Looking For Eric : interview
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Looking for Eric : l'interview de Eric Cantona
Dans Looking for Eric de Ken Loach, Cantona ne joue pas un méchant génie du foot mais un gentil génie de la lampe qui aide et conseille un papa en crise. Et le foot dans tout ça ? Réponses ici.
Par Léo Haddad
Surprise, dans le film, vous ne jouez pas le vrai Eric Cantona mais le « personnage » Eric Cantona tel que se l’imagine un vieux fan. Quand vous jouiez, vous aviez conscience de créer un personnage ?
Eric Cantona : Sur le terrain, tu n’as pas le temps, tout va beaucoup trop vite, tu ne calcules rien. C’est vrai qu’on vit dans un monde d’images et que certains croient qu’ils ont besoin de s’en créer une. J’y vois un manque de confiance en soi. Moi, j’essayais d’être moi-même, de vivre les choses avec un minimum d’authenticité.
Ok mais quand…
E. C : (il poursuit)… la preuve, c’est que l’image que les gens ont de moi, je la reconnais. Je ne supporterais pas qu’on m’aime pour ce que je ne suis pas. Certains se créent des images à l’opposé de ce qu’ils sont, moi, ça me fait un peu peur. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on est à fond là-dedans. On n’a pas réalisé que « être », c’est une image aussi.
Je veux bien croire que vous étiez vous-même, mais…
E. C : Si vous me croyez pas, c’est pareil, hein !
… Mais le coup du col remonté, tous ces trucs, c’était de l’acting, non ?
E. C : Voilà. Etre est une image, c’est ce que j’essaie de vous dire. Le col, ça s’est fait un peu par hasard, sauf que ce jour-là, on a gagné. Après, c’est un peu de la superstition. Il y en a qui remettent le même slip, moi je préfère changer de slip et remonter mon col.
Ça se tient.
E. C : Ensuite, ça a été utilisé, par Nike dans ses pubs par exemple.
A l’époque, vous ne parliez pas à la presse. Aujourd’hui, si. Pourtant, franchement, la presse sportive est bien meilleure que la presse culturelle…
E. C : Je parlais pas pour la bonne et simple raison que c’était une perte d’énergie. Dire « on a bien joué ce soir, c’était important de prendre les trois points », comme la plupart des joueurs, ça ne m’intéresse pas. Plein de joueurs pourraient dire des choses très intéressantes, mais pour ne pas se disperser, ils prennent la décision de ne rien dire, tout en parlant quand même. Moi, je pouvais pas.
Des relations perso avec des fans, ça vous est arrivé ?
E. C : Oui, une fois.
Et vous avez gardé le contact ?
E. C : Oui, j’ai gardé le contact.
Mais vous ne voulez pas en parler.
E. C : Si, je veux bien. C’est quand je suis arrivé en Angleterre, à Leeds. On a été champions mais quand je suis parti à la suite de désaccords avec l’entraîneur, il a rendu sa carte et m’a suivi à Manchester United, le club ennemi de Leeds ! Il y a trois ennemis jurés à MU : Manchester City, Liverpool, et Leeds. Il a été viré de son boulot, sa famille l’a renié, il a reçu des menaces de mort. Et quand j’ai arrêté ma carrière, il a cessé net de regarder les matches de MU. Mais le film est surtout inspiré de la relation que j’ai eue avec les fans de Manchester en général.
La fixette foot des sélectionneurs, vous en pensez quoi ?
E. C : Les sélectionneurs ?
Du festival de Cannes. Ah ah, vous pensiez que je parlais de Raymond Domenech !!
E. C : Ah ! Oui, mais là, j’ai compris. C’est de plus en plus répandu. Des gens comme mes producteurs Pascal Cocheteux ou Vincent Maraval sont des fous de foot ! Ken (Loach) est fou de foot !
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