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On parle souvent de George Clooney l'acteur, le réalisateur ou le vendeur de café, mais une autre facette de la star est intéressante : son talent d'écriture. En duo avec Grant Heslov, il a construit le script de Good Night and Good Luck, sa deuxième réalisation (2005), des Marches du Pouvoir et plus récemment de Monuments Men, qui sortira en février prochain. Il a également, dans une moindre mesure, collaboré à l'histoire de Gravity, auprès de Jonas et Alfonso Cuaron. Et si c'était ça, son plus grand talent ?Au cours de l'interview croisée, il parle en tout cas de ce travail avec passion, révélant qu'il a été davantage influencé par des séries TV que par le cinéma : « Pourquoi lire des livres sur la manière d'écrire un scénario quand on peut regarder d'excellents reality shows ? (rires). Blague à part, j'adore Paddy Chayefsky. Et Rod Serling. Je n'ai pas grandi en regardant des films. Il n'y avait pas de cinéma dans ma ville du Kentucky. Il fallait conduire 30 miles pour voir un film, donc on privilégiait plutôt la petite télé en noir et blanc. On regardait La quatrième dimension et des trucs comme ça. Cela a eu une énorme influence sur ma vie et notamment sur ma manière de raconter une histoire. »Concrètement, comment construit-il ses intrigues en compagnie d'Heslov ? Les scénaristes autour de la table se moquent gentiment du duo au cours de la rencontre, tant ils semblent d'accord sur tout et « fusionnels ». « On ne se chamaille jamais, assure Clooney. On travaille à l'ancienne. On change d'idée, on coupe, on colle un nouvel élément. En fait, on utilise vraiment des ciseaux ! ». « On se met d'accord sur un pitch global, détaille son partenaire, puis on fait le truc classique : on a un grand bureau, on colle des post-it partout. On passe au moins quinze jours à faire ça. Surtout sur un film comme Monuments Men où le script est ultra-détaillé. »Une manière de ne pas trop se disperser ? Clooney reconnait qu'il a du mal à travailler sur un seul long-métrage à la fois. Il s'éparpille, mais c'est aussi cela qui lui permet d'amener un projet à terme : « J'ai mis du temps à monter Argo (dont il était l'un des producteurs exécutifs, ndlr). Mais on a travaillé sur d'autres projets en même temps. On en a d'ailleurs un autre dans la même veine. Il s'appelle Our Brand Is Crisis et on y travaille depuis longtemps. On voudrait faire un film politique intelligent, qui parlerait de la Bolivie et de la manière dont des consultants américains ont fait en sorte qu'un dirigeant y soit élu. C'est une histoire vraie, mais son ton est difficile à trouver. »Les détails sont donc importants, mais ils ne doivent pas devenir pour autant une obsession, juge le scénariste. D'ailleurs, lorsque le journaliste demande s'il faut être plus vigilant en écrivant un film historique qu'un autre type de long-métrage, l'intéressé s'emporte :  « Le fait d'attaquer une intrigue parce qu'elle ne colle pas assez à la réalité historique, c'est très nouveau. Si les blogueurs avaient existé au temps de Lawrence d'Arabie, ils auraient crié au scandale. Patton non plus n'est pas 100% 'vrai'. On peut faire une longue liste de films de ce type. Avec Gandhi aussi par exemple. Faut arrêter, c'est du divertissement. Même sur 12 years a slave, je suis sûr que des gens vont pinailler sur des détails et tenter de discréditer l'ensemble du film à cause de cela. Et il y a toute cette compétition qui n'existait pas il y a 10 ans aussi. On a eu ce souci sur Argo. Ca craint, car ce sont des films, pas des documentaires. Il faut être responsable et faire en sorte de respecter globalement les faits, mais s'arrêter sur le moindre dialogue ? C'est ridicule. Qui sait ce que Patton a dit à ses gars dans la tente ? »Voici la bande-annonce de Monuments Men, un film de guerre relatant comment une poignée d'artistes ont tenté de récupérer des oeuvres volées par l'armée nazie. Voir aussi :Grâce à Gravity, George Clooney bat son propre record au box-office américain