Studio Canal

Hé, vous allez à la coupe du monde ?

Personnellement non, mais l'équipe de France oui. Cool ! C'est pas pareil quand la France n'est pas là. C'est toujours un plaisir d'affronter cette équipe ! C'est un challenge. Bon vous n'avez plus Platini, et vous n'avez plus Zidane, donc peut-être que ce ne sera pas si difficile que ça (sourire).

On va faire comme si j'étais un puriste du 1er Robocop ok ? « On va faire comme si » ahaha ! Pas de problème. Mais il faut que vous sachiez que je porte un flingue par contre (rires).

Que reste-t-il de Robocop en 2014 ? (critique)

Comment on se sent après avoir transformé un superhéros hardcore en père de famille pleurnichard ? Je me sens super bien ! Je pense que le concept de base du film d'origine c'est d'explorer deux idées : d'abord, comment la lutte contre la violence se transforme en fascisme, et aussi un questionnement sur la nature humaine. Imagine que tu te réveilles un beau jour et un médecin t'explique que tu as été victime d'une explosion, que tu n'as plus de corps, et qu'on t'a changé en robot. Comment gérer ça ? Sous cet angle, le film peut évoquer le sort des soldats qui reviennent de la guerre. Ce genre de tragédies arrivent tous les jours. Ils reviennent, complètement inadaptés, avec un membre en moins, et doivent affronter le regard de leurs proches... Pour moi Robocop peut explorer ce thème, finalement très réaliste. La famille, la femme et les enfants, constitue l'entourage le plus proche, et donc le plus intéressant niveau émotion. Et c'est là-dessus que j'ai voulu me concentrer. Ça n'aurait eu aucun sens de refaire le premier film, qui était vraiment bon. Alors j'ai décidé de faire mon propre truc.

Du coup quand on vous a confié le remake, vous ne vous êtes pas dit « c'est un grand défi, qui va déchaîner tous les fans contre moi » ? Oh, c'est bien pire que ça ! En réalité personne n'est venu me proposer ce remake. J'étais à une réunion chez MGM, et ils m'ont proposé deux projets de film, qui n'avaient rien à voir. Mais dans la pièce, il y avait un poster de Robocop sur le mur.

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Les racines du mal. Je leur ai demandé s'ils avaient les droits de cette franchise, et c'était le cas. J'ai donc suggéré de faire ce film plutôt que ceux qu'ils me proposaient. Darren Aronofsky avait déjà bossé sur un script, il allait le faire, mais l'a lâché pour un autre projet, donc la place était libre. Je suis reparti de zéro et j'ai tout écrit. Mon idée était d'axer l'intrigue sur l'humanité du héros et les questions que ça pose, en prenant en compte la réalité, la technologie d'aujourd'hui - le fait que de nos jours, on utilise réellement des drones par exemple, et on aura probablement bientôt des robots soldats. Ca pose des questions par rapport à l'avenir de l'humanité. Deux jours plus tard, ils m'ont appelé pour me confier le film. Donc en réalité, si je suis accusé d'avoir dénaturé un classique, et bien je suis encore plus coupable que ce que vous pensez, parce que c'était mon idée !

Ce film est tout public, ce qui est un blasphème pour Robocop. Vous avez pris ça comme un exercice de style ? Montrer la violence édulcorée, ça vous change non ? Le truc, c'est que les films doivent être cohérents avec eux-même. Ils ont besoin d'avoir une logique interne qui tienne la route, c'est le plus important. La violence n'est pas une qualité en soi. « Oh, ce film est ultra violent, il est forcément réussi » , ça n'a aucun sens. Si tu tournes Orange Mécanique, tu as besoin de violence, parce que c'est le sujet du film. Pareil pour Troupe d'élite. Dans le Robocop d'origine, il s'agissait surtout d'un choix esthétique. Pas pour mon film, qui est en fait plus politique et aborde le problème de la politique étrangère, avec notamment la séquence où les robots scannent les habitants à Téhéran. Et qui est par ailleurs dans le questionnement existentiel : où commence l'humanité et où s'arrête-t-elle, avec cette scène où on montre « l'intérieur » de Robocop, le peu qu'il lui reste de son corps humain. Je n'avais pas besoin de balles qui explosent des cervelles avec du sang partout. La logique propre à ce film ne nécessitait pas ça du tout. Je comprends que ça surprenne vu de l'extérieur et qu'on se pose des questions, mais une fois que vous avez vu le film, ça perd tout son sens.

Où trouve-t-on les flics les plus corrompus ? Dans la police du Détroit futuriste ou aujourd'hui, à Rio ? Je pense que c'est très dur de trouver une police plus corrompue qu'à Rio. Pour l'instant en tout cas, Détroit est loin derrière, et j'espère qu'il ne rattraperont jamais leur retard... Dans le futur je ne sais pas mais clairement aujourd'hui, la police de Rio de Janeiro est au-dessus de la mêlée niveau corruption, je peux te le garantir.

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Peut-on faire un parallèle entre Nascimento (héros de Troupe d'élite et Troupe d'élite : l'ennemi intérieur) et Alex Murphy ? Deux flics intègres mais seuls face à un système pourri de l'intérieur ? Non, en fait moi je vois vraiment Murphy comme un soldat estropié, pas comme un flic. Il doit arriver à comprendre et accepter sa nouvelle réalité. La compagnie Omnicorp l'utilise un peu comme les gouvernements utilisent leurs soldats sans penser aux conséquences. Tandis que Nascimento est un superflic qui s'entraîne toute sa vie pour être impitoyable et infaillible sur le terrain, avant de réaliser qu'il est manipulé par un système politique totalement corrompu. Ce sont deux personnages très différents.

Finalement, c'est peut-être Murphy le plus humain des deux. Oui. Mais attendez, c'est tout ? Vu votre avertissement au début, je m'attendais à bien pire ! Genre « mais qu'est-ce que c'est que ce film de merde là, comment vous avez pu faire ça ? » (rires).

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