Les Adieux à la reine : interview

Princesse Léa

19/03/2012 - 00h00
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Dans Les Adieux à la Reine, de Benoît Jacquot, on ne voit qu'elle, sa moue boudeuse, son pas cadencé et sa voix sensuelle. Rencontre avec Léa Seydoux, actrice souveraine.

À 26 ans, Léa Seydoux a déjà une carrière bien remplie mais, comme elle le dira pendant l'interview : « Attention, je pars dans tous les sens. » Entre films d'auteur français (Honoré, bientôt Kechiche) et blockbusters américains (Mission : Impossible – Protocole fantôme), la comédienne à la moue boudeuse est en train de devenir une star. Dans Les Adieux à la Reine, le nouveau film de Benoit Jacquot qu'elle porte sur ses épaules, elle incarne la lectrice de Marie-Antoinette (Diane Kruger), composant un personnage troublant de désir et de sensualité qui regarde un monde s'écrouler. Exactement ce qui arrive au journaliste qui la rencontre dans un café parisien : sa beauté immédiate, son débit mitraillette et ses remarques tranchantes l'imposent comme l'une des plus grandes.


Première : Comment êtes-vous arrivée sur Les Adieux à la Reine ?

Léa Seydoux : Un an avant le tournage, j’ai rencontré Benoit Jacquot dans un café à Beaubourg. Il m’avait envoyé deux scénarios, Au fond des bois et Les Adieux à la Reine, et souhaitait m’en parler. On a discuté de tout et de rien pendant une heure, puis, à la fin, je lui ai dit que j’étais surtout intéressée par le second.


Et ?

Il m’a répondu : « Si tu veux le faire, c’est pour toi. »


Comme ça ?

Comme ça ! Enfin, ne nous emballons pas : j’ai su après qu’il avait rencontré d’autres actrices… Peut-être qu’il leur a dit la même chose ! Je ne me fais pas d’illusions, c’est lui qui choisit à la fin. Mais je me souviens qu’il était très étonné que je préfère ce film plus classique, plus vibrant, à Au Fond des bois.


Moi aussi !

C’est marrant, ça… Dans Les Adieux à la Reine, j’aimais l’idée que Benoît s’attaque frontalement à l’Histoire de France. Même s’il a déjà tourné des films d’époque, il n’était pas habitué à le faire de manière aussi directe. Au fond des bois (dans lequel une jeune bourgeoise tombe sous l’emprise d’un vagabond) est également un drame en costumes, mais très différent. Il était beaucoup plus… subversif.


C’est ça qui vous faisait peur ? Le côté subversif ? Ou bien le fait que l’héroïne soit une victime, dépossédée de son libre-arbitre et instrumentalisée ?

C’est une bonne question… Je n’ai pas peur de la subversion, en tous cas. Mais je préférais le rôle des Adieux… Il y avait plein de choses à inventer : c’est un personnage original et en même temps totalement lambda, une héroïne de l’ombre. Je me souviens qu’en lisant le script, j’ai eu la sensation que Benoit et moi devions nous retrouver sur ce film. Je sentais que je correspondais au rôle. C’est à travers elle qu’on découvre l’histoire, la cour et les événements de juillet 1789. Elle est le témoin d’un monde qui s’effondre et c’était passionnant à jouer.


C’est exactement ce qui m’a fait penser à L’Apollonide. Vous auriez été parfaite dans le Bonello…

Vous avez peut être remarqué que, dans L’Apollonide, il y a un personnage qui s’appelle Léa…


Il était pour vous ?

Non. Enfin, je ne crois pas… Je ne devrais pas dire ça - ça va peut-être l’énerver - mais quand j’ai travaillé avec Bertrand (De la guerre, 2008), il m’avait parlé de ce projet. Lorsqu’il a commencé son casting, il n’est pas venu me voir. Malgré tout, je me dis qu’il s’est peut être un peu inspiré de moi…


Vous l’auriez fait ?

Je n’en sais rien. C’est comme quand on me demande avec qui je voudrais travailler, je ne sais pas trop. Je pense que le désir doit être réciproque. Si Bertrand n’est pas venu vers moi, c’est qu’il avait ses raisons… Mais c’est un cinéaste que j’admire !


On a le sentiment qu’il y a des familles dans le cinéma français et que vous avez clairement choisi la vôtre…

Ah bon ? J’ai plutôt l’impression de changer d’univers à chaque film, d’aller vers des choses complètement différentes. Là, j’enchaîne le prochain Kechiche (Le bleu est une couleur chaude) et le nouveau Gondry (L’Écume des jours)… Pas tout à fait le même monde !


D’accord, mais Christophe Honoré, Benoît Jacquot, Bertrand Bonello, Catherine Breillat… C’est un peu consanguin tout ça, non ?

Ah oui, vous pensez à mon image « auteur ».


Voilà, à l’égérie nouvelle-nouvelle-vague…

C’est un bien grand mot, égérie, mais c’est vrai que ce cinéma m’intéresse. J'ai grandi avec les films de la Nouvelle Vague : Truffaut, Godard, Eustache… C'est ma culture. Depuis que je suis gamine, j'ai envie de faire du cinéma, mais du cinéma au sens noble. Je veux faire des films forts, qui me transportent. Je refuse les trucs évidents, trop faciles… Mon but n’est pas de devenir une star, mais d’être une artiste. J'aime l'idée de me surpasser, d'aller du drame à la comédie, d’explorer toutes les possibilités de cet art… Tout en restant la même à chaque fois, sans me trahir. Du coup, je refuse certains projets.


Des grosses comédies populaires, par exemple ?

Je crois que j’ai dû en éviter une ou deux… Mais bon, on ne m’a pas non plus proposé Bienvenue chez les ch’tis. Et puis, encore une fois, ça ne m’intéresse pas de faire des objets commerciaux…


En même temps, vous sortez tout juste de Mission : Impossible 4...

Mais ça n’a rien à voir. Le fait que ce soit un film d’action n’empêche pas que ça reste du très grand cinéma. J'ai l'impression qu'on vit dans un monde où tout devient marchandise, où la qualité se perd. Et moi, j'ai envie de faire des choses de qualité, qu’il s’agisse d’un blockbuster américain ou d’un film français. Quand je vois le scénario de M:I:4, que je découvre que c’est Brad Bird qui le tourne et que je jouerai face à Tom Cruise, je sais que le résultat a toutes les chances d’être à la hauteur…


C'est le sujet du film ou le réalisateur qui vous amène à accepter un projet ?

Ce qui me motive, c'est le metteur en scène. Toujours. Je suis plus sensible au langage d'un cinéaste qu’au scénario.


Quel genre de relation entretenez-vous avec vos metteurs en scène ? On vous imagine mal aux ordres d’un Pygmalion…

Je ne suis pas quelqu'un de soumis, effectivement, et c'est là où ça devient compliqué. Il y a toujours des rapports de force qui se créent entre le réalisateur et l'acteur. On doit être impliqué, présent, mais il faut aussi se préserver, garder le contrôle.


En voyant Les Adieux à la Reine ou Belle Épine, on sent que vous restez maître des films dans lesquels vous jouez. Vous imprimez le tempo…

Je ne vais pas me comparer à Tom Cruise, mais j’ai remarqué un truc sur Mission : Impossible : Tom est le moteur de ses films. Parce qu’il en est à la fois l’acteur et le producteur, mais pas seulement. Je pense à sa façon de jouer – on sent que chaque rôle est un vrai parti pris pour lui. J’aspire aussi à ça. Un long métrage s’apparente un peu à un laboratoire. À chaque fois que je bosse avec un metteur en scène, c'est une expérience : je fais de la chimie, j'essaie de nouveaux alliages, de nouvelles émotions. Il y en a que j'ai envie de montrer, et d'autres que je préfère garder pour moi... Je ne suis pas une actrice qui se fait voler son âme ; on ne me dérobe pas les choses, je les donne.


Dans Les Adieux à la Reine, on a parfois l’impression que certaines répliques s’adressent autant à votre personnage qu’à Léa Seydoux…

Par exemple ?


« Ce n'est pas tant la beauté de vos traits que la jeunesse qui rayonne à chaque instant. »

Ça, c'est vous qui le dites.


Non, c’est Marie-Antoinette (Diane Kruger). Cette forme de jeunesse intemporelle que vous possédez n’est sans doute pas étrangère au fait que les cinéastes vous imaginent souvent dans des films d’époque…

La journaliste avant vous me demandait si c’était mon premier film d’époque… Alors vous voyez ! Certains ont l’impression de ne m’avoir vue que dans ce registre, d’autres pensent que je reflète la jeunesse contemporaine… Mais j’adore les films en costumes.


Pourquoi ?

Parce que je fantasme sur le passé. J’ai l’impression qu’il y avait un fatalisme romantique, que les sentiments étaient plus forts, plus grands… Les gens nourrissaient un rapport particulier à la littérature et au temps. Aujourd’hui, on est dans la consommation, dans l’immédiateté, et ça me gêne… Contrairement à certaines de mes copines, je n’ai jamais eu l’impression d’appartenir à une génération. J’ai eu une enfance intemporelle, je n’ai jamais joué ma rebelle.


Vous avez des modèles ?

J’adore certaines actrices, mais j'admire surtout les femmes qu'elles sont dans la vie ; j'ai besoin d'aimer les deux. Si je devais en citer une, ce serait Catherine Deneuve. J'aime sa voix, son intelligence et sa façon de vivre. Natalie Portman disait qu’un acteur est fini s’il commence à faire attention à son look. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un comédien ou une comédienne qui se regarde jouer.


C’est ça le secret ? Ne pas se regarder jouer ?

Peut-être. Ne pas s’appesantir sur les rôles, les oublier et passer vite au suivant… Pour ne jamais être rassurée.

Interview Gaël Golhen

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