Transformers 3 : La Face cachée de la lune : interview
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Michael Bay : la revanche
Transformers 2 s’est fait descendre en flammes et vous avez vous-même reconnu que le film était raté. J’imagine que vous aviez à coeur de corriger le tir avec ce nouvel épisode ?
Le deuxième volet d’une franchise est toujours délicat à aborder parce qu’on n’a plus l’avantage de la surprise. Les gens ont certaines attentes qu’il faut dépasser. Et puis, on a été durement touchés par la grève des scénaristes qui paralysait Hollywood à l’époque. Quand on a entamé la préproduction du film, je n’avais que 14 pages de scénario. Or, sans scénario, tu es foutu. D’un autre côté, qu’est-ce que j’allais dire aux 600 personnes qui bossent avec moi depuis des années ? Qu’ils pouvaient rentrer chez eux ? Ces gens ont des familles et ils avaient refusé d’autres films pour faire Transformers 2. J’étais face à un dilemme terrible. Sans parler de l’argent que le studio avait déjà dépensé... Bon, l’argent des studios, je m’en fous un peu, mais quand même. Je suis un mec loyal. On a donc essayé de garder le cap. Finalement, la grève des scénaristes a pris fin et le script a été achevé en catastrophe. Mais certaines décisions-clés avaient été prises pendant la préproduction, sur lesquelles il était impossible de revenir. Pour ce nouveau film, on avait dans l’idée, avec le scénariste Ehren Kruger, de parler de la Lune : et si les Autobots et les Decepticons avaient été impliqués dans la course à l’espace entre les États-Unis et l’Union soviétique dans les années 60 ?
Transformers 3 est votre premier film en 3D...
James Cameron m’a mis la pression. Il m’a dit : « T’as intérêt à tourner en 3D », et il ne m’a pas lâché. J’étais un peu méfiant au départ car je suis un réalisateur de la vieille école. Mais Cameron a raison, la 3D est un nouveau jouet dont il faut se servir. Le problème, ce sont tous ces films tournés en 2D et convertis après coup, tu vois ce que je veux dire ? Pardonne-moi l’expression, mais ça donne de la merde. Nous, on a tourné en 3D, et c’est vraiment compliqué. D’autant qu’on était dans des décors naturels et non sur un plateau entouré d’écrans bleus comme Cameron pour Avatar... Les caméras 3D sont gigantesques et doivent être parfaitement alignées. Pas évident quand l’appareil est embarqué dans une voiture qui roule à 100 km/h ! Au final, je dirais qu’on a tourné 60 % du film en 3D « pure ». Pour les plans vraiment trop compliqués à gérer en 3D, on s’est rabattus sur de la pellicule 35 mm et on a envoyé les images à une société de conversion. Je leur ai mis un flingue sur la tempe et ils ont fait un boulot d’enfer.
Avez-vous été surpris d’entendre Megan Fox se plaindre des conditions de travail sur le tournage des deux premiers épisodes ?
Pourquoi s’est-elle plainte ? Parce qu’elle a dû bosser douze heures par jour ? Allons, soyons sérieux. C’était son premier film ! Bref... Avec le recul, je pense que le fait d’avoir dû choisir quelqu’un d’autre a profité à la saga. Ça a introduit de la nouveauté.
Vous l’avez remplacée par Rosie Huntington-Whiteley, un mannequin lingerie...
J’avais tourné une pub pour Victoria’s Secret avec elle et j’avais trouvé qu’elle avait quelque chose d’unique. Quand on a eu ces problèmes avec Megan Fox, j’ai tout de suite pensé à Rosie. On a auditionné plus de 500 filles à travers le monde et elle sortait vraiment du lot. Il a fallu se décider vite car on avait déjà commencé à tourner. On l’a fait venir de Londres, on l’a jetée dans le grand bain dès le premier jour et elle s’est révélée excellente. Elle est chaleureuse, élégante, elle a la tête sur les épaules. Et elle dit : « Merci » et : « Bonjour ».
Vous avez des fans mais aussi des détracteurs plutôt violents. Est-ce quelque chose qui vous affecte ?
J’ai pris du recul par rapport à tout ça. Le souci de beaucoup de critiques, c’est qu’à force de dire à leurs lecteurs qu’ils sont idiots d’aimer tel ou tel film, ils finissent par se les mettre à dos.
J’insiste, mais pourquoi pensez-vous susciter tant de haine ?
(Pensif.) On me reproche souvent mon montage très « cut ». À l’époque où j’ai réalisé Bad Boys (1995), mon premier film, c’était un style inédit. Et, d’un seul coup, tout le monde s’est mis à faire la même chose à Hollywood... Pourtant, les gens continuent de me reprocher ce montage très rapide, alors que si tu regardes mes films avec attention, tu constateras que j’ai ralenti le rythme. Si on veut parler de montage « cut », parlons des films de Paul Greengrass, tu vois ce que je veux dire ? Ils sont deux fois plus rapides que les miens ! Et, malgré tout, l’un de ces films (“Vol 93”) a été nominé à l’Oscar du meilleur montage. Il y a deux poids, deux mesures.
Les scènes d’action vous viennent-elles en premier ou découlent-elles plutôt de l’histoire ?
D’abord, on bâtit l’histoire, et on lui injecte ensuite un maximum d’action. Comme cette scène avec le building scié en deux qu’on entrevoit dans la bande-annonce. Elle m’est venue en pleine séance de gym, alors que je faisais des abdos.
Comment l’avez-vous tournée ?
Il a fallu construire la réplique grandeur nature d’un étage d’immeuble de bureaux. Un truc gigantesque de 25 mètres sur 30 qui s’inclinait à 40 degrés grâce à un système de vérins hydrauliques. Tourner là-dessus était dangereux parce qu’à partir de 26 degrés d’inclinaison, si on perd l’équilibre, c’est foutu, tu vois ce que je veux dire ? Quand les acteurs ou les cascadeurs devaient dévaler ce truc, ils prenaient cher, même s’ils portaient des vêtements rembourrés. Maintenant, ajoute des caméras au cocktail et tu auras une idée du casse-tête !
L’autre morceau de bravoure du film, c’est cette scène où des paras tentent une mission suicide...
J’ai découvert les vrais parachutistes dans l’émission 60 Minutes. Ils font de la chute libre avec une combinaison qui transforme leur corps en aile d’avion et leur permet de raser les falaises à 240 km/h. De véritables écureuils volants ! J’ai dit : « Trouvez-moi ces gars, il me les faut. » Je leur ai proposé de voler entre les buildings de Chicago. Ensuite, il a fallu un an
pour convaincre la ville de nous laisser faire ça.
Les robots sont ajoutés numériquement en postproduction. Avez-vous énormément recours aux story-boards, du coup ?
Non, j’arrive à les imaginer dans le plan. Je possède ce don. J’ai dû me séparer d’un de mes cameramen, un type très gentil qui avait bossé avec Kubrick, parce qu’il n’arrivait pas à se représenter les robots.
Comment Shia LaBeouf a-t-il évolué depuis le premier Transformers ?
Il est devenu plus grincheux. Je l’adore, mais quel râleur ! Quand on a tourné la scène du building qui s’effondre, il n’arrêtait pas de me demander : « C’est bon, on l’a ? » Je lui répondais : « Non, on ne l’a pas. Tout le monde s’amuse sauf toi ! Quel est le problème ? C’est quand même pas si mal comme boulot, de faire du toboggan ! » À part ça, il a beaucoup progressé dans son jeu d’acteur.
Et vous, avez-vous changé avec l’âge ?
Moi, c’est l’inverse, je suis de moins en moins grincheux. J’ai traversé pas mal de guerres et je sais maintenant m’y prendre avec les studios. Ils ne me font plus chier, tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas comme sur le tournage de Bad Boys... Un exemple ? Will Smith est en train de jouer et ils nous coupent soudain le générateur. Plus de lumière ! Je demande ce qui se passe, et on me répond que ça fait dix heures qu’on tourne et que c’est fini pour la journée... Jerry (Bruckheimer, qui a produit les cinq premiers longs de Bay) m’a appris un truc : le film passe toujours en premier. Tu dois tout faire pour le protéger.
Que fait Michael Bay de son temps libre ?
Hier soir, j’ai joué au base-ball. On a gagné. Sinon, j’aime regarder des films. Notamment des documentaires.
Vous êtes toujours aussi fan de bagnoles ?
Moins qu’avant. En ce moment, je suis plutôt branché bébés. J’ai envie d’avoir des enfants.
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