Affiche Zodiac

Zodiac : interview

Jake Gyllenhaal, chevalier du Zodiac

14/05/2007 - 12h01
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Interview Jake Gyllenhaal

Récit minutieux de l'enquête menée sur un serial killer qui frappa San Francisco de 1969 à 1974, Zodiac est raconté à travers le parcours des quelques hommes qui ont dédié leur vie à essayer de résoudre l'affaire. Au centre de cette toile subjuguante, Graysmith, un caricaturiste qui va sacrifier sa vie pour cette enquête. C’est l’impeccable Jake Gyllenhaal qui l’incarne. Rencontre avec un acteur qui a traversé l’épreuve Fincher…
Par Fred Schruers

Alors, c’était comment ces vacances chez Fincher ? Deux prises et c’est dans la boîte…
Jake Gyllenhaall : ( rires) Je me suis aperçu que pour un acteur, il y a deux expériences radicales. Shakespeare et Fincher ; une fois que tu as essayé les deux, tu es prêt pour tout affronter…


Ils ont des points communs. Est-ce que derrière la folie de Fincher, vous avez trouvé une méthode ?
J. G. : Quelqu’un me faisait remarquer que Fincher est un peintre dont les pinceaux sont les gens. C’est exactement ce que j’ai ressenti sur le tournage : quand tu travailles avec lui, tu t’aperçois qu’il a une méthode très précise ; il sait exactement ce qu’il veut. Il a une idée détaillée de sa « peinture ». Ce serait réducteur de dire qu’il est perfectionniste mais il sait quel film il veut faire, de quelle performance il a besoin et comment mettre ça en scène. Pourtant, il respecte les acteurs. Evidemment, une telle ambition nécessite plus que deux prises…

Vous parliez de perfectionnisme, on a l’impression que son système est très contraignant : tout dans le plan doit être à sa place. Même l’oiseau qui traverse l’écran… Ca laisse vraiment de la place à l'acteur ?
J. G. : C’est effectivement très dense mais il laisse une vraie liberté aux comédiens. Chaque prise est une expérience, une découverte. J’essayais à chaque fois des choses nouvelles. Et il me faisait confiance, sachant que tous les choix ou toutes les libertés que je prenais ne viendraient jamais faire rater une scène…


C’était facile d’incarner un personnage réel comme Graysmith ?
J. G. : C’est un type étrange. Il est d'une gentillesse dingue mais ce qui le caractérise, c'est l'obsession qui est le principal ressort du personnage. C’est très étrange et c’est ce que j’ai trouvé le plus dur à faire passer. Vous enfilez les baskets d’un type monomaniaque, qui a sacrifié sa vie, sa famille pour résoudre une affaire qui ne le sera vraisemblablement jamais… C’était pas évident d’être là-dedans constamment.

Est-ce que pour lui l’affaire est close ?
J. G. : Si vous lui demandez, il vous dira que c’est Robert Leigh Allen qui est coupable. Mais ce n’est pas ça qui compte. L’important, et c’est pour ça que j’aime autant le film, c’est qu’en fin de compte, on n’a pas besoin de preuves ni de solutions pour croire. C’est ce que fait David. Quand tu as vu Se7en et Fight Club , tu t’attends à un renversement de dernières minutes, à une résolution explosive. C’est un réalisateur qui nous a embarqués dans de telles histoires qui se terminent de manière si fortes… Ici c’est le contraire ; ce n’est pas un spoiler mais la fin de Zodiac est antispectaculaire, le contraire de ce qu’il a toujours fait. C’est ça qui est génial. C’est en soi un concept tellement énorme…


Ca participe de sa recherche d’authenticité du film ?
J. G. : Totalement. C’était son obsession principale. Après Fight Club, David a pris beaucoup de temps sans qu’on sache réellement ce qu’il faisait. Il cherchait des projets qui pouvaient l’exciter, l’émouvoir. Et Zodiac en fait partie. Il le porte en lui depuis des années. Au début, le script faisait 110 pages avant de finir à 200, à cause de son souci du détail. J’ai lu quelque part qu’il voulait me proposer le rôle depuis plusieurs années : on s’est rencontré et il m’a pitché le film. Mais quand j’ai lu le scénario, ça n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’il m’avait décrit. Il avait ajouté tous ces détails qui devenaient essentiels… Un exemple : dans une scène, j’ai un stylo dans ma poche. David a découvert que Graysmith ne dessinait qu’avec des stylos feutres, et à ce moment-là j’avais un stylo à bille. Il m’a demandé de retirer le stylo à bille. Où était le problème ? J’aurai pu avoir un stylo à bille, pour prendre des notes ou écrire un truc sur un bout de papier… Mais non : il ne voulait pas du stylo à bille, le stylo que j’avais dans ma poche devait être un stylo feutre. Je suis généralement très scrupuleux concernant les personnages que j’interprète mais je n’avais jamais travaillé avec un cinéaste qui en sait plus que moi sur mon personnage ( rires).


Ce qu’on ignore, c’est que Fincher est un très bon acteur. Quand il vous récitait des répliques, il paraît qu’il était génial…
J. G. : C’est le moins qu’on puisse dire… Je suis sûr que David pourrait jouer dans un film de David Fincher et ce serait sans doute mieux que ce que font ses acteurs.

Beaucoup de gens le trouvent très magnétique. Vous sauriez expliquer ça ?
J. G. : Si je pouvais, Fincher ne serait pas aussi talentueux. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur son « pouvoir ». Mais c’est ce qui explique que les gens reviennent vers lui. Et c’est ce qui fascine ses spectateurs, quelle que soit l’histoire qu’il raconte. Comment voit-il le monde ? Je ne sais toujours pas et pourtant, l’expérience du tournage avec lui fut un voyage fascinant… Un voyage long mais extraordinaire.

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