Entretien avec Bohdan Slama

31/03/2009 - 18h12
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 « Casser le mur de la solitude »

Vous venez plutôt de la ville ou de la campagne ?Les deux. J'ai vécu à Prague pendant quinze ans, mais je viens d'une petite ville. Pendant mon enfance, j'ai passé beaucoup de temps dans un village. Et maintenant je vis toujours dans un village. Donc, je ne sais pas...

Country Teacher est l'histoire d'un prof homo quittant la ville pour la campagne. Mais, plutôt qu'à l'homosexualité, le film s'intéresse aux relations amoureuses en général, non ?Oui, parce que ce prof de campagne homo n'est qu'un personnage du film. Il y a aussi Maria, une fermière qui vit dans le village où débarque le prof, et elle tombe amoureuse de lui. C'est aussi son histoire. Donc ce n'est pas un film sur l'homosexualité, ou même sur la sexualité, mais plutôt un film sur la manière dont les gens recherchent l'amour, et les difficultés qu'ils rencontrent.

Il y a une scène de viol centrale dans le film, mais pas de violence ou de lynchage ensuite, comme on pourrait s'y attendre : pourquoi ?Le professeur transgresse ici un interdit. Un tabou. C'est vraiment un viol. Pour le jeune homme qui subit le viol, c'est une expérience terrible. Ce n'est pas le sujet de l'histoire, ça arrive c'est tout. Ce qui est important, c'est de savoir si Maria, qui est la mère de la victime, pourra...quel est le mot anglais... le pardonner. Et si le garçon pourra le pardonner aussi, finalement. L'histoire parle de pardon, de notre capacité à pardonner. Cette capacité me paraît essentielle dans la vie, car de nos jours, on s'entretue pour tout et n'importe quoi. Il faut savoir pardonner aux autres, mais aussi soi-même. Quand on pardonne, on donne une chance à la vie de continuer.

La scène de viol, à la fois douce et intense, était-elle difficile à réussir ?Oui, c'était une scène difficile. J'ai beaucoup consulté l'avis de mes amis gays, pour mieux comprendre comment la scène pourrait fonctionner. Ensuite, j'ai beaucoup compté sur le travail de l'acteur Pavel Liska, qui joue le professeur. Il interprète cette scène de manière à ce que l'on puisse comprendre ses intentions. En contact avec ce jeune homme, il perd peu à peu ses inhibitions. Pendant la scène, il essaie de contrôler ses émotions. J'ai été très satisfait de son travail. J'étais persuadé que si on ratait cette scène, on perdait tout le sens du film. On la voulait douce, mais avec une violence sous-jacente, qu'on peut percevoir à travers les yeux du professeur. J'ai eu pas mal de réactions, en particulier des spectateurs masculins (les femmes ne sont pas comme ça) qui m'ont dit : cette scène est « too much ». Ce à quoi j'ai répondu : ok, mais c'est la vie...La vie est parfois « too much ». Et comparé à la violence, ou aux viols, auxquels on assiste dans la réalité, c'est peu de chose. Même si c'est grave, pour le jeune homme, et difficile pour lui de surmonter cette expérience.

Vous filmez en longs plans séquences, avez vous adopté ce style pour être plus réaliste ?Ce n'est pas un style, c'est juste une décision que j'ai prise en pensant à l'histoire. J'ai vu le scènes tournées en longs plans. Ça donne une sensation de temporalité, dans laquelle chaque action s'écoule. J'aime ça, parce qu'ainsi, les acteurs ne peuvent pas s'échapper de leurs émotions. Ils continuent la scène en préservant l'émotion, ce qui donne au public des sentiments authentiques, une sensation du temps qui passe, et pendant lequel les personnages changent.

Vos influences au cinéma ?En cinéma ? Je crois qu'il y a beaucoup de films qui m'ont influencé. Mes grands maîtres sont Tarkovski, Fellini, Bergman, ces trois-là, bien qu'il soient très différents, sont mes plus grandes influences. Et bien sûr, il y a les générations des années 1960, la nouvelle vague tchèque : ils étaient tous importants. Dans les réalisateurs les plus récents, c'est Jim Jarmusch, Kusturica, Aki Kaurismaki... Cette génération.

Propos recueillis par Eric Vernay 

   

- Lire la critique de Country Teacher- Lire la critique de Something like happiness

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