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Avec son adaptation modernisée et dynamisée, le metteur en scène démontre que la comédie musicale Hair a encore des choses à nous raconter…Propos recueillis par M-C. NivièrePourquoi Hair ?Parce que les versions que j’ai vues ne m’ont pas plu. Or, c’est une comédie musicale faite de tubes et d’airs magnifiques. Par sa musique, elle reste intemporelle. Et quand on analyse le livret, on se rend compte qu’il y a de vrais messages concernant notre présent et notre futur.Entre la comédie musicale et le film, il y a des différences.Dix ans ! 1968-1978. Milos Forman a surfé sur le succès de Hair, et Gerome Ragni et James Rado, les auteurs du musical, sur la vague hippie. Ils se sont inspirés du mouvement pour développer leur envie d’exister. Milos Forman a rajouté une dramaturgie qui n’existait pas. Si le spectacle a cartonné à l’époque, c’est parce qu’il cassait les rythmes et les règles de Broadway. Cela a été le premier happening rock musical. Du coup, Hair est devenu révolutionnaire. Et c’est cela que j’ai voulu mettre en avant. Cela marche car plus personne ne me parle du film. Ce que les spectateurs vivent devient supérieur à ce qu’ils attendaient. Et quand « Let the sunshine in » arrive, c’est un sacré délire et il y a beaucoup d’émotion dans la salle !Donc Hair ne dérange plus ?Plus pour les mêmes raisons. En 68, les gens s’en allaient parce qu’ils étaient choqués par le message… plus aujourd’hui. A l’époque, on rêvait d’un futur meilleur, aujourd’hui on rêve d’un instant meilleur. Une heure et demie de Hair fait autant de bien qu’une aspirine ! On pensait qu’il n’y aurait dans la salle que des soixante-huitards, des quadras, et on se retrouve avec une majorité de 18-25 ans qui réagissent avec une sacrée énergie. Ces jeunes ne connaissent ni le film ni les chansons, à part « Let the sunshine in ». Ils découvrent ! Même les professeurs sont très intéressés et, du coup, on va faire des matinées scolaires pour les lycéens. De l’époque du « Faite l’amour pas la guerre », à la nôtre en crise, le monde a changé ?Mais on peut encore dire : « Même combat ! » Le « il est interdit d’interdire » est toujours d’actualité, tant notre société est dans les interdictions ! Si la forme a changé, le fond reste le même. En allant voir Hair, les jeunes pensent qu’ils vont être dans la provocation. La chanson culte « Sodomie » ne résonne plus du tout de la même manière qu’à l’époque. Si aujourd’hui les mots ne les choquent plus, ce dont parle le spectacle les bouscule. Trente ans plus tard, cela nous interpelle encore, car on pense avoir assumé plein de choses alors que ce n’est pas si exact que cela. Et depuis le sida est passé par là…C’est même devenu notre guerre. Tout est dans la phrase « Faites l’amour pas la guerre ». La guerre, on ne la vit plus, on la regarde. Ce n’est plus un cousin où un frère qui part à la guerre, mais un soldat professionnel. De 1980 à 2007, 33 millions de gens sont morts du sida. Pour faire l’amour désormais, il faut s’armer d’un préservatif… Il faut se protéger. Les jeunes ont tendance à l’oublier. A la fin du spectacle, Claude ne meurt plus à la guerre, mais du sida… Il a joué au con et il a perdu. Ce n’est pas un jeu ! Comme avez-vous abordé le délicat passage de l’adaptation en français ?Je voulais que mon adaptation raconte une histoire. C’est pour cette raison que j’ai coupé des choses, resserré l’action. Quant aux chansons, si elles restaient en anglais, le public ne les aurait pas intégrées. « I got life », la chanson dans laquelle Claude dit à ses parents « laissez-moi vivre », se devait d’être traduite. En revanche, « Aquarius », comme c’est un délire psychédélique, peut rester en anglais ! Je voulais, avant tout, que cela parle aux gens. Hair c’est aussi une histoire de troupe ?De tribu, c’est ainsi que les personnages appellent leur groupe, « la tribu de l’amour » ! Celle-ci n’est pas uniquement constituée des vingt et un artistes sur scène, elle intègre aussi les spectateurs. Et il faut que l’énergie passe du plateau à la salle. Si les comédiens se mettent nus physiquement, c’est pour transmettre le message que, psychologiquement, il faut aussi savoir se mettre à nu. Ils accueillent le public dans la salle et lors de la première à Longjumeau, cela a donné quelque chose de superbe. Et la tribu au sens large a vraiment pris tout son sens. Après le Gymnase, le spectacle s’installe au Palace.On est restés trois semaines au Gymnase, dans le cadre du Sidaction, avec la signature de Pierre Bergé. Beaucoup de gens assimilent Hair à 68, donc il nous fallait tester cette nouvelle version, voir comment cela allait réagir. En province et au Gymnase, on s’est aperçus que les gens avaient besoin d’entendre ce que l’on proposait. Le public était au rendez-vous, il nous fallait poursuivre l’aventure et le Palace nous a ouvert ses portes… Hair au Palace>> Réservez vos places pour le spectacle !