beaucoup appris, on a sympathisé, on s’est découvert des goûts communs… Ensuite, on s’est retrouvé sur les deux autres films de la trilogie, puis il a été à nouveau ma doublure sur d’autres films. En parallèle, il avait monté une boîte spécialisée dans l’action design avec son complice David Leitch. Je leur ai envoyé le script de John Wick pour qu’ils nous aident à concevoir les scènes d’action mais les propositions qu’ils nous ont faites étaient en fait tellement excitantes qu’on a en tous conclu que c’était aussi simple qu’ils réalisent directement le film ! Chad est un vrai dingue de cinéma d’action, il a un discours très réfléchi là-dessus : comment l’action doit être constamment rattachée à l’histoire qu’on raconte, aux personnages… C’est un vrai cinéphile. Et un vrai connaisseur des arts martiaux.

Vous bossez ensemble depuis bientôt 20 ans, il vous a également aidé à concevoir les combats de votre film Man of Tai Chi. L’idée, c’est de repousser à chaque film les limites de ce que vous êtes physiquement capable de faire à l’écran ?
Oui et non. On n’est pas là en train de se dire : « Avant tu faisais deux flips, maintenant tu vas faire quatre flips ! » Ou : « Tu sautais de 60 mètres dans le film précédent ? Maintenant tu vas sauter de 300 mètres ! » C’est pas notre état d’esprit. Mais ceci dit, l’idée de John Wick 2 était quand même d’augmenter la mise. De mettre la barre plus haut. Chad savait que j’avais l’entraînement du premier film dans les jambes, et que j’étais donc capable d’aller plus loin, d’approfondir ma technique. Il pouvait donc penser son film en conséquence. Il voulait vraiment construire l’intrigue autour de moments forts (set pieces), plus nombreux et plus développés que dans le premier film, et ma technique et mon entrainement ont beaucoup aidé.

 
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Quand il parle de sa mise en scène, Chad cite Peckinpah ou Jackie Chan comme références. Vous, vous avez des modèles dans le domaine de l’action ?
Oh, plein. J’ai toujours aimé ça. Petit, j’étais dingue de Star Wars, Les Aventuriers de l’Arche perdue, Rollerball avec James Caan. French Connection et Serpico aussi. Mad Max 2. Opération Dragon. La Main de Fer. Les films de Sonny Chiba. Puis plus tard, j’ai découvert Kurosawa. Mais les graphic novels ont beaucoup compté aussi. Les planches de Frank Miller, par exemple. Tu veux que je continue ?

S’il vous plaît…
Die Hard. James Bond. Mais je suis pas cinéphile, tu sais…

Vous en avez pourtant l’air. Vous avez même produit un documentaire sur les mutations technologiques du cinéma contemporain ! (Side by side - ndlr)
Peut-être, mais un cinéphile, pour moi, c’est Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. J’ai pas le niveau.

Quand vous étiez un jeune acteur débutant, dans les années 80, vous vous imaginiez devenir une star du cinéma d’action ? Ou ça s’est fait par hasard ?
Par hasard. C’est sur Point Break que j’ai attrapé le virus. Le chef cascades sur ce film s’appelait Glenn Wilder. Un type extraordinaire. Il était toujours là, à me pousser, à me forcer à me dépasser. J’avais fait du sport étant jeune, je connaissais bien mon corps, et Glenn m’encourageait : « Va t’entraîner avec les membres du SWAT ! Do the gymnastics ! »

Et vous avez aimé ça…
J’ai adoré ! J’ai enchaîné sur Speed. Là, ça devenait plus technique : les scènes sous le bus, la tête à l’envers suspendu par des câbles… Le coordinateur s’appelait Gary Hymes. Une autre légende. Il faut comprendre que ces mecs sont des vrais rois dans leur domaine. Puis il y a eu Matrix, les câbles et le kung-fu.

Et John Wick aujourd’hui…
C’est marrant, parce qu’en en parlant, je réalise que ça m’avait sans doute toujours titillé. Déjà, quand j’étais plus jeune, j’adorais jouer Shakespeare. Pour les combats à l’épée…

 
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A quel moment avez-vous compris qu’il y avait un véritable culte en train de se développer autour de John Wick ?
Quand les gens ont commencé à m’appeler comme ça dans la rue ! Je vais m’acheter un Coca ou n’importe quoi et le type au comptoir me dit : « Nice to see you… John Wick ! » Ou : « See you again… John Wick ! » J’ai compris qu’il y avait pas mal d’affection pour le personnage.

Quand on fait le bilan, on réalise que vous avez attaché votre nom à au moins cinq films cultes dans votre carrière : My Own Private Idaho, Point Break, Speed
(nous interrompant) Bill and Ted’s Excellent Adventure !

Ah, désolé, j’allais pas le citer, celui-là.
T’es dur.

Il n’est pas très connu en France, c’est pour ça…
Sérieusement ? Dis aux Français de regarder Bill and Ted. Un jour de pluie…

J’adore le fait que, dans John Wick 2, vous développez à fond la mythologie de l’Hôtel Continental…
T’as vu ça ? On va jusqu’à Rome, cette fois-ci. On comprend que c’est une organisation globalisée. Mais il reste encore des questions après cet épisode. Y a-t-il des branches du Continental dans toutes les villes du monde ? Et qui tire les ficelles ?

Allez, racontez, vous en savez plus que nous…
Pas du tout ! Qu’est-ce que tu crois ? On invente tout ça au fur et à mesure. John Wick, c’est juste Chad, moi, le scénariste et les producteurs autour d’une table. C’est pour ça qu’on arrive à faire des films aussi personnels.

En tout cas, vous m’avez l’air prêt pour John Wick 3
Ça, c’est le public qui décidera.

Sauf que Chad Stahleski est censé réaliser le reboot d’Highlander. Vous vous imaginez faire un John Wick sans lui ?
Sans Chad ? Non, arrête, ce serait trop triste !

John Wick 2, actuellement en salles.