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Rencontre avec l'auteur du livre événement.

Gillian, Gone Girl est un livre très visuel. Est-ce qu’en l’écrivant, ça vous est parfois arrivé de vous dire : « Hum, ça ferait un bon film »… Pas du tout, c’est le meilleur moyen d’écrire un mauvais roman ! (Rires) Regardez la structure du livre, elle est d’ailleurs très difficile à transposer telle quelle à l’écran. Deux narrateurs prenant la parole à tour de rôle, beaucoup de flashbacks… C’est un vrai casse-tête à adapter. Ceci dit, je suis cinéphile et on ne se refait pas… Mon père enseignait le cinéma, j’ai moi-même été critique, je regarde des films depuis toujours, tout ça a donc inévitablement influencé la manière dont je pense le storytelling. Croyez-le ou non, mais pendant que j’écrivais certaines scènes – celle du centre commercial désaffecté par exemple – j’ai pensé à David Fincher, à ce que pourrait donner une atmosphère aussi lugubre entre ses mains. Et voilà, quelques années plus tard, le fantasme est devenu réalité, Gone Girl est un film de David Fincher

Vous êtes fan depuis longtemps ? Depuis toujours. Comme beaucoup de gens, je pense que je pourrais, pour chacun de ses films, vous dire quand je l’ai vu, dans quel cinéma, et avec qui. Ce sont toujours des expériences inoubliables. Seven, par exemple, je l’ai vu à L.A., je venais tout juste de finir la fac… Je me souviens encore très bien des cauchemars que j’ai faits cette nuit-là !

Votre film préféré de Fincher ? Zodiac. Parce que c’est bien plus qu’une simple histoire de serial-killer. C’est un grand film sur l’obsession, sur notre fascination collective pour la violence, sur la capacité de certaines personnes à mettre leur vie entre parenthèses pour poursuivre une quête, au risque de s’y perdre. Le monde créé par le film est tellement vrai, concret, on a l’impression en le regardant de voyager dans l’espace et dans le temps. C’est grand.

 

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David Fincher : "Il y a un twist dans Gone Girl, mais très franchement ce n'est pas ce qui m'intéressait"

Tous les auteurs de romans noirs sont dingues de Zodiac. Même James Ellroy, qui d’habitude n’aime rien… Logique. C’est un film sur le storytelling, très littéraire, avec un écrivain au centre du récit… Il est fait pour nous, celui-là !

Vous avez écrit l’adaptation de Gone Girl vous-même. C’était dans votre contrat quand vous avez vendu les droits ? Ça faisait partie du deal dès le début ? Oui. Je tenais à écrire au moins la première version du script. Quand on est romancier et cinéphile, c’est logique de vouloir s’essayer à l’écriture de scénario. Je voulais être sûre que le film garderait le ton du roman. Pas forcément tous les détails de l’intrigue policière, ce n’était pas ça le plus important, mais la nature très particulière de la relation entre Nick et Amy, l’humour noir, la présence de la récession économique en arrière-plan, les commentaires sur la vie quotidienne dans le Missouri… Si on faisait fi de ces éléments, Gone Girl prenait le risque de n’être qu’un banal procedural de plus. Et puis, je voulais être aux manettes, ne serait-ce que pour être la seule à blâmer en cas de fiasco !

Gone Girl, d'une noirceur vertigineuse, est peut-être le meilleur film de Fincher depuis Fight Club

Dans le making-of de The Social Network, on voit comment Fincher s’approprie le script d’Aaron Sorkin, tout en impliquant le scénariste dans chacune de ses décisions… Quelle a été votre expérience ? Jusqu’où l’avez-vous accompagné dans le processus créatif ? Même si David avait bien évidemment le dernier mot dans les décisions de casting, j’étais à ses côtés tout du long. J’étais ravie quand Ben Affleck a été engagé, il est tel que j’avais toujours imaginé le personnage de Nick : aimable, sympathique, le genre de type avec qui on a envie d’aller boire des coups, mais qui peut devenir menaçant ou intimidant en un clin d’œil. Ensuite, on a fait beaucoup de répétitions avec les acteurs, tous ensemble autour d’une table du matin au soir, et ça m’a permis d’affiner le script, de l’adapter à leurs voix respectives. David aime travailler avec un scénario au rasoir, où tout est pensé à la virgule près. En revanche, une fois le tournage commencé, ça m’arrivait d’aller sur le set mais en touriste, pour le plaisir de la balade.

Ça s’est suffisamment bien passé avec Fincher pour qu’il vous demande de plancher sur sa prochaine série, Utopia… Oui, on développe ça pour HBO, c’est sur une bande de comic book geeks qui mettent la main sur un roman graphique contenant des informations secrètes sur des événements meurtriers. A partir de là, les choses vont très mal tourner… C’est adapté d’une série anglaise de 6 épisodes, notre version en comptera 10. On va étendre et densifier l’univers originel, un peu comme David l’avait fait avec House of Cards (autre remake d’une série anglaise – ndr).

Il vous a dit pourquoi il avait pensé à vous ? J’étais à Chicago, je m’apprêtais à commencer l’écriture de mon prochain roman quand j’ai reçu un texto de David depuis le set de Gone Girl : « J’ai ce projet de série, ça va te prendre les 12 prochains mois de ta vie. Viens, il faut qu’on parle. » Forcément, j’ai accouru…
Interview Frédéric Foubert

Gone Girl de David Fincher avec Ben AffleckRosamund Pike et Scoot McNairy sort en salles le 8 octobre prochain. Bande-annonce :

 

 

Gone Girl 2 : Gillian Flynn imagine la suite

Et retrouvez Gone Girl et notre dossier spécial David Fincher en couverture de Première, actuellement dans les kiosques.

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